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28 octobre 2008

La Nuit d'Octobre (1)

_Alfred_de_Musset

Alfred de Musset
in Nouvelles Poésies

 

Jours de travail ! seuls jours où j'ai vécu !
Ô trois fois chère solitude !
Dieu soit loué, j'y suis donc revenu,
À ce vieux cabinet d'étude !
Pauvre réduit, murs tant de fois déserts,
Fauteuils poudreux, lampe fidèle,
Ô mon palais, mon petit univers,
Et toi, Muse, ô jeune immortelle,
Dieu soit loué, nous allons donc chanter !
Oui, je veux vous ouvrir mon âme,
Vous saurez tout, et je vais vous conter
Le mal que peut faire une femme ;
Car c'en est une, ô mes pauvres amis
(Hélas ! vous le saviez peut-être),
C'est une femme à qui je fus soumis,
Comme le serf l'est à son maître.
Joug détesté ! c'est par là que mon coeur
Perdit sa force et sa jeunesse ; -
Et cependant, auprès de ma maîtresse,
J'avais entrevu le bonheur.
Près du ruisseau, quand nous marchions ensemble,
Le soir, sur le sable argentin,
Quand devant nous le blanc spectre du tremble
De loin nous montrait le chemin ;
Je vois encore, aux rayons de la lune,
Ce beau corps plier dans mes bras...
N'en parlons plus... - je ne prévoyais pas
Où me conduirait la Fortune.

     Sans doute alors la colère des dieux
    Avait besoin d'une victime ;
    Car elle m'a puni comme d'un crime
    D'avoir essayé d'être heureux.

[…]

Honte à toi qui la première
M'as appris la trahison,
Et d'horreur et de colère
M'as fait perdre la raison !
Honte à toi, femme à l'oeil sombre,
Dont les funestes amours
Ont enseveli dans l'ombre
Mon printemps et mes beaux jours !
C'est ta voix, c'est ton sourire,
C'est ton regard corrupteur,
Qui m'ont appris à maudire
Jusqu'au semblant du bonheur ;
C'est ta jeunesse et tes charmes
Qui m'ont fait désespérer,
Et si je doute des larmes,
C'est que je t'ai vu pleurer.
Honte à toi, j'étais encore
Aussi simple qu'un enfant ;
Comme une fleur à l'aurore,
Mon coeur s'ouvrait en t'aimant.
Certes, ce coeur sans défense
Put sans peine être abusé ;
Mais lui laisser l'innocence
Était encor plus aisé.
Honte à toi ! tu fus la mère
De mes premières douleurs,
Et tu fis de ma paupière
Jaillir la source des pleurs !
Elle coule, sois-en sûre,
Et rien ne la tarira ;
Elle sort d'une blessure
Qui jamais ne guérira ;
Mais dans cette source amère
Du moins je me laverai,
Et j'y laisserai, j'espère,
Ton souvenir abhorré !


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Commentaires
L
Ainsi que l'a deviné Maxence qui nous connaît bien, c'est le début du poème qui m'a accrochée ! Le Maître aime les voyages, s'ils sont courts et culturels mais il adore entre tout retrouver son bureau, sa plume, ses livres, sa MUSE !<br /> Vous entendrez la MUSE demain...<br /> Je trouve que Musset s'accorde bien avec Chopin. <br /> Tu vois, LaNourse, tu n'es pas du tout ignare !
Répondre
L
Il est bien malheureux et l'exprime de belle façon ...Peux -tu dire à l'ignare que je suis quelle musique mélancolique tu as si bien choisie pour l'accompagner ? merci .( Chopin peut être ?)
Répondre
B
encore une bannière magnifique et si fraîche.<br /> tu as le chic pour associer les images entre elles. est ce que ce sont tous tes voyages qui te rendent ainsi nostalgique? toi qui a la chance de vivre à Paris.. je t'imagine vadrouillant dans les musées des alentours, as tu réussi à voir l'exposition de et autour de Picasso? j'irais peut être lorsqu'il y aura moins de monde quant à ce sacré Musset...il ne devait pas être rigolo tous les jours!les grands romantiques devaient être plus agréables à fréquenter l'été,l'hivers ils devaient donner le bourdon à qui les approchaient...biz chère Lakévio!
Répondre
M
Une de perdue, dix de retrouvées!!!!!! (LOL)<br /> <br /> Bisous du soir,d'une mule sans coeur!!;-))<br /> <br /> Maman Mule
Répondre
H
Je crois avoir oublié presque toutes mes poésies apprises...
Répondre
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