15 novembre 2009
Pluie d'automne
...épaisse, lancinante et glacée... Les rues désertes d'un dimanche à Paris qui ressemble à un dimanche en province. Les voitures fuient, les quais restent vides, les jardins pleurent. Les salles de cinémas et les théâtres déversent périodiquement des foules compactes sous les regards haineux de ceux qui attendent sous le parapluie du voisin qui dégouline. C'est une pluie interminable, intarissable... Elle emporte avec elle les dernières feuilles des arbres têtus qui refusaient de se laisser dépouiller. Il y a de la buée aux vitres des cafés et les manteaux exhalent de la vapeur lorsqu'on y pénètre. C'est la pluie de novembre, celle de l'entre-deux, entre l'automne et l'hiver... Une pluie qui ressemble aux larmes d' un chagrin lourd, comme une perte, un deuil, un souvenir...
Spleen : Pluviôse, irrité contre la ville entière
Pluviôse, irrité contre la ville entière,
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.
Mon chat sur le carreau cherchant une litière
Agite sans repos son corps maigre et galeux :
L'âme d'un vieux poète erre dans la gouttière
Avec la triste voix d'un fantôme frileux.
Le bourdon se lamente, et la buche enfumée
Accompagne en fausset la pendule enrhumée,
Cependant qu'en un jeu plein de sales parfums,
Héritage fatal d'une vieille hydropique,
Le beau valet de cœur et la dame de pique
Causent sinistrement de leurs amours défunts.
Charles BAUDELAIRE (1821 - 1867)
Au Père Lachaise
Photo : Olivier Vancayzeele
Tombe au Père Lachaise
Tombe de Balzac
photos Olivier Vancayzeele
A mon père...
24 septembre 2009
Saluons l'automne !
Douce harmonie du Soir couchant,les verts, les bruns, les ors... Octobre au seuil de notre temps : promesse de couleurs chaudes sur les arbres, de brume légère dans le ciel. Le vin sera bon et on fera griller des châtaignes. Le premier feu dans la cheminée ne fumera pas ; cette année, le bois est sec ! Les roses de septembre embaument le jardin; Petitou va cueillir tout seul la feuille morte pour l'offrir à sa maman. Un si beau dimanche !
Automne en Auvergne
Désolée, ce n'est pas MON Petitou !
L'AUTOMNE
L'automne au coin du bois
Joue de l'harmonica.
Quelle joie chez les feuilles !
Elles valsent au bras
Du vent qui les emporte.
On dit qu'elles sont mortes,
Mais personne n'y croit.
L'automne au coin du bois
Joue de l'harmonica.
Maurice Carême
MATIN D'OCTOBRE
C'est l'heure exquise et matinale
Que rougit un soleil soudain.
A travers la brume automnale
Tombent les feuilles du jardin.
Leur chute est lente.
On peut les suivre
Du regard en reconnaissant
Le chêne à sa feuille de cuivre
L'érable à sa feuille de sang.
Les dernières, les plus rouillées,
Tombent des branches dépouillées ;
Mais ce n'est pas l'hiver encore.
Une blonde lumière arrose
La nature, et, dans l'air tout rose,
On croirait qu'il neige de l'or.
François Coppée (1842-1908) Promenades et Intérieurs
11 septembre 2009
Ecoliers d'autrefois
Une classe en 1914
Ecoles
Ce sont les écoles de
campagne, les écoles perdues
Entre la lande et la
pierraille, entre les bois et les labours
Il y en a près des hameaux
où les chemins font carrefour ;
D’autres qu’entoure le
village et d’autres à l’entrée du bourg
Celles aussi qu’on a
bâties à l’écart sur un monticule.
Et si nos yeux pouvaient
franchir cette brume qui traîne au bout
Ils en verraient d’autres
monter d’un terrain noir contre une usine,
Pâles écoles de banlieue
où l’air sent le fer et le soufre ;
Et d’autres bien creusées
de cours naître du cœur des grandes villes.
Jules Romains
Un enfant veut répondre
Un enfant veut répondre
Il a levé le doigt
Dans une vieille école
Qui n’existe plus.
La neige a fondu sous les
bancs
Il fait chaud comme à
l’écurie
Et l’instituteur
A souligné tous les verbes
à la craie bleue
L’enfant qui veut répondre
Fait claquer ses doigts
Tachés d’encre violette
Dans la vieille école
Qui n’existe plus.
Paul Vincensini
Le point mort, Ed Guy Chambelland
21 juin 2009
L'enfant et le Poète
Chant sur le berceau
Je veille. Ne crains rien. J'attends que tu t'endormes.
Les anges sur ton front viendront poser leurs bouches.
Je ne veux pas sur toi d'un rêve ayant des formes
Farouches;
Je veux qu'en te voyant là, ta main dans la mienne,
Le vent change son bruit d'orage en bruit de lyre.
Et que sur ton sommeil la sinistre nuit vienne
Sourire.
Le poète est penché sur les berceaux qui tremblent;
Il leur parle, il leur dit tout bas de tendres choses,
Il est leur amoureux, et ses chansons ressemblent
Aux roses.
Il est plus pur qu'avril embaumant la pelouse
Et que mai dont l'oiseau vient piller la corbeille;
Sa voix est frisson d'âme, à rendre jalouse
L'abeille;
Il adore ces nids de soie et de dentelles;
Son coeur a des gaîtés dans la fraîche demeure
Qui font rire aux éclats avec des douceurs telles
Qu'on pleure;
Il est le bon semeur des franches allégresses;
Il rit.[...]
Victor HUGO
C'était les années 80... Le poète avait encore l'allure d'Alfred (de Musset) pas encore celle de Victor !...
Très bonne fête au papa des Histoires inventeuses (appellation contrôlée Blondine), au papa philosophe et poète...
Les Rhinocérettes et l'Hippopotamoussaillon. (appellation hypercontrôlée, copyright LeMaître)
17 juin 2009
L'Art d'être grand-père 2
LA SIESTE
Elle fait au milieu du jour son petit somme;
Car l'enfant a besoin du rêve plus que l'homme,
cette terre est si laide alors qu'on vient du ciel !
L'enfant cherche à revoir Chérubin, Ariel,
Ses camarades, Puck, Titania, les fées,
Et ses mains quand il dort sont par Dieu réchauffées.
Oh ! comme nous serions surpris si nous voyions,
Au fond de ce sommeil sacré, plein de rayons,
Ces paradis ouverts dans l'ombre, et ces passages
D'étoiles qui font signe aux enfants d'être sages,
Ces apparitions, ces éblouissements !
Donc, à l'heure où les feux du soleil sont calmants,
Quand toute la nature écoute et se recueille,
Vers midi, quand les nids se taisent, quand la feuille
La plus tremblante oublie un instant de frémir,
Jeanne a cette habitude aimable de dormir;
Et la mère un moment respire et se repose,
Car on se lasse, même à servir une rose.
Ses beaux petits pieds nus dont le pas est peu sûr
Dorment; et son berceau, qu'entoure un vague azur
Ainsi qu'une auréole entoure une immortelle,
Semble un nuage fait avec de la dentelle;
On croit, en la voyant dans ce frais berceau-là,
Voir une lueur rose au fond d'un falbala;
On la contemple, on rit, on sent fuir la tristesse,
Et c'est un astre, ayant de plus la petitesse;
L'ombre, amoureuse d'elle, a l'air de l'adorer;
Le vent retient son souffle et n'ose respirer.
Soudain, dans l'humble et chaste alcôve maternelle,
Versant tout le matin qu'elle a dans sa prunelle,
Elle ouvre la paupière, étend un bras charmant,
Agite un pied, puis l'autre, et, si divinement
Que des fronts dans l'azur se penchent pour l'entendre,
Elle gazouille... - Alors, de sa voix la plus tendre,
Couvrant des yeux l'enfant que Dieu fait rayonner,
Cherchant le plus doux nom qu'elle puisse donner
A sa joie, à son ange en fleur, à sa chimère :
- Te voilà réveillée, horreur ! lui dit sa mère.
Victor HUGO
Tableau de Louis Hersent 1777 - 1860
Mon Victor Hugo personnel fête son Anniversaire aujourd'hui et son Petitou qui l'adore autant qu'il est adoré n'a pas manqué de lui faire un tendre câlin !
La sieste de Petitou
Câlin sur le Net
Joyeux Anniversaire, Api !
15 juin 2009
L'Art d'être grand-père

Moi qu'un petit enfant rend tout à fait stupide,
J'en ai deux; Georges et Jeanne; et je prends l'un pour guide
Et l'autre pour lumière, et j'accours à leur voix,
Vu que Georges a deux ans et que Jeanne a dix mois.
Leurs essais d'exister sont divinement gauches;
On croit, dans leur parole où tremblent des ébauches,
Voir un reste de ciel qui se dissipe et fuit;
Et moi qui suis le soir, et moi qui suis la nuit,
Moi dont le destin pâle et froid se décolore,
J'ai l'attendrissement de dire : Ils sont l'aurore.
Leur dialogue obscur m'ouvre des horizons;
Ils s'entendent entr'eux, se donnent leurs raisons.
Jugez comme cela disperse mes pensées.
En moi, désirs, projets, les choses insensées,
Les choses sages, tout, à leur tendre lueur,
Tombe, et je ne suis plus qu'un bonhomme rêveur.
Victor HUGO
Grands-Pères du Monde...
Photos du Net.
21 mai 2009
Rhapsody in blue
Maison de mon enfance, en Auvergne. Mai 2009
Epousailles
Monseigneur le Printemps en robe épiscopale
D'un violet vivant comme les fleurs d'iris,
Ouvrant à deux battants les hauts portails fleuris
Au son des clairons d'aube, entre en sa cathédrale.
Une tulipe fait sa crosse ; en frais camail
Monseigneur le Printemps sous le dôme bleu marche ;
Au loin plongent les nefs, et sous leur dernière arche
Le soleil arrondit son aveuglant vitrail !
Les orangers tout blancs, fiévreux et nuptiaux,
Ont des frémissements d'orgue : en la campanule,
Frêle encensoir, l'encens doré du pollen brûle...
Sur les nids psalmodie un choeur sacré d'oiseaux.
Blonde, tu me souris vaguement, tu tressailles !
Nos coeurs royaux l'un pour l'autre ont battu longtemps.
A genoux ! Pour bénir nos blanches épousailles
Entre en son temple ému Monseigneur le Printemps !
Emmanuel SIGNORET (1872 - 1900)
Vers dorés
09 mai 2009
Couleur Lilas...
photos blog Le Jardin de Marandon
( Allez voir, son jardin est magnifique !)
Pour voir aussi l'éclosion du printemps, allez aussi chez Lilas
Romance
Quand les lilas refleuriront
Au vent les capuchons de laine
Robes rouges nous revêtirons
Quand les lilas refleuriront
Sur le tapis vert de la plaine
Nous reviendrons danser en rond
Quand les lilas refleuriront
Allez dire au printemps qu'il vienne
Quand les lilas refleuriront
Nous redescendrons dans la plaine
Cloches sonnez vos carillons
Quand les lilas refleuriront
Les papillons qui se promènent
Dans l'air avec les moucherons
Comme nous danseront en rond
Allez dire au printemps qu'il vienne
Quand les lilas refleuriront
Les filles près de la fontaine
De leurs amoureux jaseront
Quand les lilas refleuriront
Personne alors qui ne comprenne
Les doux mots qu'elle parleront
Quand les lilas refleuriront
Allez dire à l'amour qu'il vienne
Quand les lilas refleuriront
Parfumant l'air de leur haleine
Combien d'amoureux mentiront
Quand les lilas refleuriront
Pour tous ces baisers qui s'égrènent
Que de blessures saigneront
Quand les lilas refleuriront
Allez dire à l'amour qu'il vienne
Georges Auriol (1890)
mis en musique par Désiré Dihau
Acceptez mes excuses pour mon absence sur vos blogs ! C'est que j'ai des petits pieds qui m'occupent beaucoup...
04 mai 2009
Tea Time !
L'heure du thé...
Tout d'abord, choisir le contenant...
Et un excellent thé, évidemment !
Agrémenter le breuvage de quelques douceurs...
C'est prêt ! Dégustez!
Deux poèmes chinois sur
le thé
Poème de LU Tong
La première
tasse humecte mes lèvres et mon gosier
La deuxième rompt ma solitude
La troisième fouille mes entrailles mises à nu
et y débusque mille volumes d'étranges idéogrammes
La quatrième suscite une légère sueur
— et tout le noir de ma vie se dissout à travers mes pores
A la cinquième tasse, je suis purifié
La sixième m'expédie au royaume des Immortels
La septième — ah, je ne saurais en absorber davantage !
Je sens seulement un souffle de vent frais gonfler mes manches.
Où est Peng Lai Shan* ?
Ah ! Laissez-moi chevaucher cette douce brise et m'envoler loin d'ici !
* Peng Lai
Shan : un des paradis taoïstes
Poème
de DU Xiao Shang
Par une nuit
d'hiver
Un ami arriva
Nous bûmes non pas du vin mais du thé
La bouilloire siffla
Le charbon de bois rougeoya
Une lune éclatante brilla au-dehors
La lune elle-même
N'avait rien de spécial
Mais — ah ! les fleurs du prunier !
29 mars 2009
L'heure perdue...
Et oui! une heure en moins à nos montres!!!
Bon dimanche quand même !
La montre
Deux fois je regarde ma montre,
Et deux fois à mes yeux distraits
L'aiguille au même endroit se montre ;
Il est une heure... une heure après.
La figure de la pendule
En rit dans le salon voisin,
Et le timbre d'argent module
Deux coups vibrant comme un tocsin.
Le cadran solaire me raille
En m'indiquant, de son long doigt,
Le chemin que sur la muraille
A fait son ombre qui s'accroît.
Le clocher avec ironie
Dit le vrai chiffre et le beffroi,
Reprenant la note finie,
A l'air de se moquer de moi.
Tiens ! la petite bête est morte.
Je n'ai pas mis hier encor,
Tant ma rêverie était forte,
Au trou de rubis la clef d'or !
Et je ne vois plus, dans sa boîte,
Le fin ressort du balancier
Aller, venir, à gauche, à droite,
Ainsi qu'un papillon d'acier.
C'est bien de moi ! Quand je chevauche
L'Hippogriffe, au pays du Bleu,
Mon corps sans âme se débauche,
Et s'en va comme il plaît à Dieu !
L'éternité poursuit son cercle
Autour de ce cadran muet,
Et le temps, l'oreille au couvercle,
Cherche ce coeur qui remuait ;
Ce coeur que l'enfant croit en vie,
Et dont chaque pulsation
Dans notre poitrine est suivie
D'une égale vibration,
Il ne bat plus, mais son grand frère
Toujours palpite à mon côté.
- Celui que rien ne peut distraire,
Quand je dormais, l'a remonté !
Théophile Gautier
Emaux et Camées










































