En bateau, Lakevio !

15 décembre 2017

Défi Papous N°6

 

Rimes et chansons. Des vers sur les lignes !

D'après Françoise Teustard, Nicolas Mosnard et le collectif des Papous dans la Tête.

papous collectifjpg

 

Défi : alexandrins, octosyllabes, rap ou rimes ! Treize à la douzaine ! On pêche en vers ce matin... Longues ou courtes, riches ou approximatives, abracadabradantesques ou résonnantes de vastitude, drôles ou touchantes, les rimes sont à vous !

Pour la première fois, la rime imposée reste à votre choix. mais essayez d'en tirer treize lignes !

 

Exemple :

Quoi, la rime ?

Ce n'est pas un crime !

Faut payer la dîme.

Lakévio sera magnanime.

Subtile ou sublime,

épanchement intime

tendresse infime

parole ultime

d'un vieillard cacochyme

envolée lyrique vers les cimes

douleur des abîmes

Personne ne se mésestime

Chaque texte sera richissime !

 

 Ce sera le dernier travail avant les vacances de NOËL !

 

A vos plumes, et à lundi !

 

 

 

Posté par lakevio à 06:05 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


13 décembre 2017

It rains bears !

 

Il pleut des oursons !

oursons stephanie stouffer

Je les trouve mignons et craquants. Je viens de les imprimer et je vais les utiliser pour la déco du héros de l'année : mon teddy chéri , mon ourson décoiffé , Augustin, le bien-aimé !

stephanie stouffer bear-and-cat

stephanie stouffer -bear-and-friendsjpg

stephanie stouffer-christmas-post

stephanie stouffer-wood-crafts-arts--crafts

stephanie stouffer - bear trumpet

stephanie stouffer-christmas-teddy-bear

stephanie stouffer-christmas-cats-winter-art

 

Merci à Stephanie Stouffer pour cette jolie série.

StephanieStouffer-bio

artiste contemporaine américaine.

 

Posté par lakevio à 06:03 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags :

11 décembre 2017

Conte du lundi 88

 

Joseph Lorusso

 

Quand elle est entrée, j'ai tout de suite compris que ça finirait mal. Il y avait dans son allure un air déterminé et mauvais qui n'était pas de bon augure. Je ne la connaissais pas ; j'en avais juste entendu parler mais elle ressemblait beaucoup à Sylvia, en plus vieux. Je l'ai regardée s'approcher de notre table et sans un sourire, elle s'est glissée sur la banquette. Sylvia la regardait, bouche bée. D'un geste elle a commandé un verre. On a attendu en silence que le serveur verse le vin et elle a pris le temps de le déguster. Je ne sais pas pourquoi nous étions si silencieux. Surtout Sylvia. Après tout c'était sa mère... Elle m'avait juste pris la main et serrait mes doigts comme jamais elle n'a fait.  Elle ne bougeait pas. Elle attendait, comme moi. Elle bravait sa mère du regard, serrant les lèvres. Je savais que son regard devait être de feu...

Je n'en revenais pas de la voir là. Elle m'avait retrouvée. Je ne sais qui a parlé. On avait pris soin de changer de quartier. Je ne lui avais jamais rien dit de ce garçon qui me plaisait au-delà de tout. On s'est compris au premier regard. L'envie l'un de l'autre. L'envie d'être ensemble. Pour toujours. Rien ne nous séparera. C'est comme ça. Elle aura beau dire, beau faire, elle n'y parviendra pas. Nous nous sommes trouvés. Tant pis pour elle, si elle n'a pas connu ça avec mon père. Moi j'ai su à l'instant même où nos regards se sont croisés que je le suivrai partout et toujours. Pour la vie entière. Je remuais tout ça dans ma tête tout en soutenant son regard. J'avais pris la main de Pierre.. et je la serrais de toutes mes forces. Je voulais lui dire qu'elle ne gagnerait pas. Je voulais qu'elle m'émancipe. J'allais le lui dire. J'avais déjà tout organisé. Je n'étais pas partie sans rien comme elle pensait. J'avais trouvé un travail et je pensais bien avoir brouillé les pistes...

Quand je les ai vus au fond du café, j'ai eu pitié d'eux. Mais il fallait que je le fasse pendant qu'il en était encore temps. Sylvia pouvait rentrer à la maison et elle oublierait. Je paierais ce garçon s'il le fallait. Ce n'était pas possible. Je m'attendais à ce qu'elle quitte la maison en douce. Elle voulait vivre sa vie ; elle me l'avait assez seriné. J'étais une mauvaise qui l'empêchait de sortir tout son saoul... Des garçons autour d'elle, il y en avait déjà beaucoup. Je l'avais prévenue qu'il ne fallait pas qu'elle ruine sa vie pour une amourette. Il y avait eu ce Jacques... Pourquoi fallait-il qu'elle s'amourache de gens comme ça ! Sans foi, ni loi ! Sans travail ou presque ! Heureusement ça n'a pas duré. Mais il l'aimait bien et c'est lui qui m'a aidée à la retrouver... Jamais je n'aurais imaginé de qui il s'agissait !... J'en étais malade. Je sais que je vais leur faire du mal. Elle a l'air de vraiment tenir à lui... Mais elle est jeune. Elle oubliera. Je ne pouvais quand même pas fermer les yeux sur l'irréparable.

J'ai quelque chose à vous dire à tous les deux, elle a dit. Sylvia a tressailli et elle allait répondre en colère à sa mère mais celle-ci a levé la main. Ecoutez-moi bien, elle a ajouté. Alors, elle l'a dit et j'ai regardé Sylvia. On s'est regardé les yeux dans les yeux et on a su que c'était vrai. Alors, Sylvia s'est jetée dans mes bras...

J'ai quelque chose à vous dire à tous les deux... Je voulais lui clouer le bec, lui dire que je savais qu'elle ne voulait pas qu'on soit ensemble, qu'elle ne me voulait pas heureuse, qu'elle était jalouse de ma vie qui commençait alors qu'elle était seule depuis longtemps, qu'elle n'avait pas besoin de se "dévouer" pour moi. Mais ce qu'elle a ajouté m'a figée sur place. Je me suis tournée vers Pierre. J'ai remarqué ses yeux, son regard et je n'ai pu que me serrer contre lui. Je réalisais qu'elle disait vrai.

J'ai quelque chose à vous dire à tous les deux... Je devais aller vite. leur infliger cela. C'était mon devoir même si je savais combien j'allais leur faire mal. Je n'avais pas envie de contempler leur douleur puis leur peur... Je n'avais pas envie de vivre cela avec eux mais j'y étais obligée. Cet élan désespéré de Sylvia dans les bras de Pierre, cela a été effroyable. Comme si je tuais ma propre fille... Mais je savais qu'il n'y avait pas d'autre issue. Alors je leur ai dit le plus clairement et le plus rapidement possible :

Pierre est le fils de ton père. Ton demi-frère. Votre amour est impossible.

 

© Lakévio

 

Posté par lakevio à 06:01 - - Commentaires [25] - Permalien [#]

10 décembre 2017

Deuxième

 

Avent couronne 2017 2

 

Bien sûr, mon petit village-calendrier est installé . Depuis le Premier décembre... parce que mon petit parisien vient piocher les friandises !

Mais auparavant, j'avais créé le nouveau décor pour la mise en place de cette année.

 

decor village avent 2017jpg

village ours 6

Collage carton ondulé et ours colorés aux pastels, sur Canson blanc, peinture dorée.

  

village calendrier Avent 2017

 

village calendrier Avent 2017 ours eglise

 

Bon dimanche à tous !

 

 

Posté par lakevio à 06:01 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags :

08 décembre 2017

Témoignages

 

 

Joseph Lorusso

 Joseph Lorusso

 

Jeu - devoir à consigne N°5 - Témoignages croisés.

Sur ce tableau à trois personnages, donnez la version de chacun sur la scène.

 

Exemple :(avec un tableau différent)

karin jurick - chien

 

Témoin 1 : C'est une honte ! Encore quelqu'un qui voulait se débarrasser de son chien. Ça n'a pas de coeur ces gens-là ! Bien sûr que je l'ai vu le salopard qui a fait ça. Furtif, à jeter des ragards partout et à prendre ses jambes à son coup quand je me suis approchée. C'était un type avec un pull rouge et un jean.

Témoin 2 : Il faut me ramasser ça en vitesse ! Encore heureux qu'on l'ait attrapé, ce clébard. tant mieux s'il est attaché là. On n'a qu'à appeler la fourrière ! Marre de ces chiens errants. Encore hier, il y en a un, sûrement celui-ci, qui est venu me voler un chapelet de saucisses sur mon étal. Tous les culots ! Et il y avait du monde dans la boutique ! Croyez qu'il aurait eu peur ?... Oui, oui, c'est lui, je le reconnais

Témoin 3 : Je connais ce chien. Il est à mon voisin. Monsieur Serge qui tient le bureau de presse. Il le sort tous les matins. Regardez ! Il me connaît aussi et me fait la fête quand je le croise. Il m'arrive de le promener. Il ne ferait de mal à personne ; c'est vraiment un bon chien, bien soigné, bien élevé. Ce n'est sûrement pas son maître qui l'a attaché à ce poteau...

 

A vous de jouer !

Témoignez lundi !

 

 

Posté par lakevio à 06:08 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags :


06 décembre 2017

Six décembre

 

st nicolas

J'aime bien ce jour où l'on fête Saint Nicolas même si je ne l'ai souhaité que lorsque j'ai eu des neveux dont le père venait du ch'Nord ! On ne célèbre pas la Saint Nicolas en Auvergne !

Il est même de tradition que, dans certaines villes et certains villages, ce bon Saint Nicolas passe dans les écoles pour récompenser les enfants sages et les autres ! Tradition qui risque de se perdre ... à cause du "vivre ensemble". Permettez-moi de ne pas comprendre. Vivre ensemble ce n'est pas renoncer à ses propres traditions mais les faire découvrir et les partager. Accueillir d'autres façons de faire mais garder et montrer les siennes. J'ai toujours aimé qu'on m'explique Hanouka ou l'Aïd al Adha (ou autres) et qu'on m'y invite et je fais de même. J'ai peut-être eu la chance de rencontrer des personnes pour qui ce n'est pas incompatible. Je voudrais bien que cela perdure...

Declaration universelle des religieux contre lesclavage 2014

 

 

Posté par lakevio à 06:06 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags :

05 décembre 2017

Fait froid !

 

Et ce ne sont pas ces aquarelles qui vont vous réchauffer... 

J'y retrouve l'ambiance de mes jeunes années. Les étendues blanches, les chemins et routes enneigées, le silence de l'hiver ouaté.

 

Aud Rye cool communicationsjpg

 Anders Andersson  

 

Aud Rye 31

 

 

aud rye 13

 

Aud Rye The creek

 

 

Aud Rye The river jpg

 

aud rye 77jpg

 

Aud Rye Winter in Cragero

 

Merci à Anders Andersson et Aud Rye, aquarellistes

aud rye photo

 

Posté par lakevio à 06:05 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags :

04 décembre 2017

Conte du lundi 87

 

1880 Lluisa Dulce i Tressera marquise de Castellflorite by Antonni Caba

La marquise sortit à cinq heures.

 

La marquise de Grandmaison n'aurait pas dû écouter sa bonne...  Annette venait de lui dire qu'elle avait croisé Monsieur de Ribaudan devant l'Hostellerie. Sans doute était-il revenu  de son périple en Angleterre...  Rentré de voyage ? Et il ne serait pas venu la saluer ? Impossible ! Annette n'était qu'une sotte ; elle avait confondu. Adrien ne lui avait pas annoncé son retour. Certes, il y avait quelques semaines qu'elle était sans nouvelles mais elle savait qu'il était affreusement accaparé... Esther ne saurait pas dans l'immédiat par quoi le beau chevalier de Ribaudan avait été accaparé. Peut-être par une charmante parce que la marquise de Grandmaison n'était pas si affriolante que ça, vu son portrait à la page 3 du livre titre ! Esther avait jeté l'ouvrage sur la commode pour répondre au téléphone. Elle espérait que ce soit son chevalier à elle, qui ne portait ni bottes, ni chapeau à plumes mais qui était quand même très sexy avec ses superbes fesses bien moulées dans son jean, ses lunettes à montures noires épaisses et sa mèche rebelle sur le nez. Elle avait juste refusé la barbe à la panoplie de hipster branché de son jules qui ne s'appelait pas Jules mais Xavier...

Ce n'était pas Xavier mais un antiquaire intéressé par le portrait qu'elle avait mis en vente sur un site internet. Il s'agissait d'un médaillon ancien. Elle savait qu'il avait de la valeur : peint sur bois, signature au dos. Elle avait un peu honte de se débarrasser ainsi des objets de famille : le médaillon représentait son arrière-grand-mère en robe d'apparat. Bien plus jolie que la marquise de Grandmaison mais titrée aussi bien qu'elle. En fait, voilà ! Esther aussi était "marquise", mais surtout, fauchée. .. Elle avait un grand nom, un vieux titre qui ne voulait plus rien dire et qu'elle se gardait bien d'utiliser allant même jusqu'à supprimer sa particule par facilité. Elle n'allait pas dans le grand-monde et se moquait bien des princes et des barons, faux ducs ou nobliaux de la dernière heure. Dans tous ces aristocrates, beaucoup se seraient vendus au premier sac d'or venu. Une sale engeance, un monde totalement perdu avec lequel elle évitait toute relation. Mais voilà que cet homme au bout du fil lui faisait aligner son arbre généalogique ! L'idée que ce pourrait être son oncle Armance (de) Montalembert qui aurait repéré la vente et chercherait à l'embarrasser lui traversa l'esprit. Tout en répondant aux questions, elle regardait le livre fermé tombé sur la commode. Si elle avait été d'humeur facétieuse, elle aurait parlé de la marquise de Grandmaison, mêlant le roman et l'Histoire mais cela l'ennuyait profondément. Elle avait seulement besoin d'argent et, ... oui, elle était bien l'héritière du médaillon... 

Elle avait déjà vendu des objets et des meubles. Déménager d'un six pièces Avenue Mozart pour un deux pièces à Denfert, cela vous aide à discerner l'essentiel du superflu ! Un petit deux pièces en plus ! De toutes façons, le Louis XV, elle n'aimait pas trop. Mais c'est vrai qu'elle avait vécu en rentière et qu'à vingt-trois ans, ce n'est pas banal. De génération en génération, elle ne savait pas trop comment, le patrimoine s'était réduit à peau de chagrin. La faute aux mâles de la famille, sans doute, dégénérés par consanguinité, inaptes à gérer quoi que ce soit, et qui avaient peut-être fait comme elle, vendu morceau par morceau... Plus rien des demeures ancestrales, même pas les tableaux qui les représentaient et qu'on pouvait voir chez des amateurs d'art et d'Histoire...  Qu'est-ce qu'elle en avait à faire, elle, du chevalier Truc, du Commandeur Machin et de Monsieur le duc, son oncle... Elle sursauta lorsque l'antiquaire annonça le prix qu'il était prêt à payer. Diable !... Aussitôt, elle annonça qu'elle devait réflêchir car elle avait deux autres acheteurs sur l'objet.  Elle avait appris à faire monter les enchères ! L'homme insista, tenta de négocier. Esther accepta un rendez-vous pour la fin de la semaine. Elle nota le numéro de téléphone sur une page du livre Madame de Grandmaison. La communication terminée, Esther se laissa tomber dans son fauteuil. Diantre, comme aurait dit son ancêtre, voici de quoi voir venir ! Encore quelques mois de tranquillité. Un jour sans doute, un jour sûrement, il lui faudrait bien passer quelques examens véritables et chercher à bosser... En attendant, elle pouvait encore traîner son fessier à l'Université en espérant "trouver sa voie". Les études de gestion, ça ne la branchait pas. Elle rit de bon coeur. N'est-ce pas, Armance ! Mais, antiquaire, finalement, pourquoi pas ? Ou bien... faussaire ? Parce que le médaillon... elle aurait pu en vendre cinq ! Mais là, c'était trop de risques et surtout beaucoup de travail... Elle n'avait pas le goût du luxe mais elle savait combien elle était paresseuse !

Sur ce, la pendule sonna. Cinq heures ! Juste à ce moment-là, Xavier entra. Esther saisit sa veste, le repoussa à l'extérieur et l'entraîna vers l'escalier. Elle avait envie de prendre l'air. Sur le palier, elle fit une révérence avant de lui prendre le bras. Elle souriait et chantonnait : la marquise sortit à cinq heures...

 

© Lakévio

 

Posté par lakevio à 06:04 - - Commentaires [33] - Permalien [#]

03 décembre 2017

Premier

 

Nous entrons dans l'Avent. 

Voici le premier dimanche sur les quatre qui soulignent la montée vers Noël.

Je sais que tout le monde ne partage pas mon opinion sur Noël mais moi, j'en raffole !

 

the most wonderful time of the year

 

J'aime particulièrement cette période,  l'effervescence, les achats et les emballages, la décoration de la maison, la lumière des bougies, guirlandes, illuminations,  l'élaboration des menus, les préparatifs en cuisine avec des petites mains en partage... Souvenirs d'heureux moments en famille que je perpétue. Cette année, j'étais prête au jour J !

J'ai acheté les nouveaux santons. Depuis quelques années ils évoquent les défunts de la famille ou parmi les amis.

santons 2017

 

Notre arbre sera dédié à Augustin, le dernier-né de la famille, et le thème sera l'Ourson car il a une passion pour les petits d'ours... Grande lessive pour les ours en peluche et pinceaux-ciseaux pour les décos du sapin...

ourson noel 2017

 

Les couleurs seront blanc et doré. 

ange etoile boanc dore

J'ai hâte !

 

Voici ce que donne la Couronne de l'Avent 2017 :

couronne Avent 2017 

avent 2017 1jpg

 

Bon dimanche

et à demain, si vous le voulez bien !

 

Posté par lakevio à 06:03 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :

01 décembre 2017

La Marquise

 

1880 Lluisa Dulce i Tressera marquise de Caastellflorite by Antonni Caba

 Antoni Caba - Portrait de la marquise de Castellflorite - 1880

 

"La marquise sortit à cinq heures"...

phrase attribuée par André Breton à Paul Valéry, mais, il y a des doutes...

 

Devoir-Jeu Numéro 4 !

Il s'agit d'étoffer cette simple phrase pour en faire... toute une histoire !

 

Exemple : 

La marquise rageait d'appeler en vain Solange, sa soubrette. Courtaude et rougeaude, venue de son Berry natal, celle-ci était si portée sur la dive bouteille qu'elle ronflait toujours dans quelque coin et n'entendait rien. La marquise décida de ne pas changer de robe puisqu'elle ne pourrait pas en lacer le dos et s'affaira à chercher un manteau qui pourrait cacher sa tenue. Ce n'était pas si grave puisqu'elle n'allait que chez l'apothicaire. Elle aurait pu y envoyer Solange mais celle-ci demeurait introuvable. Il lui fallait pourtant absolument son armoise qui lui faisait tant de bien. Elle saisit le flacon vide mais avisa la lettre, reçue le matin-même. Elle aurait pu y répondre et aller la porter au bureau de poste par la même occasion. Elle regarda l'heure à la pendule. Le bureau allait fermer dans dix minutes ! Etait-il raisonnable de sortir sans chapeau ? Avec bonheur, elle vit que Solange n'avait pas rangé sa cape de la veille. Même si c'était curieux de sortir avec une cape de velours, elle la jeta sur ses épaules, rabattit le capuchon sur ses cheveux et sortit de la maison, tête baissée, maintenant d'une main la cape fermée sur sa robe de jour, cherchant le flacon dans la poche du manteau. Ne le trouvant pas, elle fut arrêtée dans son élan. Et elle réalisa qu'elle n'avait pas pris le temps de griffonner la réponse !...

De retour chez elle, elle trouva enfin Solange qui rangeait la chambre et la gronda de sa disparition.

- Mais que voulait donc faire, Madame ?

- C'est mon armoise, tu sais bien !

Solange se redressa et regarda à son tour la pendule sur la cheminée.

- Madame sait bien que l'apothicaire ferme à cinq heures ! J'irai demain matin.

 

© Lakévio

 

A vous de jouer !

Lecture, lundi...

 

Posté par lakevio à 06:01 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags :

29 novembre 2017

Catherine Rey

 

Alors, elles sont pas belles, mes carottes ?...

Sachez que j'ai failli vous proposer ceci :

catherine rey lesbassines 2octobre2011

 

Nous devons ces oeuvres à l'aquarelliste Catherine Rey (1969).

catherine-rey-aquarelliste

 Originaire du Vaucluse, installée à Brest depuis 2008.

 

 

catherine rey aquarelle 88

 

catherine rey aquarelle les oeufs

 

catherine rey aquarelle 13

 

catherine ray aquarelle 5

 

catherine rey -watercolor

 

catherine rey les invites

 

catherine rey aquarelle 9

 

catherine rey aquarelle mise en scene

  

catherine Rey aquarelles 4

 

Catherine Rey aquarelle 5

 

 

 Vous pouvez voir une démo du travail de l'artiste en cliquant sur ce lien :

https://www.youtube.com/watch?v=3hkBQoycisw

 

Posté par lakevio à 06:09 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :

27 novembre 2017

Conte du Lundi 86

 

catherine rey aquarelles les grandes dames

Catherine Rey

 

Jeu des Papous N°2 - Dix mots à caser.

soierie

excellent

éliminer

explication

tranchant

éclaireur

douceâtre

dominer

effet

hostile

 

Taratata! C'est excellent, les carottes, reprit d'un ton tranchant Cousine Nicole. Si tu veux une explication à mon tour de taille, le voilà ! C'est l'effet minceur de mon régime végétalien.

Merlotte, ainsi nommée parce qu'elle aimait à siffler, rentra un peu plus son cou dans ses épaules. Cousine Nicole avait l'art d'étoffer vos mignonnets bourrelets rien qu'en vous regardant. Alors, quand elle commençait à parler régime !... Merlotte avait treize ans et se savait un peu... mais juste un peu... enrobée. Elle n'était pas hostile à l'idée d'éliminer deux ou trois kilos mais ce n'était pas en lui proposant des menus insipides que Cousine Nicole y parviendrait ! Sa mère s'y serait sûrement pris autrement... 

La jeune fille sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle baissa la tête sur son ouvrage, le temps de se dominer et reprit courageusement le brossage des légumes. Cousine Nicole s'était installée à la maison à la mort de maman ; c'était gentil à elle. Il fallait bien quelqu'un pour aider papa à élever les petits frères qui n'avaient que cinq ans. Maman aimait beaucoup sa cousine et Merlotte était suffisamment grande pour se rappeler les nombreuses histoires qu'elle racontait sur l'intrépide qui avait parcouru le monde comme journaliste, bien souvent dans des contrées quasi inconnues, en éclaireur, avant de faire venir les professionnels du reportage, ethnologues, anthropologues, linguistes... Maman devait sans doute l'envier un peu, elle qui avait choisi mariage et famille.

Merlotte se retourna soudain pour regarder Nicole, réalisant quel immense sacrifice avait dû faire la cousine pour changer radicalement de vie et s'occuper de trois marmots au lieu de filmer des peuplades indigènes... La jeune femme lui adressa un sourire. Merlotte déposa la bassine avec les carottes étincelantes sur la table. Nicole en choisit trois qu'elle mit de côté. Celles-ci seront pour le potage. Tu veux bien me sortir le faitout ?

Comment pouvait-elle s'occuper à des tâches si banales et même, semblait-il, y prendre du plaisir après avoir exercé un métier incroyable ? Tout en raclant la botte de légumes tandis que Nicole tranchait céleri et pommes de terre, Merlotte se força à se remémorer l'arrivée de Nicole. C'était un moment effroyable. Maman s'était tuée dans un accident de voiture, papa était noyé dans son terrible chagrin. La maison était pleine de monde. Grand-Mère Louis recevait la famille et les visiteurs avec force liqueurs et gâteaux secs, ; Papy André et Mamireille étaient bien trop anéantis. On parlait à voix basse, on s'étreignait au sortir de la chambre où on avait déposé maman. Merlotte n'aimait pas, n'aimerait plus jamais cette pièce où régnait alors un parfum douceâtre de larmes et de bougies. Et puis, Cousine Nicole avait fait son entrée. Elle se rappelait bien, Merlotte, comme l'ambiance avait changé. Elle apportait de l'énergie, du courage, de l'efficacité. Elle était accompagnée de sa mère, qu'on appelait Tante Liesse, qui était la soeur de Mamireille. Il y eut de longs conciliabules avec les vieilles personnes, puis les mêmes avec papa... C'est à ce moment-là sûrement que ça s'est décidé, quand elle a répété : Sois en sûr, Hervé, c'est ce que Stella aurait voulu...

Sa douce maman au nom d'étoile... 

Merlotte posa son couteau, jeta un oeil à Nicole affairée, puis regarda les carottes honnies. Très doucement, s'efforçant de maîtriser sentiment et souvenir, elle dit : Quand maman est partie... elle allait à un concert ... Elle avait une robe orange magnifique. Nous avions choisi la soierie ensemble. Elle avait de jolis reflets, comme les carottes lavées tout à l'heure... Nicole aussi posa son couteau et leurs yeux se rencontrèrent. Y puisant du courage et s'efforçant d'être positive, Merlotte poursuivit : Je crois que le tissu venait de l'Inde. Es-tu déjà allée dans ce pays ?...

 

© Lakévio

 

Posté par lakevio à 06:07 - - Commentaires [29] - Permalien [#]
Tags :

24 novembre 2017

Aïe !...

 

catherine rey aquarelles les grandes dames

Ail ?... Non, carottes ! (aquarelle de Catherine Rey)

Je sais, je sais... Mais dites-vous que j'aurais pu faire pire ! 

 

De plus, c'est le jour des Papous number two !

A partir du tableau proposé, écrire un texte  en prose ou un poème en plaçant judicieusement les dix mots de la liste suivante que vous mettrez en gras dans votre texte. (Comme vous êtes doués, j'ai ajouté deux mots à la liste , ce qui est plus conforme au vrai jeu des Papous dans la Tête, émission diffusée le samedi soir de 20h à 21h sur France-Culture ou en podcast quand vous voulez ou presque !)

soierie

excellent

éliminer

explication

tranchant

éclaireur

douceâtre

dominer

effet

hostile

Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes. je vous conseille de copier-coller la liste avant la composition de votre texte. Mettez en gras ou soulignez les mots utilisés dans votre texte.

A vous de jouer ! Rendez-vous lundi.

 

Posté par lakevio à 06:04 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags :

23 novembre 2017

Romona Youngquist

 

Qui de mieux pour nous montrer le passage des saisons que Romona Youngquist ?

Romona Youngquist Portrait

Cette artiste américaine contemporaine (1960), peintre paysagiste, (plein air painter) de l'Oregon, se dit elle-même enfant de la nature. Elle a grandi en Oklahoma et se souvient avoir arpenté les champs et exploré les bois avec son chien tout en regardant avidement les formes et les couleurs, la lumière et les ombres. Fascinée par un ciel sombre avant l'orage, elle se précipitait chez elle pour dessiner ce qu'elle avait vu. Essentiellement autodidacte, la nature étant son meilleur professeur, quelques bourses pour étudier avec des peintres paysagistes lui ont permis de renforcer son style individuel.

 

Romona Youngquist Tutt'Art@ (15)

 

romona youngquist-barn-

 

romona youngquist 02

 

romona youngquist 4

 

 

Romona Youngquist Tutt'Art@ (8)

 

romona youngquist-golden-garden

 

 

romona youngquist wild sunflowers

 

 

Romona Youngquist 50

 

 

romona youngquist_nearby-farm-lr

 

Je vous invite à visiter son site : ICI

 

 

 

Posté par lakevio à 06:03 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags :

21 novembre 2017

Cosette

 

J'ai une Cosette d'un genre nouveau...

Cosette 10

cosette 11

 

à la tignasse difficile à dompter que son père n'est pas encore décidé à couper !...

Augustin dans ses oeuvres.

 

Posté par lakevio à 06:01 - Commentaires [13] - Permalien [#]

20 novembre 2017

Conte du Lundi 85

 

Dean Cornwell

 

Chère Agathe,

Sais-tu combien je m'ennuie !... Ah, je vois ta bouche s'arrondir ; tu es offusquée ! Je sais que je ne devrais pas dire ça mais qu'y puis-je si c'est la vérité. Tu avais raison et j'avais promis de ne pas te le dire si je constatais que je m'étais trompée. Je ne peux pas ! Tu avais donc absolument raison, ma petite Agathe ! J'ai été éblouie par la fortune, la vie facile qui s'annonçait, le voyage de noces en croisière... Tu te rends compte, une croisière ! L'Egypte !... Ah, j'ai bien hésité à te le rapporter tant tu vas te moquer de moi... mais tu es la seule à qui je puisse confier cela.

Et bien voici vingt jours que je suis mariée avec Charles, vingt jours et c'est déjà trop ! Déjà, tu imagines l'étroitesse de la cabine, constamment l'un sur l'autre si j'ose dire ! C'est plutôt l'un au chevet de l'autre ! Il est malade comme un chien. Parfois même je dois tenir la cuvette car je ne peux pas déranger le service tout le temps ; ça empeste ! Tu parles d'un voyage de noces !... Bon, il va mieux. Nous pouvons descendre prendre l'air sur le pont car, par chance, la mer est extrêmement calme. Mais je dois lui tenir compagnie et j'en ai assez de cette vue toujours désespérément identique, la mer, la mer, la mer ! Heureusement, nous avons un temps magnifique. 

Nous ne pouvons pas descendre aux escales. Charles a peur que de reprendre pied sur la terre ferme le rende plus malade encore au retour !... En bonne épouse, je dois rester avec lui. Il ne peut pas aller à la salle à manger, la vue, l'odeur des mets l'insupporte. Par chance, cela l'incommode aussi dans la cabine, donc j'ai la permission d'y aller. C'est le seul moment où je peux m'échapper et profiter du voyage. Le seul instant où je m'amuse ! On nous plaint beaucoup. Je suis prise en charge par de nombreuses dames de l'âge de ma mère qui proposent de me chapeauter, de m'accompagner, voire de tenir compagnie à Charles pour que je puisse faire une partie de criquet ou jouer au whist ou au bridge. Mais je n'ai pas envie d'y aller, elles me rasent tout autant que Charles ! Ce que j'aimerais, c'est aller danser ! Mais je n'ose pas demander à Charles... Ce n'est pas qu'il me l'interdirait. Aujourd'hui encore, sur le pont, comme je baillais à fendre l'âme alors qu'il buvait son eau minérale - il n'est pas mal dans son costume clair et son mal de mer lui a ôté quelques kilos mais l'horrible faute de goût, il avait passé des chaussettes bleues ! j'avais honte... - j'aurais dû veiller à ses vêtements ! Donc, tout à l'heure, il a très gentiment reconnu qu'il me gâchait la vie, actuellement, il voulait dire, mais qu'il se rattraperait avec un autre voyage ... l'an prochain. L'an prochain ! Tu te rends compte ? Il a ses affaires !... Evidemment qu'il a un travail ! Mais moi, alors, est-ce que je dois attendre toute une année. ? Je ne mérite rien d'autre alors que je suis toute attentionnée ? Bon, il m'a dit aussi, en voyant mon visage chiffonné, que je pouvais aller me promener seule sur les ponts et les coursives puisque j'avais le pied marin et que lorsque nous arriverons aux Pyramides, je descendrai avec les dames dont je lui avais parlé. Je crois que je vais quand même pouvoir tirer quelque chose de ce voyage raté.

Figure-toi que, me voyant esseulée, plusieurs jeunes gens sont venus me parler. Sur un bateau, tout se sait très vite et ils avaient connaissance que je n'étais pas demoiselle. Aussi leur cour est discrète mais je crois bien qu'entre eux, ils se moquent de ce pauvre Charles... De toutes façons, sa proposition tombe bien car je viens d'apprendre qu'un des officiers de bord descendra avec nous aux Pyramides. Dès le premier jour, j'avais remarqué son allure, sa prestance. Je sais que je ne lui suis pas indifférente. Il me salue toujours gentiment et s'attarde volontiers quelques instants sous prétexte de me donner des indications. Il espère que mon mari sera suffisamment guéri pour les fêtes du retour pour me voir au bal... Je me prends à penser que j'aurais dû attendre pour me marier. Oui, je t'entends, Agathe, si je ne m'étais pas mariée, je n'aurais pas fait la croisière... Et je n'aurais pas rencontré mon bel officier... Il s'appelle Rodolphe. Je crois que je ne vais plus m'ennuyer.

Je t'embrasse, ma divine et très chère amie. Je sais bien que tu ne m'en voudras pas et que tu soutiendras toujours ta petite

Emma

 

Posté par lakevio à 06:02 - - Commentaires [42] - Permalien [#]
Tags :

17 novembre 2017

La meilleure époque pour les croisières...

 

 

Dean Cornwell

Illustrateur : Dean Cornwell

 

Troisième jeu  : la lettre

L'un des personnages écrit une lettre de voyage... avant lundi !

 

 

Posté par lakevio à 06:07 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags :

15 novembre 2017

Jim Wright

 

Envie de fracas, d'orages, d'écume, d'océans déchaînés ?... 

Un bon bol d'air. Un coup d'électricité. l'énergie renouvelée.

Suivez l'artiste !

Jim-Wright-sketching-near-Blakey-Bank

Jim wright st Ardnamurchan Point

Jim-Wright-resized

Jim Wright (1954) est un artiste écossais contemporain qui peint des paysages de landes et des paysages marins des North York Moors, des Cornouailles ou des Highlands et des îles d'Écosse. Il aime se positionner près des vagues déferlantes, où il peut puiser l'énergie de la mer et du vent. Cela crée un défi supplémentaire : se tenir au sec et sécher sa peinture. La qualité de la lumière est l'élément distinctif de ses paysages, et ses paysages marins sont inspirés par l'énergie et le mouvement de l'eau. Il peint en couches, il commence en appliquant de minces lavis d'huiles, et en les superposant progressivement avec des couches de peinture plus épaisses.

 

Jim Wright 1

 

jim wright - Approaching storm - Priest Cove

 

Jim Wright- Kirtomy harbour

 

jim wright - oeil du cyclone

 

jim-wright-title-impact

 

Jim Wright - Curve-of-green

 

Jim Wright - Effervescent foam

 

jim wright - pulveriser les rochers

 

Jim Wright - Rising Wave

 

Jim Wright - Tumbling-seas-at-Farr-Bay-

 

Site du peintre à visiter : ICI 

 

 

 

Posté par lakevio à 06:05 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :

14 novembre 2017

Au bout du bout...

 

il y a la Bretagne et l'Océan..

Sous le soleil, ce qui ne gâte rien !

finistere

 

plage des sables blancs Trebouljpg

 

plage Treboul

 

chapelle bretonne

 

pointe de penhir 22-10

  

pointe de penhir

 

Merci à Blondine.

Treboul - Pointe de Pen Hir, 22 octobre 2017

 

Posté par lakevio à 06:04 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,

13 novembre 2017

Conte du lundi 84

 

Roland Lee aquarelle maison en Suisse

 

C'est ainsi que Roberta avait toujours imaginé sa maison et elle était fière du résultat. Malheureusement Denys n'était plus là pour le voir... Elle espérait qu'il veillait sur elle depuis le paradis ! C'est sûr qu'il était au paradis, parmi les fleurs merveilleuses et leurs senteurs exquises et suaves. Il l'avait bien mérité le pauvre chou.

Lorsqu'ils étaient arrivés ici, quand elle avait épousé Hans, elle avait promis à Denys de lui offrir le jardin de ses rêves. Hans avait relativement bien accepté Denys. C'était ça ou rien de toutes façons. Il n'était pas question pour elle d'abandonner Denys. Il était simple à vivre, son garçon : un gâteau, une chanson, un sourire, une fleur et son visage s'illuminait. Il fallait juste lui montrer de l'attention, prendre le temps de l'écouter et suggérer des choses à faire pour qu'il s'active. Elle disait "son garçon", mais ce n'était pas. Denys, son frère, n'avait pas grandi, il était resté comme un petit enfant... Son arrivée dans la belle-famille ne fut pas si simple. Elle comprenait. Ce grand gaillard de vingt-quatre ans était une bouche de plus à nourrir et n'avait pas grande utilité... En avait-t-elle entendu des réflexions de la vieille Martha d'une voix qu'elle croyait basse... Débile, cinglé, taré, encombrant, ou pire... Mais au moins celle-ci n'était pas volontairement méchante. L'horreur venait toujours de la bouche envieuse et aigrie de Mika, la soeur aînée célibataire de Hans. Elle aurait pourtant pu comprendre puisqu'elle aimait son propre frère de manière totale et exclusive. Même ce que pouvait lui expliquer celui-ci ne parvenait pas à la faire taire. On aurait dû le placer, il n'avait pas sa place dans leur maison, ils étaient bien bons de l'avoir accepté, elle ne pouvait supporter son faciès déformé, ses parents auraient dû le tuer... Ce n'était pas la première fois que les oreilles de Roberta supportaient de tels propos ; les gens peuvent être très durs avec un être différent. Et pourtant Denys était si gentil et heureux de peu de choses... Elle ne répliquait pas à Mika car elle la trouvait bête. Il est inutile de perdre son temps avec des gens têtus et bornés. Cependant, elle pensait que Hans ne prenait pas assez sa part à la défense de Denys. C'était à lui de faire accepter son beau-frère. Il ne s'y intéressait pas beaucoup, c'est vrai. Il n'était pas hostile mais indifférent car il ne le comprenait pas. Il en avait même un peu peur. Peur de Denys, si affectueux ! 

C'est de leur affection mutuelle que tout est venu. Et on a vu qui était le plus dingue !  Il était fréquent que Denys réclame de la tendresse, des baisers. Il prenait Roberta dans ses bras et l'embrassait de tout son coeur. Il était très démonstratif. Il serrait Martha aussi et elle acceptait avec distance. Mika le repoussait avec fureur. Denys avait de fréquents cauchemars et Roberta allait alors près de lui pour le rassurer. Parfois même elle s'allongeait un moment jusqu'à ce qu'il se rendorme. Mika se mit alors à colporter d'horribles choses sur Denys et sa soeur. Et malheureusement c'est à Roberta que son mari demanda de cesser les visites nocturnes. Le trouvant faible et lâche, elle avait alors menacé de partir. Il y eut une grosse querelle entre les époux. Mais Roberta obtint un secours inattendu de son beau-père. Silencieux et taciturne jusque-là, il se mit à s'intéresser à Denys, le convia au jardin, lui donna des tâches précises et simples à accomplir, ce qu'il fit bien. Il fut remarquable de voir les deux hommes s'épanouir au contact l'un de l'autre. Denys avait trouvé son élément, la terre, les semences, le goût des fleurs et Dieter une aide dévouée et précieuse. Mika n'en était que plus haineuse. Un soir que Denys insistait pour que Roberta monte avec lui à l'heure du coucher, elle avait lancé : "elle va encore lui faire des gâteries..." On vit alors Dieter se jeter sur sa fille et lui asséner une claque magistrale ce qui déclencha enfin chez Hans une réaction et des paroles appropriées. Roberta dut même tempérer les deux hommes lors de la discussion qui suivit : Mika était jalouse et difficile, elle ne se rendait pas compte des blessures qu'elle infligeait. Cependant, quelques temps après, elle fut choquée du comportement irresponsable de sa belle-soeur. 

Une fois ou deux, Denys avait tenté de l'embrasser sur la bouche. Elle l'avait repoussé lui expliquant qu'on n'agissait pas ainsi avec sa soeur. Puis elle remarqua que de plus en plus souvent il se précipitait vers Mika pour essayer de l'embrasser aussi. Elle le repoussait, évidemment, fort méchamment, y allant de ses injures et clamant qu'il fallait enfermer ce fou. Roberta se mit à l'affût, sentant qu'il se tramait quelque chose car Denys n'agissait pas ainsi auparavant. Elle n'eut pas longtemps à attendre : elle surprit Mika et Denys au lit. Voyant Roberta, Mika se saisit d'une paire de ciseaux qu'elle avait emporté avec elle et se mit à en frapper Denys. Les deux se retrouvèrent à l'hôpital. Denys revint mais pas Mika qui montrait toujours plus de signes de déséquilibre. Ce fut une période bien compliquée pour Roberta. 

Deux ans plus tard, Martha mourut brusquement sans avoir revu sa fille. Roberta savait qu'elle en voulait énormément à sa bru et elle ne put s'empêcher de se sentir soulagée. Malgré toutes les tâches qui lui incombaient alors, elle trouvait toujours du temps pour rejoindre Dieter et Denys au jardin. Elle suggérait des graines, des arbustes, des tailles et Dieter était heureux de la satisfaire. Le temps s'écoulait sur les épisodes douloureux. Puis, un matin de printemps, tout fleuri et parfumé, Denys partit au Paradis... Il était sorti sur le palier, avait admiré les arbres en fleurs et après une petite exclamation étonnée s'était affaissé, sans vie... Au moins avait-il quitté ce monde, à l'âge de cinquante-quatre ans, heureux de ce qu'il y avait vu.

Roberta rentra rejoindre les hommes qui attendaient leur petit déjeuner. Dieter avait toujours la main verte et Hans prenait plaisir à tailler, semer et ratisser depuis qu'il avait pris sa retraite. Leurs plantations étaient les enfants qu'ils n'avaient pas eu.

 

© Lakévio

 

 

Posté par lakevio à 06:03 - - Commentaires [41] - Permalien [#]