catherine Klein l

 

La violette discrète et parfumée a toujours été la préférée de mon grand-père. Peut-être sa mère se parfumait-elle à la violette ?... En tous cas ce fut un des premiers bouquets sauvages offert à sa jeune épousée de février, ma future grand-mère.

Vous rappelez-vous ? Grand-Mère jeanne disait : "Entre la connaissance et le mariage : 29 jours !"... Ils étaient jeunes, ils étaient fous. Il était séduisant, élégant et ses doux yeux bleus montraient qu'il était bon. Il voyait sur son visage la franchise, la force et la détermination. Elle avait tout juste vingt ans au jour de son mariage et Georges, le jeune époux, à peine cinq ans de plus.

Ce premier bouquet, cueilli au jardin, surprit la jeune femme dans sa cuisine. Saisisant la taille de Jeanne devant le fourneau, il plaça rapidement le bouquet devant son visage. Elle rit, approcha son nez des délicates fleurs, puis saisit le bouquet. Elle se retourna en serrant les petites fleurs sur son coeur, les joues empourprées de bonheur. Il plongeait son regard dans ses yeux qui disaient volontiers combien elle l'aimait. C'était un bonheur naissant, tout frais comme les violettes.

Je ne sais s'ils songeaient tous deux à ce premier bouquet lorsque le moment des violettes revenait. Mais toujours il y eut la petite offrande odorante, rapportée du jardin, qui trônait sur la table de la cuisine dans un verre d'eau tout simple pourqu'ils puissent profiter du parfum à tout moment.

Mon grand-père sentait la violette le dimanche. J'allais l'embrasser alors qu'il venait de se raser, histoire de vérifier s'il avait mis son eau de "senteurs" que Jeanne ne manquait pas de lui offrir chaque année au jour de sa fête. Je lui disais : "tu sens bon, tu sens ton eau de violettes ! Tu veux bien m'en donner ?" Alors, parfois, mais parfois seulement, il allait chercher le flacon orné d'une belle étiquette fleurie, et déposait sur un mouchoir quelques gouttes avant de le presser doucement sur mon cou.

Après sa mort, en 1961, le verre de violettes apparaissait encore en saison sur la table de la cuisine. J'ai surpris grand-mère à l'emporter le soir dans sa chambre alors qu'elle ne le faisait pas auparavant. Elle disait qu'elle fleurissait la Sainte Vierge sur sa cheminée. Mais je savais qu'elle lui confiait surtout grand-père. Et puis, au jour de la Saint Georges, elle demandait à ce qu'on la conduise au cimetière. Elle emportait avec elle un petit bouquet violet à déposer sur sa tombe...

Cette fois, ces jolies fleurs dans un simple verre d'eau m'ont remis en mémoire une histoire vraie...

 

© Lakévio

 

PS : la Saint-Georges est fêtée le 23 avril.