JanToorop Three women in profile wih a street

 

 

Apolline -  Je n'aurais raté ça pour rien au monde. J'aime beaucoup les visites de chefs d'Etat, tout cet apparât, la musique, les drapeaux... Evidemment, cela avait plus de gueule autrefois, au temps des chevaux et calèches mais il faut être de son temps ! Et à voir toute la foule qui accourt pour être aux abords de l'avenue, je ne suis pas la seule ! ... J'espère qu'elles ont conscience de leur chance d'être aux premières loges grâce au balcon de mon appartement !

Je suis très émue. Je ne leur en parlerai pas parce qu'elles diront encore que je fabule. Poutant, elles le savent que je suis née en Egypte !... Et cela aurait été possible que je sois reçue au Palais !... Enfin, peut-être, si tout avait été vraiment pardonné...

Comme j'aime cette effervescence des grands jours ! Et je vais apercevoir le Roi... Et je peux dire, moi, que le Roi est mon cousin !...

 

Sofia - Perdre du temps comme ça, je déteste ! C'est bien parce que c'est le roi d'Egypte et que mère m'en aurait voulu à mort si je n'étais pas venue auprès d'elle. Elle nous bassine tellement avec ses origines imaginaires ! Je suis sûre qu'elle s'est inventée toute une lignée fabuleuse tout simplement parce qu'elle a été élevée sans père. Oui, elle est née en Egypte, et alors ?... Ce n'est pas pour cela que son père était un prince ! Elle m'agace tellement avec ses histoires ! Sa mère, petite anglaise au harem, n'importe quoi !... J'espère que cela ne va pas s'éterniser ! J'avais promis à Hubert de l'accompagner à Nogent. Il fait si bon encore. Nous avons un automne parfait. Et puis ça empeste ici ; nous sommes juste au-dessus des gazs d'échappement des voitures !...

 

Lisa - Quelle occasion pour Grand-Mère ! Le Roi d'Egypte à Paris ! Elle avait quatre ans lorsqu'elle est venue en France ; elle ne doit pas se rappeler grand-chose ! J'aurais aimé connaître sa mère, savoir si tout cela est vrai ou du rêve... Je me moquais avant, avec maman. Je disais, comme elle, que cette pauvre Apolline s'inventait un père et comme toutes les petites filles il fallait qu'il fût un prince, pas moins ! Mais aujourd'hui, je me moque pas mal du défilé... J'ai hâte de revoir la photographie que Grand-Mère m'a montrée et d'ouvrir le coffret qu'elle m'a légué... Je voudrais entendre encore cette histoire aux parfums des mille et une nuits. Rêver sur une rose fanée et les quelques mots qui l'accompagnaient sur une carte jaunie : "A ma tendre Harriet. Baisers amoureux. Tawfiq Pacha...

Même si ce n'est que de l'imagination, elle a de la ressource, Apolline ! Elle aurait dû écrire... Mais si elle ne le fait pas, je le ferai !

 

© Lakévio