colley whisson -A-Symphony-Of-Shadows-

 

Parfois un tableau vous renvoie à l'impression ou plutôt la certitude du déjà vu. Oui, j'ai connu ce petit banc de pierre. Il est toujours là, sous la petite fenêtre, à côté de la porte, dans le domaine de mon enfance. La porte beige n'a pas de marche et reste partiquement ouverte à longueur d'année. Enfin, en ce temps-là où les quelques rares voleurs ne dérobaient qu'une poignée de cerises, un peu de lilas ou un ou deux raisins dépassant de la treille !...

Ce petit banc est d'origine. Grand-père a dû l'installer lors de la construction de la maison, en 1925. Côté ouest. C'est celui où il se reposait en rentrant du jardin, où il déposait corbeille de fruits ou paniers de légumes pour la cuisine. Il est fait d'un gros morceau de lave de Volvic reposant sur deux plus petites pierres. C'est du brut. Derrière lui, la maison, vaste, sereine, active. La fenêtre, c'est la buanderie, fraiche du lavoir et du puits. Devant, l'immense étendue du jardin, le champ d'angélique, puis, plus tard, les rectangles tirés au cordeau des plantations et cultures saisonnières.

Quand on revient du bout du bout du jardin, ce petit morceau de terrain contre le mur, c'est déjà la maison. Parce qu'on y sent la présence des ancêtres qui se sont assis là à toute heure du jour des années durant. Un temps, on pouvait y trouver des galoches et le petit tas de terre grise et humide que le propriétaire avait soigneusement raclé sur le demi-cercle fixé à l'entrée. Pas de terre dans le cuvage ! Devant lui encore, si près, les meilleures cerises noires du jardin et toutes les herbes aromatiques que grand-père m'apprenait à reconnaître.

Sur le petit banc gris, j'ai goûté, j'ai joué à la dinette, avec mes poupées. Je les ai parfois oubliées pour les retrouver le lendemain le sourire sage mais les joues pâles et la robe fanée. J'y ai lu mes magazines tout juste déposés par le facteur, préférant le banc au perron moins abrité des passants. Ma mère y a brodé, ma grand-mère crocheté et reprisé. Mon grand-père y a roulé ses cigarettes de tabac gris et mon père fumé avec lui. Il a servi aussi de dépose d'outils le temps d'une réparation ou de dépôt de linge lorsqu'il était temps de rentrer celui qui séchait sur les fils au-dessus des buis et des aromates. On y plaçait alors la grande corbeille d'osier qui allait contenir le linge rêche et frais. Toutes actions rapides et Il ne fallait pas laisser traîner les choses qui n'étaient pas à leur place. Jamais le banc n'a été utilisé comme décoration pour pots de fleurs. Celles-ci se tenaient sagement dans les parterres ou le long des allées qui menaient au perron ,aux portes des garages ou au jardin. Mes grands-parents aimaient l'ordre...

Pour eux, ce petit banc, l'été, était un salon pour lire les nouvelles du journal et les commenter à la tombée du soir, un hâvre pour prendre le frais après le dîner, au crépuscule, jusqu'à ce que la nuit d'un bleu profond dévoile ses étoiles. C'était un lieu de conversations et de confidences.  Il conserve d'ailleurs tous les secrets qui y ont été partagés...

Ce petit banc, pour moi, c'est un morceau d'enfance.

 

Le petit banc, l'été 35.

été 35

Le banc, où pouvait s'asseoir trois personnes,  a sans doute été "allongé" avec des chaises pour la photographie de la maisonnée d'alors.  Il y a quatre générations. Mon arrière grand-mère, mère de mon grand-père, mes grands-parents maternels, mes parents et Fine, ma grande soeur, qui avait deux ans. Photographe inconnu.

Miette, sur le banc en 1954. 

banc de pierre 1954

Photographie prise par Fine !

 

 

© Lakévio