En bateau, Lakevio !

20 novembre 2017

Conte du Lundi 85

 

Dean Cornwell

 

Chère Agathe,

Sais-tu combien je m'ennuie !... Ah, je vois ta bouche s'arrondir ; tu es offusquée ! Je sais que je ne devrais pas dire ça mais qu'y puis-je si c'est la vérité. Tu avais raison et j'avais promis de ne pas te le dire si je constatais que je m'étais trompée. Je ne peux pas ! Tu avais donc absolument raison, ma petite Agathe ! J'ai été éblouie par la fortune, la vie facile qui s'annonçait, le voyage de noces en croisière... Tu te rends compte, une croisière ! L'Egypte !... Ah, j'ai bien hésité à te le rapporter tant tu vas te moquer de moi... mais tu es la seule à qui je puisse confier cela.

Et bien voici vingt jours que je suis mariée avec Charles, vingt jours et c'est déjà trop ! Déjà, tu imagines l'étroitesse de la cabine, constamment l'un sur l'autre si j'ose dire ! C'est plutôt l'un au chevet de l'autre ! Il est malade comme un chien. Parfois même je dois tenir la cuvette car je ne peux pas déranger le service tout le temps ; ça empeste ! Tu parles d'un voyage de noces !... Bon, il va mieux. Nous pouvons descendre prendre l'air sur le pont car, par chance, la mer est extrêmement calme. Mais je dois lui tenir compagnie et j'en ai assez de cette vue toujours désespérément identique, la mer, la mer, la mer ! Heureusement, nous avons un temps magnifique. 

Nous ne pouvons pas descendre aux escales. Charles a peur que de reprendre pied sur la terre ferme le rende plus malade encore au retour !... En bonne épouse, je dois rester avec lui. Il ne peut pas aller à la salle à manger, la vue, l'odeur des mets l'insupporte. Par chance, cela l'incommode aussi dans la cabine, donc j'ai la permission d'y aller. C'est le seul moment où je peux m'échapper et profiter du voyage. Le seul instant où je m'amuse ! On nous plaint beaucoup. Je suis prise en charge par de nombreuses dames de l'âge de ma mère qui proposent de me chapeauter, de m'accompagner, voire de tenir compagnie à Charles pour que je puisse faire une partie de criquet ou jouer au twist ou au bridge. Mais je n'ai pas envie d'y aller, elles me rasent tout autant que Charles ! Ce que j'aimerais, c'est aller danser ! Mais je n'ose pas demander à Charles... Ce n'est pas qu'il me l'interdirait. Aujourd'hui encore, sur le pont, comme je baillais à fendre l'âme alors qu'il buvait son eau minérale - il n'est pas mal dans son costume clair et son mal de mer lui a ôté quelques kilos mais l'horrible faute de goût, il avait passé des chaussettes bleues ! j'avais honte... - j'aurais dû veiller à ses vêtements ! Donc, tout à l'heure, il a très gentiment reconnu qu'il me gâchait la vie, actuellement, il voulait dire, mais qu'il se rattraperait avec un autre voyage ... l'an prochain. L'an prochain ! Tu te rends compte ? Il a ses affaires !... Evidemment qu'il a un travail ! Mais moi, alors, est-ce que je dois attendre toute une année. ? Je ne mérite rien d'autre alors que je suis toute attentionnée ? Bon, il m'a dit aussi, en voyant mon visage chiffonné, que je pouvais aller me promener seule sur les ponts et les coursives puisque j'avais le pied marin et que lorsque nous arriverons aux Pyramides, je descendrai avec les dames dont je lui avais parlé. Je crois que je vais quand même pouvoir tirer quelque chose de ce voyage raté.

Figure-toi que, me voyant esseulée, plusieurs jeunes gens sont venus me parler. Sur un bateau, tout se sait très vite et ils avaient connaissance que je n'étais pas demoiselle. Aussi leur cour est discrète mais je crois bien qu'entre eux, ils se moquent de ce pauvre Charles... De toutes façons, sa proposition tombe bien car je viens d'apprendre qu'un des officiers de bord descendra avec nous aux Pyramides. Dès le premier jour, j'avais remarqué son allure, sa prestance. Je sais que je ne lui suis pas indifférente. Il me salue toujours gentiment et s'attarde volontiers quelques instants sous prétexte de me donner des indications. Il espère que mon mari sera suffisamment guéri pour les fêtes du retour pour me voir au bal... Je me prends à penser que j'aurais dû attendre pour me marier. Oui, je t'entends, Agathe, si je ne m'étais pas mariée, je n'aurais pas fait la croisière... Et je n'aurais pas rencontré mon bel officier... Il s'appelle Rodolphe. Je crois que je ne vais plus m'ennuyer.

Je t'embrasse, ma divine et très chère amie. Je sais bien que tu ne m'en voudras pas et que tu soutiendras toujours ta petite

Emma

 

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17 novembre 2017

La meilleure époque pour les croisières...

 

 

Dean Cornwell

Illustrateur : Dean Cornwell

 

Troisième jeu  : la lettre

L'un des personnages écrit une lettre de voyage... avant lundi !

 

 

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15 novembre 2017

Jim Wright

 

Envie de fracas, d'orages, d'écume, d'océans déchaînés ?... 

Un bon bol d'air. Un coup d'électricité. l'énergie renouvelée.

Suivez l'artiste !

Jim-Wright-sketching-near-Blakey-Bank

Jim wright st Ardnamurchan Point

Jim-Wright-resized

Jim Wright (1954) est un artiste écossais contemporain qui peint des paysages de landes et des paysages marins des North York Moors, des Cornouailles ou des Highlands et des îles d'Écosse. Il aime se positionner près des vagues déferlantes, où il peut puiser l'énergie de la mer et du vent. Cela crée un défi supplémentaire : se tenir au sec et sécher sa peinture. La qualité de la lumière est l'élément distinctif de ses paysages, et ses paysages marins sont inspirés par l'énergie et le mouvement de l'eau. Il peint en couches, il commence en appliquant de minces lavis d'huiles, et en les superposant progressivement avec des couches de peinture plus épaisses.

 

Jim Wright 1

 

jim wright - Approaching storm - Priest Cove

 

Jim Wright- Kirtomy harbour

 

jim wright - oeil du cyclone

 

jim-wright-title-impact

 

Jim Wright - Curve-of-green

 

Jim Wright - Effervescent foam

 

jim wright - pulveriser les rochers

 

Jim Wright - Rising Wave

 

Jim Wright - Tumbling-seas-at-Farr-Bay-

 

Site du peintre à visiter : ICI 

 

 

 

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14 novembre 2017

Au bout du bout...

 

il y a la Bretagne et l'Océan..

Sous le soleil, ce qui ne gâte rien !

finistere

 

plage des sables blancs Trebouljpg

 

plage Treboul

 

chapelle bretonne

 

pointe de penhir 22-10

  

pointe de penhir

 

Merci à Blondine.

Treboul - Pointe de Pen Hir, 22 octobre 2017

 

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13 novembre 2017

Conte du lundi 84

 

Roland Lee aquarelle maison en Suisse

 

C'est ainsi que Roberta avait toujours imaginé sa maison et elle était fière du résultat. Malheureusement Denys n'était plus là pour le voir... Elle espérait qu'il veillait sur elle depuis le paradis ! C'est sûr qu'il était au paradis, parmi les fleurs merveilleuses et leurs senteurs exquises et suaves. Il l'avait bien mérité le pauvre chou.

Lorsqu'ils étaient arrivés ici, quand elle avait épousé Hans, elle avait promis à Denys de lui offrir le jardin de ses rêves. Hans avait relativement bien accepté Denys. C'était ça ou rien de toutes façons. Il n'était pas question pour elle d'abandonner Denys. Il était simple à vivre, son garçon : un gâteau, une chanson, un sourire, une fleur et son visage s'illuminait. Il fallait juste lui montrer de l'attention, prendre le temps de l'écouter et suggérer des choses à faire pour qu'il s'active. Elle disait "son garçon", mais ce n'était pas. Denys, son frère, n'avait pas grandi, il était resté comme un petit enfant... Son arrivée dans la belle-famille ne fut pas si simple. Elle comprenait. Ce grand gaillard de vingt-quatre ans était une bouche de plus à nourrir et n'avait pas grande utilité... En avait-t-elle entendu des réflexions de la vieille Martha d'une voix qu'elle croyait basse... Débile, cinglé, taré, encombrant, ou pire... Mais au moins celle-ci n'était pas volontairement méchante. L'horreur venait toujours de la bouche envieuse et aigrie de Mika, la soeur aînée célibataire de Hans. Elle aurait pourtant pu comprendre puisqu'elle aimait son propre frère de manière totale et exclusive. Même ce que pouvait lui expliquer celui-ci ne parvenait pas à la faire taire. On aurait dû le placer, il n'avait pas sa place dans leur maison, ils étaient bien bons de l'avoir accepté, elle ne pouvait supporter son faciès déformé, ses parents auraient dû le tuer... Ce n'était pas la première fois que les oreilles de Roberta supportaient de tels propos ; les gens peuvent être très durs avec un être différent. Et pourtant Denys était si gentil et heureux de peu de choses... Elle ne répliquait pas à Mika car elle la trouvait bête. Il est inutile de perdre son temps avec des gens têtus et bornés. Cependant, elle pensait que Hans ne prenait pas assez sa part à la défense de Denys. C'était à lui de faire accepter son beau-frère. Il ne s'y intéressait pas beaucoup, c'est vrai. Il n'était pas hostile mais indifférent car il ne le comprenait pas. Il en avait même un peu peur. Peur de Denys, si affectueux ! 

C'est de leur affection mutuelle que tout est venu. Et on a vu qui était le plus dingue !  Il était fréquent que Denys réclame de la tendresse, des baisers. Il prenait Roberta dans ses bras et l'embrassait de tout son coeur. Il était très démonstratif. Il serrait Martha aussi et elle acceptait avec distance. Mika le repoussait avec fureur. Denys avait de fréquents cauchemars et Roberta allait alors près de lui pour le rassurer. Parfois même elle s'allongeait un moment jusqu'à ce qu'il se rendorme. Mika se mit alors à colporter d'horribles choses sur Denys et sa soeur. Et malheureusement c'est à Roberta que son mari demanda de cesser les visites nocturnes. Le trouvant faible et lâche, elle avait alors menacé de partir. Il y eut une grosse querelle entre les époux. Mais Roberta obtint un secours inattendu de son beau-père. Silencieux et taciturne jusque-là, il se mit à s'intéresser à Denys, le convia au jardin, lui donna des tâches précises et simples à accomplir, ce qu'il fit bien. Il fut remarquable de voir les deux hommes s'épanouir au contact l'un de l'autre. Denys avait trouvé son élément, la terre, les semences, le goût des fleurs et Dieter une aide dévouée et précieuse. Mika n'en était que plus haineuse. Un soir que Denys insistait pour que Roberta monte avec lui à l'heure du coucher, elle avait lancé : "elle va encore lui faire des gâteries..." On vit alors Dieter se jeter sur sa fille et lui asséner une claque magistrale ce qui déclencha enfin chez Hans une réaction et des paroles appropriées. Roberta dut même tempérer les deux hommes lors de la discussion qui suivit : Mika était jalouse et difficile, elle ne se rendait pas compte des blessures qu'elle infligeait. Cependant, quelques temps après, elle fut choquée du comportement irresponsable de sa belle-soeur. 

Une fois ou deux, Denys avait tenté de l'embrasser sur la bouche. Elle l'avait repoussé lui expliquant qu'on n'agissait pas ainsi avec sa soeur. Puis elle remarqua que de plus en plus souvent il se précipitait vers Mika pour essayer de l'embrasser aussi. Elle le repoussait, évidemment, fort méchamment, y allant de ses injures et clamant qu'il fallait enfermer ce fou. Roberta se mit à l'affût, sentant qu'il se tramait quelque chose car Denys n'agissait pas ainsi auparavant. Elle n'eut pas longtemps à attendre : elle surprit Mika et Denys au lit. Voyant Roberta, Mika se saisit d'une paire de ciseaux qu'elle avait emporté avec elle et se mit à en frapper Denys. Les deux se retrouvèrent à l'hôpital. Denys revint mais pas Mika qui montrait toujours plus de signes de déséquilibre. Ce fut une période bien compliquée pour Roberta. 

Deux ans plus tard, Martha mourut brusquement sans avoir revu sa fille. Roberta savait qu'elle en voulait énormément à sa bru et elle ne put s'empêcher de se sentir soulagée. Malgré toutes les tâches qui lui incombaient alors, elle trouvait toujours du temps pour rejoindre Dieter et Denys au jardin. Elle suggérait des graines, des arbustes, des tailles et Dieter était heureux de la satisfaire. Le temps s'écoulait sur les épisodes douloureux. Puis, un matin de printemps, tout fleuri et parfumé, Denys partit au Paradis... Il était sorti sur le palier, avait admiré les arbres en fleurs et après une petite exclamation étonnée s'était affaissé, sans vie... Au moins avait-il quitté ce monde, à l'âge de cinquante-quatre ans, heureux de ce qu'il y avait vu.

Roberta rentra rejoindre les hommes qui attendaient leur petit déjeuner. Dieter avait toujours la main verte et Hans prenait plaisir à tailler, semer et ratisser depuis qu'il avait pris sa retraite. Leurs plantations étaient les enfants qu'ils n'avaient pas eu.

 

© Lakévio

 

 

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10 novembre 2017

Maisons et Jardins...

 

Roland Lee aquarelle maison en Suisse

 

Il y a longtemps que je n'ai pas proposé une maison à votre imagination.

En voici une bien jolie, ce qui change des étranges masures !

Le bonheur derrière les murs ?...

On le saura lundi !

 

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08 novembre 2017

Paris mouillé

 

Je n'ai pas peur de le dire, c'est comme cela que je l'aime. Brouillon, brouillé, humide, ombrageux, capricieux... Quand il est d'or gris, de craie, de lait, d'ardoise. Crépusculaire ou désespéré, Paris ne dort jamais : il roule, mugit et grince, il bruisse et crisse, bougonne et marmonne. Il se crispe, il gronde, il gémit... Paris aspire. Paris inspire. C'est un géant qui respire et vous attend au tournant. Paris n'est que surprise, surtout par mauvais temps ! L'ondée l'anime, la giboulée le couvre de diamants , la trombe ne le trompe pas qui ouvre ses rivières d'argent. Mais ce que j'aime, c'est la pluie fine, presque imperceptible, celle qui brouille les cartes, les feux, les tourments. Elle embrume, elle estompe, elle voile et le mystère de Paris s'étend... Marchons sans crainte, tirons le ruban, Paris est un cadeau qui toujours surprend.

 

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nicolas jolly

 

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Tony BelodrajdicParis

 

nicolas jolly les allees de notre-dame

 

  

Peter Fennell 18

 

Peter Fennell Paris 24

 

Peter Fennell Paris 127

  

joseph zbukvic

  

Krzysztof ludwin

 

 Balade dans le Paris des peintres.

Merci à Nicolas Jolly (1 à 4 et 7), Tony Belobradjic (5 et 6), Peter Fennell (8 à 10), Joseph ZbuKvic (11), Krzysztof Ludwin (12)

 

 

 

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06 novembre 2017

Conte du lundi 83

 

sally storch - alla-finestra

Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail. J'ai toujours aimé les chambres. Aux chambres d'hôtel, qui me paraissaient si impersonnelles., je préférais l'alcôve, la pièce intime, le refuge secret...  J'adore toujours en pousser les portes par curiosité de celui qui vit là. Les meubles, les objets choisis, le fauteuil favori où on se laisse tomber pour se déchausser, faire glisser ses bas, toujours un geste sensuel, rien que pour soi, des cuisses chaudes aux orteils fatigués, les miroirs où, mille fois, on s'est interrogé, heureux, inquiets, perplexes, où on s'est surpris à aimer se voir pleurer. La chambre est le lieu où on pleure le mieux. J'aime les draps ouverts, la couverture négligemment repoussée, le dessus de lit au carré ou gisant, chiffonné, à terre. Les peignoirs, les sauts de lit, le linge de nuit, éparpillés ou strictement pliés. La façon d'habiter sa chambre, je dirai, de la posséder, en dit long sur son propriétaire...

Depuis sa chambre on peut aussi défier l'univers. Enfant, j'aimais déjà, la nuit venue, attendre que les fenêtres s'allument une à une. Les ombres s'agitant derrière les rideaux stimulaient mon imagination. Quelle joie si quelqu'un ne les avait pas tirés ! J'assistais aux repas de famille, à une soirée calme auprès du poste, au coucher des enfants... J'ouvrais grands les miens espérant qu'en face quelqu'un aurait le même plaisir que le mien.

En 1920, j'avais douze ans et je ne sais pour quelle occasion, je me trouvais avec mes parents au Havre. Il y avait aussi avec nous ma cousine Anne, qui en avait seize. Je partageais sa chambre : nous nous entendions bien. Deux grandes tentures masquaient la fenêtre et je m'étais cachée derrière pour la surprendre mais elle tardait. J'ai donc occupé le temps à regarder la rue comme j'aimais à le faire. Dans l'immeuble d'en face, une jeune femme était à sa toilette. Elle était nue et prenait son temps à savonner puis rincer ses seins, ses reins, ses fesses. C'était absolument fabuleux. Je la regardais, émerveillée. Je sentais combien c'était audacieux. On pouvait la voir. Peut-être même savait-elle qu'on la regardait. J'en ressentais une profonde émotion à nulle autre pareille, ne sachant pas du tout ce qui était en train de m'arriver.

Anne était entrée et m'avait trouvée derrière le rideau. Elle avait vu aussi ce que je regardais. Cela la fit rire. Elle n'est pas gênée, me dit-elle. Moi non plus. Tu veux du spectacle et bien regarde ! Va t'asseoir sur le lit. Ouvrant grand les rideaux à son tour, après avoir allumé toutes les lampes de la chambre, elle entreprit de se déshabiller lentement devant la fenêtre, jetant ses vêtements aux quatre coins de la pièce. J'étais fascinée. Je regardais sa jeune poitrine ferme et le triangle fleuri au bas de son ventre. Il y eut comme un éclair en moi et je me laissais tomber à la renverse, les yeux fermés, absolument, radicalement éblouie. Puis je sentis sa bouche sur la mienne et sa main remonta doucement ma chemise. J'appris beaucoup de choses cette nuit-là sur mon corps, sur les caresses, sur le plaisir...

Peu de temps après mes parents partirent en Amérique et je restai en pension. à Paris. Des filles qui se déshabillent, il y en eut beaucoup. Mais je n'aimais pas leurs odeurs, leurs sans-gêne, leur vulgarité. Puantes, laides et brutales, ces demoiselles qui portaient pourtant de grands noms. Le souvenir de ma douce Anne seul pouvait m'endormir.

Eduquée et bachelière mes parents voulurent bien se rappeler de moi et me firent venir enfin à New York. Il se trouve que je suis arrivée de nuit et que la première chose que j'ai remarqué fut le nombre de fenêtres éclairées sans rideaux... J'avais dix-huit ans et un avenir autant ténébreux que lumineux devant moi ! J'épiais allègrement tous les rectangles de lumière, me repaissant de scènes qui me laissaient souvent alanguie sur mon lit. Longtemps, en effet, je me suis contentée de plaisir solitaire. Comme Anne, il m'arrivait de me mettre nue devant la baie, en espérant un observateur.

Dans la journée je m'ennuyais mortellement entre shopping et magazines, soirées pour jeunes filles et bal des petits lits blancs.. Au moins, cela m'introduisit auprès de quelques camarades. Entre autres, Susan. Avec elle, j'allais au cinéma et au Moma. Son père tenait une Galerie d'Art et il arriva une fois qu'il y ait une très belle exposition de photos de nus féminins. C'était un hasard magnifique car, évidemment, on ne montre pas ce genre de choses à des jeunes filles. J'en sortis bouleversée. Susan le remarqua mais ce n'est que quatre ans plus tard qu'elle osa me le dire. Entre temps, j'avais noté le nom du photographe et je n'avais qu'une envie, devenir modèle. Pour approcher ce grand Monsieur, encore fallait-il montrer patte blanche. J'usais sans vergogne du nom du père de Susan pour obtenir un rendez-vous. 

Autant dire que ma carrière tourna court. Le père de mon amie, voyant une photo à l'atelier, rappela au Maître mon âge et tous les scandales qui arriveraient si cela se savait. Il ne resta donc de mon passage que mes propres clichés que j'avais sauvé de la destruction.  La vie suait toujours d'ennui. J'enviais les dactylos qui couraient au travail ; mon père consentit après bien des palabres à me laisser m'inscrire à une formation de secrétaire mais j'y retrouvais la même ambiance insipide, rustre et mesquine qu'au lycée. Je retournai à mon oiseveté.

Enfin majeure, je fus autorisée à voyager seule. Le bonheur de la découverte des chambres d'hôtel, de leur anonymat et de tout ce que je pouvais imaginer faire librement devant la fenêtre eut raison de mes a-priori. Parfois quelqu'un venait frapper à la porte mais je n'ouvrais pas ; j'avais mes limites. Je voyageais aussi avec Susan... Et tout arriva. Comme elle se plaignait de son tour de taille, je l'encourageais à se montrer nue devant moi pour que j'apprécie. J'admirais ces formes majestueuses, ses seins un peu lourds que j'avais libérés, je caressais son dos tout en posant un baiser sur son épaule. Elle laissa mes mains glisser jusqu'à sa toison ... Ce fut à mon tour de lui faire découvrir la magie d'un corps féminin. C'est plus tard, sur le lit qu'elle me dit : Je sais que tu aimes les femmes. Je crois que c'est pour cela que tu as osé poser nue... J'ai vu l'album que tu caches dans ton armoire et je me suis rappelé à quel point cette exposition t'avait remuée. Tu sais, j'avais juste envie d'essayer. Je ne suis pas... comme toi.

Ces mots me frappèrent au plus haut point. Je n'aimais pas les femmes ! Pas du tout ! Je n'étais pas "comme ça" ! Naïvement je pensais n'aimer que le désir de mon plaisir ! Je repoussai Susan. Je la giflai même de toutes mes forces. Je ne comprenais plus rien. J'avais fait la chose, pourquoi ne supportais-je pas de m'entendre étiquetée comme aimant "les femmes"... Finalement, je demandai pardon à mon amie et regagnai mon propre lit. Nous devions rentrer le lendemain par le train. Susan s'excusa de m'avoir blessée mais elle me demanda si j'avais déjà eu un petit ami. Non, je n'avais jamais eu de petit ami. Je trouvais mes camarades, mes danseurs, moches, idiots, timides ou trop sûrs d'eux. Ils avaient les mains moites, un sourire niais, deux pieds gauches, sentaient la sueur ou l'alcool... Susan rit de bon coeur aux portraits mais elle me dit : ça se sont les très jeunes gens, tout change avec des plus expérimentés. Si je comprends bien, tu n'as jamais fait l'amour avec un homme. Tu n'aimerais pas essayer ?...

Je ne sus jamais si c'était un hasard mais le lendemain, c'est Barnard, le frère aîné de Susan qui vint nous chercher à la gare. Dans la voiture je fixais sa nuque bien rasée en songeant aux propos de Susan. Finalement je me moquais bien de ce qu'elle avait pu dire à son frère, il me parut tout à fait faire l'affaire pour palier à ce qui me manquait. Je soutins donc son regard dans le rétroviseur. Dans la soirée, Susan passa me prendre ; elle avait une grande nouvelle : je plaisais à Barn. J'étais donc invitée au repas familial puis à dormir comme très souvent. "Barn", que je connaissais peu, ne semblait pas faire attention à moi. Il parlait avec son père ou son frère John. Puis ils allèrent au salon et Susan m'entraîna à l'étage. Nous avions le temps car un match important de base-ball était retransmis à la radio. Sous prétexte de m'échauffer un peu Susan voulut que nous reprenions où nous en étions restés à l'hôtel. Je lui donnai quelques suppléments. Repue, elle affirma cependant qu'un homme pouvait faire cela tout aussi bien mais qu'il détenait un plus cocasse et très jouissif... Nous avons pris un bain ensemble avec quelques caresses, explications, positions et stimulations. A ma grande surprise, Susan avait l'air d'en connaître un bout ! Elle m'avoua qu'elle avait un petit palmarès dans le monde masculin et me raconta ses conquêtes. Enfin l'heure vint de retourner à la chambre. Susan me coiffa, me maquilla et me passa une vaporeuse chemise blanche puis me laissa.

La première chose que fit Barn fut de fermer les rideaux, puis il me demanda de me tourner vers le mur. tandis qu'il se déshabillait. J'étais déçue, cela ne me paraissait pas de bonne augure cette pruderie ! Cependant j'étais de plus en plus impatiente et curieuse. Enfin, il m'appela. Il était nu et le spectacle étais si surréaliste que mes yeux se fixèrent sur ... la chose dressée vers moi ; je n'en avais jamais vu...

Au milieu de la nuit, nous devisions à voix basse. Nous étions contents l'un de l'autre, prêts à recommencer. Je le regardais, admirant sa mâle beauté, ses cuisses puissantes et ses mollets de sprinteur mais je ne pus m'empêcher de lui dire : Tu n'as pas l'air si viril que ça , tu manques de poils ! Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il." 

 

© Lakévio

 

 

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03 novembre 2017

La chambre

 

sally storch - alla-finestra

Sally Storch - A la fenêtre

 

 Sur cette image belle comme du Hopper, je vous propose le

Jeu des Papous N°1

 

1) Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail." (emprunt à Simone, jeune fille rangée.)

 

2) Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il" (emprunt à Jean-Paul, celui qui écrit sur le mur.)

 

Entre les deux, casez ce que vous voulez !

 

A lundi , si le goût vous en dit !

 

 

 

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02 novembre 2017

Anders Zorn

 

anders zorn-autoportrait

Peintre, sculpteur et graveur suédois.

(1860 - 1920)

Une très belle exposition lui est consacrée actuellement au Petit Palais, à Paris, du 15 septembre au 17 décembre 2017.

Le plus grand Maître de la peinture suédoise et je ne le connaissais pas !

D'origine modeste et rurale, il n'a jamais connu son père qui lui laissa cependant à sa mort précoce (1872) un petit pécule lui permettant des études d'art à l'Académie Royale de Stockholm (1875) où il sera rapidement considéré comme un prodige dans l'art de l'aquarelle.

 

anders zorn en deuil 1880

 En deuil - 1880 - sera sélectionnée pour la présentation annuelle de l'Académie.

 

 

anders zorn 1

 Dans les bois. Sa jeune épouse accroche sa robe aux ronces. Au lieu de la délivrer, Anders prend ses pinceaux et son papier...

On l'aperçoit au fond de la toile ! (Thornbush - 1885)

 

anders zorn

 Plaisir d'été - 1886

 

anders_zorn_dans_ma_gondole

 Je n'ai jamais vu un tel rendu, un tel fini des feuillages et de l'eau en aquarelle. C'est éblouissant !

 

Il est égalemment rapidement célèbre pour ses portraits et la haute société se l'arrache.

anders zorn les demoiselles schwartz dessinant 1889

Anders_Zorn_-_A_Portrait_of_the_Daughters_of_Ramon_Subercasseaux

 

J'aime la composition originale de ses toiles.

 

anders zorn a toast in the Idun society

anders zorn la jeune femme a la cigarette

 

 

C'est ainsi qu'il rencontre, en 1881, sa future épouse, Emma Lamm, issue d'une riche famille juive cultivée, de Stockholm. C'est l"époque où il va passer quatre années en voyage essentiellement en Espagne et en Angleterre. Il reviendra en Suède épouser Emma en 1885 et ils vivront onze ans à Paris. Chaque été ils repartent en Suède, à Mora, en Dalécarlie, car Anders Zorn n'oublie pas ses origines modestes et la vie à la campagne.

anders zorn-44

anders_zorn_minuit

anders zorn danse de la saint jean 1901

 

Il aimait à peindre ses modèles dans leur environnement pour connaître leur caractère, psychologie et personnalité. Il avait une palette assez sobre avec des ocres, bruns, blanc, rouge et noir.

 

S'inspirant de Manet et Renoir, il s'engoue pour la peinture des nus en extérieur.

anders zorn nude 1jpg

 La Frileuse - 1896

 

Anders Zorn-Sommaragton

 

 

En 1893, Zorn est choisi pour représenter la Suède  à l'Exposition Universelle à Chicago. Il y restera toute une année puis reviendra fréquemment en Amérique, très demandé par l'intelligentsia fortunée friande de portraits.

En 1896, les Zorn décident de retourner vivre en Suède. Il s'inspire alors de la vie traditionnelle de sa région d'origine. Il axe son travail sur la maîtrise de la technique et continue à exploiter l'art du Nu avec les paysannes solidement charpentées de Dalécarlie.

anders-zorn-filles-de-dalarna-au-bain

 

Après sa mort (1920), à l'âge de soixante ans, sa femme créera un Musée à Mora (1939) complétant la collection en rachetant certains tableaux que son mari avait vendus et en poursuivant l'oeuvre philanthropique qu'ils avaient lancé ensemble.

 

 

 PS : Je recommande de cliquer sur la première toile pour faire défiler les autres en format plus grand avec l'intitulé du tableau.

 

 

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01 novembre 2017

Fleurs de Toussaint

 

chrysanthemes-parterre-cimetiere-du-pere-lachaise-automne-toussaint-paris

Je sais bien que le jour des défunts est demain mais pour chacun c'est bien souvent au jour de la Toussaint qu'on pense à les fleurir..

 

Pere-Lachaise-Cemetery-01-copyright-French-Moments

Au Père Lachaise.

 

Pourtant, la Toussaint est une belle fête puisque c'est celle de chacun d'entre nous, au moins de ceux qui portent le nom d'un saint patron et qu'on n'a pas nommé Térébantine, Airelle ou Tryton !

Mais qui dit qu'un jour ceux-ci ne deviendront pas saints à leur tour ?... 

 

Tous appeles a la saintete

 

 

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31 octobre 2017

Veille des Saints (Halloween)

 

Anderson Victor C girl-feeding-chipmunk

Victor Anderson

 

Des parents (Le Fils et sa Princess, absolument indignes !) sont partis, attirés par l'Amérique, fêter Halloween... à Salem ! (Je vous conseille d'aller dans le moteur de recherche pour voir ce qu'est Halloween dans la ville... des sorcières.) Mais qu'est-ce qu'ils ont donc à être attirés comme ça par les USA et leurs fêtes qui ne sont pas les nôtres ?...  J'ai constaté le retour du rayon d'accessoires dans mon Monop...

En même temps, je ne vais pas me plaindre de l'occasion qui m'est donnée de garder mon petit chérubin.

Une Mamette aux anges. (donc loin des feux de Sabbat et sans bâton ni bonbons "Trick or treat").

 

Connaissant la région de Boston et la ville, j'espère avoir de belles photos d'automne à vous montrer à leur retour...

salem witch house autumn

salem USA fall

 Photos du Net

 

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30 octobre 2017

Conte du lundi 82

Moses Soyer - Three girls - 1955

 

Elle ne revient pas... Cela fait six jours maintenant.

Et la rentrée est après-demain ! Qu'est-ce qu'on va dire si elle ne rentre pas ?...

Je m'en veux d'avoir imité l'écriture de sa mère.

On a juste voulu l'aider.

Oui, mais s'il lui arrive quelque chose, notre conscience sera à mal !

En 1970, on pourrait penser que ce serait plus facile !...

Elle n'est pas partie seule, je crois...

Tu sais très bien qu'elle est partie avec Jean-Pierre.

Oui, Maryse me l'a dit au téléphone, il y a trois jours.

Mais depuis, c'est silence radio...

Et si elle était morte ?...

Tu es folle ! Ne dis pas des choses comme ça.

Mais ça peut arriver ! Ce sont des barbares ceux qui font ça...

Non, en Angleterre, c'est autorisé et surveillé. Et si elle était morte on le saurait, Jean-Pierre nous l'aurait dit !

Quand même... Pourquoi on n'a pas de nouvelles ?

Vous savez, les filles, c'est horrible, mais je l'imagine toute ensanglantée sur une table de cuisine...

Arrête tout de suite, Françoise ! C'est des vieilleries tout ça ! Et puis je répète, Jean-Pierre est avec elle.

Heureusement !

Mais le camp se termine demain. Qu'est-ce qu'on dira à sa mère qui la croit avec nous ?...

Ecoute, Nicole, à chaque jour son problème.

On ne peut pas faire grand chose qu'attendre...

Il y a trois jours, elle allait bien.

Oui, mais elle avait son rendez-vous dans l'après-midi...

Et on ne sait rien de plus depuis.

Elle aurait pu rappeler !

J'ai très peur, vous savez...

C'est compliqué pour elle d'appeler au camp. Vous savez bien qu'ils ont dit que les appels urgents...

Mais c'est urgent !

Personne ne le sait.

C'est vrai et c'est affreux parce que peut-être...

 

Hélène, on te demande au téléphone.

...

Alors ?... C'était Maryse ?

Oui ! Je n'en reviens pas !... Les filles, c'est trop... beau et effrayant à la fois.

Vas-y ! Crache-le ! Qu'est-ce qu'elle a dit ?

Elle a dit ... "Just married" en riant comme une folle.

Quoi ?!!!

Ils sont à Gretna Green, ce petit village en Ecosse où le forgeron marie les gens... Ils rentrent demain. Ils vont tout raconter aux parents. Et bien sûr, ils gardent le bébé !

 

© Lakévio

 

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27 octobre 2017

Qu'est-ce à dire ?...

 

 

Moses Soyer - Three girls - 1955

Moses Soyer - Three girls - 1950

 

Vrai, faux, banal ou essentiel, important ou pas...

On le saura lundi !

 

 

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26 octobre 2017

Le bonheur est tout près

 

Vacances d'automne, retour de promenade.

Nous avons mis une jolie nappe et décoré la table de toutes les trouvailles. Dans les larges tasses, j'ai versé le chocolat à la canelle spécial Mamette tandis qu'Api découpait le chausson aux pommes maison. On aurait entendu une mouche voler s'il y en avait eu. Les joues étaient roses, les cheveux un peu en bataille, les yeux brillaient. Chacun appréciait l'heure avant de savourer le goûter...

 

decoautumn

deco cueillette automne1

deco octobre feuilles automne 9

decoautomne

deco octobre automne feuilles glands 12

 

 

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24 octobre 2017

Le sel de la terre

 

Les petits-enfants...

 

Les sages et les fous en vacances.

Qui sont les sages, qui sont les fous ?...

 

Il faut faire le fou avant d'être sage...

Il faut avoir été sage pour oser se montrer un peu fou !

 

sophie couturier

 

sophie couturier 6

 

sophie couturier 13

 

sophie couturier 79

 

sophie couturier 5_o

 

Merci à Sophie Couturier,

sophie couturier atiste peintre photojpg

artiste peintre française.

 

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23 octobre 2017

conte du lundi 81

 

Francis Coates Jones 52

 

dictionnaire

pianiste

hortensia

bouée

affreux

mordant

pénible

éclairer

 

Hortensia était pianiste. Un jeune prodige comme il y en a peu. Depuis ses quatre ans, elle sillonnait le monde sur des scènes toutes plus prestigieuses les unes que les autres. Longtemps elle n'avait pas eu conscience que son enfance était bien différente des enfants de son âge. Les gammes et exercices ne lui pesaient pas et c'était même amusant d'aller sous toutes ces lumières, puis de saluer devant le grand trou noir d'où partaient des applaudissements et des bravos. Elle se rappelait quand même la première fois où elle avait réalisé que la foule joyeuse, gesticulante, colorée qui apparaissait devant elle lorsqu'on allumait les lustres était venue pour l'écouter., elle, si petite qu'on avait dû lui faire faire un tabouret spécial pour qu'elle atteigne le clavier. En fait, cela avait été assez pénible parce qu'elle avait pensé que ce n'était pas très juste ; les musiciens de l'orchestre méritaient davantage leur attention. Pour elle, c'était tellement facile. 

Prodige... Quand elle avait su lire - elle n'avait pas le temps d'aller en classe et peu celui d'étudier avec un précepteur qu'elle rencontrait épisodiquement - elle avait cherché ce mot dans le dictionnaire pour éclairer sa lanterne et comprendre pourquoi on la trouvait exceptionnelle. Elle avait aussi cherché ce mot et avait alors réalisé qu'elle était une exception et que cela était assez affreux. Elle n'était donc pas comme toutes les petites filles... Elle se rendit compte qu'elle n'avait pas eu beaucoup d'occasion d'en rencontrer. Elle se rappelait d'une grande fille pâle aux nattes blondes, en robe blanche et souliers vernis qu'on lui avait amenée dans sa loge, assez semblable à elle-même finalement. Ce n'était sûrement pas cela une petite fille...

De ce jour, son esprit fut occupé à cette quête. Comment pouvait-elle savoir ? Son précepteur avait ri devant la question mais gentiment le lendemain il lui avait apporté Les Petites filles modèles d'une certaine Sophie Rostopchine. Sa mère avait rendu le livre en prenant un ton mordant pour parler à Monsieur Lelong. Alors, Hortensia avait profité de toutes les occasions pour regarder, observer, chaque fois qu'elle quittait sa demeure en voiture. Sur les trottoirs, des enfants avec des cartables, des sacs qui ressemblaient à des bagages. Certains portaient un uniforme, d'autres de drôles tenues colorées et poussaient un ballon. Ils couraient, jouaient, discutaient. Parfois elle en voyait dans les villes qui transportaient des instruments de musiques. Hortensia savait à présent qu'ils n'étaient pas prodiges. 

Elle prit l'habitude de se glisser hors de sa chambre dans les hôtels lorsqu'elle était en tournée dans l'espoir de croiser des enfants et de leur parler peut-être... Elle eut sa chance à Seattle où elle s'engouffra dans l'ascenseur derrière deux brunettes. Hortensia était ravie et les regardait, silencieuse, en les mangeant des yeux. Elles avaient de curieux vêtements qui laissaient voir leurs bras et leurs jambes et leur mère - ou peut-être leur nurse ? - portait dans ses bras une drôle de chose. Hortensia finit par demander ce que c'était... Les petites filles se regardèrent et pouffèrent.

- C'est une bouée ! T'es jamais allée à la piscine ?...

Hortensia les suivit sous la coupole sur le toit de l'hotel et les regarda se jeter à l'eau avec de grands éclats de rire. Ainsi c'était donc ça de vraies petites filles ? Elles jouaient avec leur mère dans de l'eau bleue... Hortensia reprit l'ascenseur pour redescendre. A chaque étage s'installait un peu plus en elle l'impression d'un vide. On lui avait pris quelque chose... Elle arriva finalement jusqu'au hall où elle alla s'asseoir, attristée, près d'une table où étaient posés de magnifiques bouquets qui ne manqueraient pas d'illuminer le Grand Salon et la Salle à Manger. Machinalement, elle prit les fleurs une à une pour les effeuiller. Il semblait que chacun des pétales représentait ce qu'elle ne connaissait pas et regrettait pourtant : aller à l'école et courir après un ballon, discuter avec d'autres enfants, porter un joli maillot et se plonger dans l'eau bleue d'une piscine... Simplement s'arrêter de faire toujours la même chose à longueur de jour, année après année et goûter à la tendresse d'une maman qui prendrait son temps...

 

© Lakévio

 

 

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21 octobre 2017

Les enfants sont en vacances

 

Et elles sont longues à présent les vacances de Toussaint !...  Les Mamettes (Grand-Mères, Mamies, Mémés, Manous, Mamitas, Grannies, Grandmas, etc) sont sur la ligne de départ, les bras grands ouverts...

 

muriel-dawson

Muriel Dawson

 

Bonne fin de semaine.

 

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20 octobre 2017

Bouquet d'automne

 

Francis Coates Jones 52

Francis Coates-Jones

 

Jeu des Papous N°2

A partir du tableau proposé, écrire un texte  en prose ou un poème en plaçant judicieusement les huit mots de la liste suivante que vous mettrez en gras dans votre texte.

dictionnaire

pianiste

hortensia

bouée

affreux

mordant

pénible

éclairer

Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes. je vous conseille de copier-coller la liste avant la composition de votre texte.

Exemple :

 dictionnaire

 pianiste

 hortensia

 bouée

 affreux

 mordant

 pénible

 éclairer

 

 Devant son instrument sur la scène du Palladium, la pianiste contemplait un affreux hortensia desséché dans un vase oubié en coulisse...

 

 Lancez-vous ! Les textes "surréalistes" sont permis. A lundi !

 

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19 octobre 2017

Au bout de la route...

 

celle de Pashk Pervathi, par exemple, que nous venons de voir, ou au terminus du chemin de fer comme celui que nous empruntons souvent, on trouve... l'automne à Paris !

Je n'oublie pas la promenade saisonnière que je vous offre chaque année.  De bonnes chaussures, une écharpe pour le vent léger et la brume matinale, un parapluie à portée de main car le soleil tend à se cacher après ces jours splendides... Ouvrez vos quinquets ! C'est chez moi...

 

Place Saint-Médard

automne paris Ramon Ward-Thompson marche du samedi place st medard paris

 

automne paris ramon ward thompson 77

 

 

La Sorbonne

autumn paris ramon wrd-thompson sorbonne

 

Quartier latin

autumn paris Ramon-Ward-Thompson quartier latin

 

 

autumn paris ramon ward-thompson 15

 

 

Bastille

autumn paris Ramon-Ward-Thompson

 

Le Chatelet

automne paris ramon ward-thompson chatelet

 

La grande girafe (celle qui clignote)

autumn paris ramon ward-thompson 23

automne paris Ramon Ward-Thompsonjpg

 C'est mélancolique et un peu humide mais c'est beau aussi.

 

Merci à Ramon Ward-Thompson

Ramon Ward-Thompson portrait in paris

peintre contemporain australien

 

Avec mes yeux :

la sorbonne octobre 2017 64

La Sorbonne - 16 octobre 2017

 

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