Le long voyage d'Eugène O'Neill
Eugène O'Neill (1888 - 1953)
Pièce écrite dans les années 1940/41,
représentée pour la première fois contre l'avis de l'auteur en 1956.
Mise en scène : Célie Pauthe
Avec : Valérie Dréville, Pierre Baux, Philippe Duclos, Anne Houdy, Alain Libolt
"( A Carlotta ) Mon aimée, voici le manuscrit original de cette pièce ourdie de vieux chagrin, écrite avec des larmes et du sang" ...
[...] Trouver enfin "Le courage d'affronter mes morts"
Eugène O'Neill
S'il y a bien un spectacle de La Colline qu'il faut avoir vu cette année, c'est celui-ci ! Eblouissant ! 3h40 de spectacle qui passent sans peine. Un texte riche, puissant, qui recèle force et vérité et qui vous touche au plus profond du coeur. Spectacle poignant , jeu sans faille des acteurs qui portent les mots et les sentiments .Une œuvre à fleur de peau. Mise en scène sobre, véritable écrin aux échanges violents ou tendres, aux dialogues. Histoire d'une famille, fantômes du passé... La dernière partie, toute ambivalence et aveux, est un pur moment de poésie et de douleur.
La mise en scène est astucieuse : Dans les années 30, un voyageur âgé et fatigué s'arrête dans un hôtel pour y passer la nuit. Dans cette chambre le chagrin et l'insomnie vont ramener secrets et regrets, dissonances et déchirements au travers des figures familiales fantômes rejouant les scènes du passé dans leur maison du Connecticut "même pas une vraie maison", lieu de villégiature et de court repos parmi l'errance et les déplacements incessants du père. O'Neill mêle autobiographie et distance. Son père(James) était vraiment l' acteur d'un seul rôle, sa mère (Mary) absolument morphinomane. Mais le personnage qui le représente porte le prénom de son frère décédé trois ans avant sa naissance (Edmund), deuil dont ne s'est jamais remise la mère et duquel le fils suivant s'est senti coupable. S'ajoute le frère aîné (Jamie), acteur raté, imbibé d'alcool, et ce personnage a cependant une force, une lucidité extraordinaires. Amour et haine. Ambivalence, déchirements et réconciliations...
"Y a-t-il un amour plus grand que celui de l'homme qui met en garde contre lui-même son propre frère ?" Jamie, Acte IV
[...] D'autres fois aussi ,nageant au large ou allongé sur la plage, j'ai connu cette sensation. Je suis devenu le soleil, le sable chaud, les algues vertes amarrées aux rochers, et qui se balancent au gré des flots... Ce que les saints appellent la béatitude... C'est comme si une main, soudain, arrachait le voile qui nous cache les choses. L'espace d'une seconde on voit l'invisible, et, le voyant, on est soi-même l'invisible. L'espace d'une seconde, les choses ont un sens ! Et puis la main laisse retomber le voile, et on se retrouve dans le brouillard, et on avance à nouveau en trébuchant, sans but, sans raison. Pourquoi suis-je né homme ? J'aurais bien mieux réussi comme mouette, ou comme poisson. Tel que je suis fait, je resterai toujours un étranger sur terre, toujours, mal à l'aise, sans aucun désir et jamais désiré, jamais intégré, obligé toujours de vivre en amoureux de la mort...
Edmund (Acte IV)
Théâtre de la Colline. Jusqu'au 9 avril





