Histoire de Guerre
Clermont-Ferrand, capitale de la France en 1940
1943 - Un camp de prisonniers en Allemagne. Un homme se tord de douleur dans son pardessus trop grand. Les mains crispées sur son ventre, il gémit, tombe à genoux et roule dans la neige aux pieds de ses camarades d'infortune. D'autres pieds, bottés, s'agitent autour de lui. On s'écarte. Il est placé sur un brancard et amené à l'infirmerie.
Il se réveille quelques heures plus tard à l'hôpital de Francfort. La douleur du ventre est encore là mais différente... Il vient d'être opéré d'une occlusion intestinale.
Toute sa vie mon père dira combien il a été soigné à la perfection et quelle gentillesse ont pu déployer médecins et infirmières allemands à son égard. Il avait conservé un carnet où il avait noté du vocabulaire, phrases et expressions qu'il avait voulu apprendre. Ainsi, les premiers mots que Miette connut de l'allemand, furent : ich bin krank (je suis malade) !...
Convalescence à Francfort, puis retour en France, à la maison, à la grande joie de la famille dans l'inquiétude.
Le père de Miette est militaire de métier. Un jour, complètement guéri, il lui faut bien se rendre à la caserne afin de recevoir une nouvelle affectation. Clermont-Ferrand est alors occupée par l'ennemi. Mais Gilbert est tranquille, il est en civil et le "92" n'est pas loin. (92ème Régiment d'Infanterie). Il est dans la cour, il salue gradés et camarades puis se dirige vers les bureaux, longeant, étonné, une grande file de quémandeurs...
Et soudain, des bruits de botte ! Un brouhaha...
Des soldats allemands, précédés d'officiers, pénètrent dans ce même couloir. La porte du commandant s'ouvre, les officiers pénètrent dans le bureau tandis que les soldats s'alignent et mettent en joue la file du couloir. Peu après, un ordre fuse :
- Les civils à droite, les militaires à gauche !
C'est une rafle ! Gilbert ne se demande pas longtemps ce qu'il convient de faire. Il n'a aucune envie de retourner dans un camp en Allemagne ! Il transpire un peu mais gagne la droite. Chacun regarde devant soi. Les visages sont fermés et tous se raidissent dans l'attente.
Les "civils" sont emmenés dans un autre couloir et doivent encore attendre avant d'être interrogés un par un dans un bureau isolé. Le temps n'avance plus. Certains hommes sortent du bureau, rouges, tête baissée et partent en grandes enjambées sans regarder personne. D'autres fois, un soldat entre et raccompagne le pauvre bougre on ne sait où... Enfin c'est au tour de Gilbert.
- Papiers !
Gilbert sort son portefeuille fébrilement et en extrait... une très vieille carte d'identité où il est fait mention de sa profession ... agriculteur ! Il a vraiment très chaud à présent !... Mais il a eu le temps de préparer sa petite histoire...
- Que êtes-vous venus faire, ici ?
- J'étais venu voir si... je ne pouvais pas avoir un cheval parce que... euh..., on m'a réquisitionné mon tracteur...
L'homme regarde mon père, puis lui tend la carte d'identité.
- Partez !
Gilbert s'enfuit du 92 sans demander son reste, remerciant le ciel de n'être pas allé à la caserne en uniforme et d'avoir conservé ses vieux papiers datant des années 20 ! Aussitôt arrivé à la maison, il impose que chacun fasse rapidement sa valise. Départ immédiat à la campagne.
- On ne va pas attendre que les Allemands changent d'avis !
Et c'est ainsi, qu'avec la fameuse Talbot, qui fut cachée sous un tas de paille, la famille prit le maquis pour... un certain temps... et d'autres aventures !
Monument aux résistants français - Mont Mouchet


