La vérité vraie 32

La vitrine.
Pamela était passée plusieurs fois en repérage, s'attardant devant la vitrine comme une cliente indécise. Ce matin-là, elle devait entrer à dix heures précises et demander à voir les broches sur le présentoir. Son allure et son sourire de femme du monde devait rassurer le vendeur qui à ce moment-là devait être seul dans la boutique, le propriétaire ayant rendez-vous chez le diamantaire. Georges briserait alors la vitre et s'emparerait des bagues et colliers avant de fuir au plus vite. Le vendeur alerterait la police ou peut-être l'alarme les avertirait-ils mais Pamela devait rester comme témoin. C'etait absolument sans danger ; elle n'était pas connue des services de police... Elle rejoindrait Georges après sa déposition à l'autre bout de la ville pour partir vivre la grande aventure quelque part au Sud...
Pamela avait rencontré Georges à une soirée organisée par le bureau. Il avait dit qu'il travaillait à la compta au troisième. Elle ne l'avait jamais vu avant et pour cause : il n'était pas employé par la boîte ! Mais cela, elle ne le savait pas encore. Ils s'étaient mis à se fréquenter. Ils se voyaient de plus en plus souvent. Enfin il l'avait amenée chez lui et lui avait offert de passer leur vie ensemble bien qu'ils n'aient pas beaucoup d'argent. Alors, à cause de cette situation, Georges avait eu l'idée du casse... Pamela serait sa complice. D'abord effrayée, Georges avait si bien su la rassurer que Pamela fut partante. Enfin, presque... C'était une chose que de faire la cliente intéressée dans la rue. Entrer et tromper cet homme était autre chose. Mais Georges trouverait qu'elle était bête, c'était juste l'affaire de quelques minutes. Il fallait qu'elle retrouve son aplomb pour le beau Georges et la vie qu'il lui avait promise. C'était embêtant que son éducation vienne jeter son grain de sel... Il fallait qu'elle se décide. Un coup d'oeil à la montre lui indiqua que l'heure filait. Et puis il y avait cet homme au visage caché sous son chapeau qui avait l'air de surveiller la boutique depuis le coin de la rue...
Pamela entra et avec un sourire timide demanda à voir les broches. Elle s'attardait, penchée sur le présentoir, passant une main tremblante sur un bijou. Le vendeur lui proposa de l'essayer sur son corsage mais un fracas étourdissant avala ses paroles : la vitrine avait volé en éclats. Le vendeur se précipita sur le pas de la porte en criant "Au voleur" ! Paméla n'avait pas bougé. Elle ne s'était même pas retournée ; elle sanglotait à perdre haleine sur les broches endiamantées. Sinon elle aurait vu l'homme au chapeau qui avait couru saisir Georges et deux agents le maintenir et le menotter.
L'homme était entré dans la boutique. Il regardait Paméla qui tournait le dos aux événements, sanglotant toujours. Il eut pitié. Il s'approcha et lui toucha le bras.
- Rentrez chez vous, Mademoiselle. Vous avez eu peur, n'est-ce pas ?
Paméla se retourna enfin, à bout de forces. Son regard osa rencontrer celui de l'homme et elle vit dans les yeux très bleus beaucoup de bonté. Il la regardait aussi, la trouvant fragile et belle, naïve et égarée.
- Si vous le permettez, je vais vous raccompagner chez vous. C'est tranquillement et en sécurité que vous ferez votre déposition. Remettez-vous et sachez que vous pouvez compter sur moi. Je peux vous dire qu'il y a longtemps que nous surveillions Georges Dupin. Vous n'avez rien à faire avec lui. Il vous utilisait d'ailleurs ; rien n'est vrai dans ce qu'il vous a dit. Il n'en est pas à son coup d'essai. Ne craignez rien, c'est une histoire qui finit bien pour vous.
***
Huit mois plus tard, Paméla et l'homme au chapeau souriaient sur les marches de l'église Saint Germain de Charonne, lors du mariage de Séverine, la petite soeur de la jeune femme. Mais au doigt de Paméla brillait un joli diamant, acheté comme vous le devinez à la bijouterie cambriolée, endroit où elle avait rencontré Patrick, inspecteur de police...
© Lakévio