Une année qui commence dans un fauteuil
... à la Comédie Française.
Evidemment, je vous en parle trop tard puisque le spectacle se termine demain... Et pourtant c'était une denrée rare, une de ces perles comme peut en produire la Comédie Française, capable du pire et du meilleur.
« Je ne puis faire mieux que d'en faire ma femme.
Ainsi que je voudrai je tournerai cette âme :
Comme un morceau de cire entre mes mains elle est,
Et je lui puis donner la forme qui me plaît.»
La mise en scène de Jacques Lassalle est délicieuse et pleine de trouvailles : Arnolphe a enfermé sa pupille, Agnès, - sitôt sortie du couvent où il la tenait depuis l'âge de 4 ans (!) - dans une maison sur une île. Evidemment on ne peut y accéder qu'en barque et elle est surveillée en permanence par les serviteurs Alain et Georgette. Séquestration et isolement parfaits. Il a décidé de la laisser loin du monde, dans l'ignorance, pour en faire le moment venu sa femme, dépendante et soumise... Mais évidemment, le sort en voudra autrement.
Thierry Hancisse campe Arnolphe, un homme tourmenté par sa passion jalouse, plus malheureux et pitoyable que grotesque. Un rôle immense - il est quasiment toujours en scène - qu'il tient à la perfection. Quant à la jeune Agnès (Julie-Marie Parmentier, déjà très remarquée dans Le Roi Lear (2006) et La petite Catherine de Heilbronn (2009)), loin d'être bête et aussi docile qu'on croit, on sent que la découverte de l'amour et de la liberté va lui donner des ailes et que Horace, son amoureux, (Jérémy Lopez) ne sera pas du tout à la hauteur...
Du grand classique. Costumes d'époque et une excellente diction avec un phrasé lent absolument parfait qui permet de faire sonner certains mots ou certaines phrases qui font mouche.
Photos Cosimo Mirco Maggliocca
NB : A partir du 11 Janvier, pour cause de travaux, la Comédie Française se déplace de quelques mètres dans les Jardins du Palais Royal, sous la très ancienne Galerie de Bois, dans un "Théâtre Ephémère" en... bois !






