paris annees 50

 

Je ne sais pas si c'est une bonne idée. J'ai peut-être été impulsive !...

Mais je me disais que ça ne pouvait plus durer. Il fallait bien que je tente quelque chose !...

Et je suis sûre que Daniel parviendra à faire fondre son coeur. Daniel, mon chéri, avance s'il te plaît. Tiens bien ta balle. Maman ne peut pas la mettre dans son sac, il est trop petit.

Pour mon bébé, ce sera mieux. J'ai tant désiré ce moment. Je ne peux pas comprendre qu'on ferme ainsi la porte à la chair de sa chair ! Je n'en peux vraiment plus. Moi, d'accord, si on ne veut pas me voir ! Mais lui, le chérubin... Encore un petit effort, Daniel. On arrive au métro. Tu te reposeras sur mes genoux.

Au pire, on me fermera la porte au nez. J'en ai vu d'autres depuis quatre ans !... Mais peut-être, un sourire, une main tendue, un bon goûter... Je suis même prête à le laisser tout seul une heure ou deux... Regarde, mon chéri, on va dans le joli train sous la terre... Encore quelques pas.

Encore quelques pas et direction les beaux quartiers ! ...

C'est peut-être risqué...

Mais parfois il faut prendre des risques ! Je ne viens pas quémander. Je viens montrer.

- On y va maman, dans le joli train sous la terre ?...

Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je n'ai rien dit à Claude. Je ne voulais pas qu'il s'inquiète...

Mais ce n'est pas juste ! Et je ne vais rien demander. Nous n'avons besoin de rien. Nous ne ferons honte à personne. Daniel est aussi bien mis qu'un bébé du XVIème. Je l'élève bien en gagnant ma vie honnêtement. Il a même une nourrice ! Il connaît des chansons et sait compter. Mais il lui manque quelque chose d'essentiel. Et je ne peux supporter qu'on le lui refuse. Coûte que coûte il faut tenter. Il faut essayer. Sinon on ne saura jamais. Claude est si muet sur cet état de fait. Il a dit qu'il n'y avait rien à espérer, que ce n'était pas la peine d'en parler encore et encore. Mais je ne peux me résigner... Attention aux marches, mon bébé. On va aller doucement...

C'est parti ! Il n'est pas encore sûr que j'irai jusqu'au bout même si j'en ai envie. Une petite voix me répète que c'est inutile, que j'en serai meurtrie. Heureusement, Daniel est encore bien petit pour comprendre... Mais j'en entends une autre qui me pousse à la rencontre... On est dans le tunnel, Dany ! Vois comme le train va vite !

Peut-être un peu trop vite... Je n'ai pas assez réfléchi. Je ne voudrais pas blesser Claude. Je sais combien de fois il m'a dit que c'est une utopie. Il a bien renoncé, lui !... Moi, je ne peux pas. Je voudrais comprendre ! Allez, Bébé, il faut descendre. Nous sommes presque arrivés.

J'ai peur. Pas du rejet, il est déjà effectif,. Mais je voudrais voir, savoir, comprendre... La déception ? Quelle déception ? Le monde d'où je viens ? Très honorable, madame. Du courage et de l'or dans les doigts si ce n'est dans le portefeuille ! En 1954, tout de même !... Tu vas voir, madame, je vais me défendre. Je vais le défendre, mon Dany, si on m'en laisse l'occasion ! Viens, mon chéri, allons voir ta grand-mère !...

 

© Lakévio