Germaine, à la maison au toit de chaume...
carte postale Farou - La bergère et son troupeau (détail)
carte postale Eino - village aux toits de chaume (détail)
La Bergère :
Germaine, la maman de Madeleine, était aussi une véritable amie pour ma mère.
Pas une amie à la mode de la ville, thé et petits fours comme Madame P. ou madame G.. Plutôt une amie café au lait. Elle nous invitait dans sa vaste cuisine à prendre place autour de l'immense table de bois brut, dos à la fenêtre. Elle ne manquait pas de prendre un petas et nettoyer la table des restes de l'écossage des petits pois pour la soupe du soir ou des pelures de pommes dont nous sentions l'odeur de compote dans le faitout. Nous pouvions contempler la pièce au sol de pierre, le fourneau ronronnant devant l'ancienne cheminée, les fagots débordant des cageots, les bûches alignées dans l'âtre et les vieux journaux attendant d'allumer la flambée. Au fond une merveilleuse et gigantesque armoire en bois orange bien ciré et à ses côtés un superbe vaisselier garni d'assiettes richement fleuries. Entre la cheminée et l'armoire, sur le mur de droite, la maie, ô combien précieuse, qui renfermait les miches, la farine et les brioches.
Interieur limagnier
Sur le côté gauche, la porte de la souillarde qui gardait les jambons,les oeufs, les fromages et le beurre puis la grande horloge comtoise au cadran décoré de fleurs qui marquait l'heure de me renvoyer à mon foyer lorsque je m'attardais chez Madeleine. Enfin l'escalier qui menait à l'étage, souvent un simple grenier, trois marches et la porte qui masquait la suite pour garder la chaleur de la salle, et à ses pieds le seau qu'il fallait toujours tenir rempli. Pas d'eau courante, seulement le puits. Et Germaine, toujours active, toujours portant quelque chose : un torchon, pour la vaisselle, le pain ou la viande parce que c'était le jour du boulanger ou du boucher, un panier d'oeufs fraîchement cherchés, une corbeille de pommes tout juste cueillies, une botte de poireaux ou un seau de pommes de terre arrachés à la terre du jardin derrière la maison.Ou encore les bûches et les seaux d'eau. Pas question de gaspiller l'eau lorsqu'il faut aller la puiser plusieurs fois par jour !...
Si je me rappelle si bien de la "salle" de Germaine, c'est que j'y suis souvent allée et qu'elle était à la fois semblable dans l'alignement des meubles et différente de la nôtre, n'ayant subi ni décapage ou nettoyage, cire ou peinture. Chez nous, le plafond de la Grenadière était peint d'un joli gris avec une suspension de cuivre et un demi-globe d'opaline à l'ancienne.
Chez Germaine, il était noir de suie et une simple corolle blanche, qu'Ernest, le père de Madeleine, pouvait descendre lorsqu'il lisait le journal, couvrait l'ampoule.
Germaine n'était pas souvent assise. Seulement lorsque maman venait lui rendre visite. "Rentrez, rentrez, on sera mieux assises pour causer !" mais elle ne pouvait rester longtemps sur son banc. Elle s'excusait : "Bah, il y a toujours quelque chose à faire à la campagne!".
Chez nous aussi, lorsqu'elle osait échapper à ses tâches, elle apportait un ouvrage : quelque linge à ravauder, des bas de laine à faire pour Jean, son fils, ou un gilet pour Madeleine...
Les moutons
J'ai dit comme j'étais ravie lorsqu'elle m'invitait à l'accompagner garder les moutons avec Madeleine! On suivait le chemin au fond du hameau pour aller à la pâture.
Plus ou moins loin. Le pré n'était pas toujours clos et il fallait donc veiller à ce que les moutons n'aillent pas brouter l'herbe du voisin ou pire, de mauvaises herbes qui leur donneraient le gros ventre ! Pour cela, il y avait le chien Finaud ! "Vé la care !"... Je me rappelle et du cri de Germaine invitant son chien à aller chercher la brebis qui s'éloigne et des jappements de Finaud ainsi que le trottinement des moutons, qui, dociles et craintifs, se rassemblent en bêlant pour un moment au milieu du pré...
Germaine, laissant ses aiguilles, se levait parfois lorsque le chien ne parvenait pas à ramener les brebis. Un rien leur faisait peur: un souffle de vent dans les peupliers, un corbeau trop curieux, un moineau audacieux, un tracteur lointain. Quelquefois, il n'y avait rien à faire et elle nous appelait : "elles me feront tourner bourrique !" et c'était l'occasion de saisir le bâton et dévaler le côteau ensemble pour faire remonter le troupeau.
Et puis, toujours, il y avait le moment du goûter. Bien enveloppé dans un torchon, au plus profond du vaste sac de toile de Germaine, rustique comme j'aime : miche de pain bis et fromage...
C'est de ces goûters de bergère que j'ai mon goût pour le Saint-Nectaire...
© Lakevio






