03 octobre 2009
L'Avare
Harpagon - Attends, ne m'emportes-tu rien ?
La Flèche - Que vous emporterois-je ?
Harpagon- Viens ça que je voie ! Montre-moi tes mains.
La Flèche - Les voilà.
Harpagon- Les autres !
La Flèche - Les autres ?
Harpagon- Oui.
La Flèche- Les voilà .
L'Avare
Acte I scène 2
et Fond Getty images
Mise en scène : Catherine Hiegel
Avec : Dominique Constanza, Christian Blanc, Denis Podalydès, Jérôme Pouly, Pierre-Louis Calixte, Serge Bagdassarian, Marie-Sophie Ferdane, Benjamin Jungers, Stephane Varupenne, Suliane Brahim et les élèves de la Comédie Française : Camille Blouet, Christophe Dumas, Florent Gouëlou, Renaud Truffault.
Salle Richelieu
Du 19 septembre 2009 jusqu'au 21 février 2010 (en alternance)
Mon avis : Denis Podalydès confirme, si besoin était, quel grand acteur il est. Il campe Harpagon, "personnage heureux d'une farce horrible"comme l'écrit Catherine Hiegel. Il s'agite, gesticule, bondit, dévale les escaliers, se roule par terre, cafard noir, pathétique et cruel mais terriblement jubilatoire ! Ce n'est plus un vieillard souffreteux mais un fringant sexagénaire bien décidé à conserver sa précieuse cassette. Il a la vigueur et la dureté des gens au cœur sec. Et lorsqu'on lui rendra enfin sa cassette, il dansera avec elle tandis qu'une pluie d'or tombera sur lui!... Dominique Constanza campe une Frosine machiavélique et borgne, très amusante. Les valets sont très drôles et les jeunes amants tout à fait justes que
ce soit Elise et Cléante, fille et fils d'Harpagon, enfants sacrifiés, ou
Valère et Marianne, amoureux désespérés.
Et pour une fois on entend tout le monde !
Décor traditionnel : le hall d'entrée d'un hôtel particulier avec escalier majestueux et grilles aux fenêtres , symbole de l'enfermement d'Harpagon dans sa folie obsessionnelle et paranoïaque et de l'emprise du père sur ses enfants.
Costumes et mise en scène classiques. Catherine Hiegel suit à la lettre Molière: un régal pour les jeunes spectateurs.
Plaisir des yeux. Un grand moment de bonheur. Succès mérité.
19 septembre 2009
La Serva amorosa
Commedia dell' Arte de Carlo Goldoni
Thème : Ottavio, riche bourgeois de Vérone, au bord de la tombe, a épousé en secondes noces une intrigante dans la force de l'âge, veuve comme lui. Celle-ci vient de mettre à la porte Florindo, le fils légitime d'Ottavio, afin de le priver de son héritage et d'assurer son avenir propre et celui de son imbécile de fils chéri, Lélio.
L'intervention de Pantalon, un sage bourgeois du voisinage, ne suffit pas à ramener le vieil Ottavio à la raison tant celui-ci craint les foudres de sa nouvelle épouse. C'est Coraline, une simple domestique qui a suivi Florindo dans son épreuve, qui, usant de ressources inattendues et de subterfuges inspérés, va ramener l'ordre dans la famille et... l'amour dans les coeurs.
Contexte historique : Lorsque Goldoni écrit La Serva amorosa, en 1752 (quelques mois avant La Locandiera), il est le roi absolu de la comédie à Venise : l'année précédente, il avait écrit 16 pièces pour le Teatro Sant'Angelo dont 14 ont été des triomphes.
Auteur de plus de 200 oeuvres - comédies, canevas de commedia dell'arte, mélodrames, livrets d'opéra - carlo Goldoni est né à Venise en 1707. Il est mort à Paris en 1793. Entre-temps, ce diable de petit homme aura révolutionné l'art de la comédie.
Mise en scène : Christophe Lidon
Avec : Claire Nadeau, Benjamin Boyer, Guilhem Pellegrin, Manuel Durand, Thierry Monfray, Clémentine Célarié, Pierre Zaoui, Denis Berner, Robert Hirsch, Emile Chesnais.
Théâtre Hébertot
du 17 septembre au 29 novembre 2009
Mon avis : Une bonne rentrée !
Un spectacle à aller voir absolument, surtout si on a un petit coup de blues ! Remarquablement interprété dans un décor baroque impressionnant. Mise en scène classique. Clémentine Célarié très émouvante, sobre et retenue, Claire Nadeau excellente dans son rôle de garce et Robert Hirsch grimaçant comme toujours, attachant, tout en connivence avec le public, en un mot : épatant ! Aussi quelle ovation !
J'ai juste eu un peu de mal à supporter le phrasé brusque et les cris d'Emilie Chesnais en jeune première effarouchée...
22 juillet 2009
Il Campiello
Nous sommes toujours à Venise...
sur une petite place, un "campiello" comme celui-ci :
où se trouve justement la Maison de Goldoni
qui savoure pleinement le succès de sa pièce jouée à la Comédie Française :
« Je ne sais pas dire si tu es beau ou si tu es laid... Si tu as paru laid, je t'en demande pardon, mais... beau ou laid, le beau, c'est ce qui plaît.»
Mise en scène de Jacques Lasalle.
Avec : Muriel Mayette, Claude Mathieu, Martine Chevallier, Anne Kessler, Coraly Zahonero, Denis Podalydès, Michel Favory, Jérôme Pouly, Loïc Corbery, Grégory Gadebois, Léonie Simaga.
«Venise en hiver. Les masques et parures carnavalesques ne colorent pas toute la ville. Il est des quartiers plus pauvres où, à l'écart des cortèges festifs, des habitants s'apostrophent, se chamailllent, s'aiment, se dérobent et se retrouvent en toute quiétude, à toute heure, dans l'intimité d'un campiello ou petite place, car "la rue, c'est chez eux". Une de ces journées hivernales s'annonce peu ordinaire, moins par la préparation des fiançailles de la belle Lucietta avec le mercier Anzoletto que par l'arrivée d'un Napolitain, un bourgeois "étranger" dans l'auberge du campiello. Face à ce précieux Chevalier Astolfi, de timides et impétueux adolescents, de vieilles et acerbes mères, un oncle et sa nièce d'origine napolitaine vont laisser s'exprimer leurs différends, leurs jalousies et surtout leur défiance envers ce nouveau venu désireux de partager la vie d'une communauté haute en couleur. Après cette trépidante journée, le destin de certains aura pris un autre chemin.»
Photos Comédie Française.
Mon Avis :
C'était le dernier jour... Et la dernière représentation a toujours une saveur particulière. On sentait que les comédiens, tous plus excellents les uns que les autres, avaient trouvé comment faire partager leur bonheur d'être sur scène et de jouer CETTE pièce de Goldoni. Une mise en scène classique, élégante. Une belle composition de tableaux, une excellente direction d'acteurs. Bref, tout ce qu'on aime à trouver quand on franchit la porte de la Comédie française.
Bonnes vacances à la Troupe!
16 juillet 2009
Ubu Roi
Ubu Roi (1896)
de Alfred Jarry (1873 - 1907)
" De par ma chandelle verte, merdre, madame, certes oui, je suis content."
Mise en scène de Jean-Pierre Vincent
avec : Martine Chevalier, Anne Kessler, Michel Robin, Christian Blanc, Stanislas Leczinsky, Christian Gonon, Nicolas Lormeau, Grégory Gadebois, Pierre-Louis Calixte, Serge Bagdassarian, Benjamin Junders, Sréphane Varupenne, Adrien Gamba-Gontard, Gilles David et Imer Kutlovci.
« En faisant entrer aujourd'hui "Ubu Roi" à la Comédie Française, Muriel Mayette, son administrateur, n'avait aucunement l'intention de raviver le scandale qu'il y eut en 1896, à sa création au Théâtre de l'Oeuvre.
Au contraire, en mettant délibérément les rieurs de son côté, la mise en scène de Jean-Pierre Vincent a la vertu de consacrer Alfred Jarry, l'auteur de cette pochade de jeunesse, en un précurseur visionnaire des mouvements modernes : le surréalisme, le théâtre de la cruauté d'Antonin Artaud, celui de l'Absurde de Eugène Ionesco, l'invention lexicale d'un Boris Vian, etc...
"Merdre", trois fois "Merdre" et voilà le ton de cette "anti-pièce" livré d'emblée aux oreilles, juste interloquées mais, en réalité, si peu choquées de nos jours.
Reste que la farce va prendre de telles proportions dictatoriales que seule la métaphore pourra s'avérer la clef adéquate d'une acceptation des dérèglements engendrés par la folle tyrannie d'Ubu (Serge Bagdassarian) sur son royaume de "nulle part" ... autrement dit, la Pologne.
Non satisfait d'en avoir usurpé le pouvoir étatique, le couple maudit qu'il forme avec Mère Ubu (Anne Kessler), va semer la terreur sur la population jusqu'au point où la révolte des assujettis va contraindre les Ubu à s'expatrier... pour recommencer, comme si de rien n'était, une nouvelle vie en France !!!
Initialement destinés à des marionnettes, les rôles sont, comme à Guignol, des sortes de coquilles souples dans lesquelles le génie des acteurs est en charge d'occuper les planches, tout en évitant précautionneusement d'effectuer un numéro qui pourrait mettre à mal le délire sémiologique savamment orchestré par Alfred jarry dont, par ailleurs, le clone (Christian Gonon) hante, continuement, la représentation. »
[...]
Cf : Theothea.com
Mon avis : Je ne suis pas une inconditionnelle d'Alfred Jarry. Les pochades, et autres galéjades me lassent assez vite. Donc, Ubu, en général, je le laisse au pays des Contes! Mais cette fois-ci, je dois dire... que je me suis laissée séduire !
Et oui, parce que c'est la Comédie Française et ses merveilleux comédiens! Mais aussi par la mise en scène soignée et pas du tout outrancière, par les acteurs enthousiastes et convaincants.
Et... j'ai ri!
Comédie Française ( Salle Richelieu)
Du 23 Mai au 21 juillet 2009
Complet, hélas ! Attendez la rentrée !
07 juillet 2009
La Grande Magie
de Eduardo De Filippo (1900 - 1984)
Avec La Grande Magie, (1948) dont il signe également l'adaption scénique, le metteur en scène Dan Jemmet s'empare pour la première fois du plateau de la Salle Richelieu.
- Texte français : Huguette Hatem
- Avec : Claude Mathieu, Michel Favory, Isabelle Gardien, Cécile brune, Alain Lenglet, Coraly Zahonero, Denis Podalydès, Jérôme Pouly, Loïc Corbery, Hervé Pierre et Judith Chemla.
- photos Cosimo Mirco Magliocca
Dans une station balnéaire où tout le monde s'ennuie, au cours d'un spectacle un peu minable, Otto Marvuglia, un magicien sur le retour, fait disparaître Marta ,la femme de Calogero Di Spelta.
Il a été payé par son amant qui l'emmène à Venise.
Comble de l'humiliation pour Calogero, Marvuglia fait croire au mari cocu, devant tout le monde, que sa femme est désormais enfermée dans une petite boîte.
En décidant d'accepter la suggestion parfaitement insensée de l'illusionniste, Di Spelta va livrer un combat contre l'inévitable déchéance de son existence. Non, sa femme ne l'a pas trompé. Oui, elle est enfermée dans une boîte. Tout l'ordre du monde peut alors s'inverser, et notre antihéros accéder à la vérité et à la complexité de son être.

Photo Pacôme Poirier
L'INSPECTEUR : Et s'il ouvre la boîte?
OTTO : Il pensera qu'il n'a pas eu suffisamment confiance.
L'INSPECTEUR : Et s'il ne l'ouvre pas ?
OTTO : Il vivra dans l'illusion de sa fidélité.
L'INSPECTEUR : Je n'ai pas compris.
OTTO : Ca ne fait rien.
Acte II
Mon avis : Décidément, la Salle Richelieu nous gâte en ce moment! Encore un spectacle exaltant ! Une mise en scène soignée et une troupe unie et très très douée ! Et puis, et puis.... le plaisir de découvrir un auteur italien inconnu qui entre au répertoire du Français! Une histoire troublante qui commence avec des rires et se termine la gorge serrée... En tous cas, un chaleureux moment.
Jusqu'au 19 juillet, puis reprise à la rentrée à partir du 7 octobre 2009
19 juin 2009
Don Quichotte
Vie du grand Dom Quichotte et du gros Sancho Pança
de Antonio José da Silva. (1733)
Du 8 avril au 26 juin 2009
Durée du spectacle : 1 h 50 sans entracte.
En matinée à 14 h et en soirée à 20h 30
Salle Richelieu
Avec : Véronique Vella, Michel Favory, Isabelle Gardien, Sylvia Bergé, Christian Blanc, Alain Lenglet, Christian Gonon, Nicolas Lormeau, Léonie Simaga, Gregory Gadebois.
"Ce spectacle marque le retour à la Comédie Française d'un personnage mythique : Don Quichotte.
Cette grande épopée nous emporte au coeur d'un songe où la candeur, la noblesse d'âme de Don Quichotte, émouvant et déroutant, sont autant de miroirs et d'échos de notre réalité."
Claire Gannet
"Grande première : de nouveaux venus partagent avec les acteurs les planches du Français. Ces créatures, conçues et réalisées par Emilie Valantin, marionnettiste lyonnaise, fondatrice du Théâtre du Fust, se laissent manipuler par les comédiens.[...]
Une fois le décor planté - la façade de la maison de Dom Quichotte, telle des azulejos, se désarticule afin de ne laisser que deux morceaux représentants les chevaux des deux protagonistes, et laisse place à une incroyable forêt. L'aventure de celui qui se prend pour un chevalier peut alors commencer. Saluons d'ailleurs le travail d'Eric Ruf qui, en tant que décorateur, nous offre un somptueux et astucieux décor s'adaptant tantôt au jeu des comédiens, tantôt à celui des marionnettes. ...
- Photo Cosimo Mirco Magliocca
La pièce de Da Silva offre matière à jouer. La grande quantité de personnages permet aux comédiens d'interpréter plusieurs rôles à la fois et d'animer la trentaine de marionnettes, de les rendre vivantes à travers eux, avec leurs voix et leurs mains. C'est avec brio que les comédiens se prêtent à ce jeu, et c'est avec humilité qu'ils se placent au même niveau qu'elles. Plus que de simples pantins, ces étranges créatures miniatures ou de taille adulte, faites de bois, de plâtre, de résine ou encore de silicone, ont toutes leur place sur scène.
...
Comme de nouveaux sociétaires, elles entrent dans le patrimoine de la Comédie Française sous l'oeil bienheureux de leur créatrice, Emilie Valantin. [...]
A l'unanimité, les comédiens excellent dans cette mise en scène atypique. Michel Favory nous offre un don Quichotte plus comique et enfantin que jamais, Grégory Gadebois interprète un Sancho Pança des plus burlesques et le reste de la troupe [...], soudée autour du anti-héros, se donne au public sans concession ni retenue.
Outre sa collaboration artistique, Eric Ruf a aussi endossé le rôle de directeur d'acteur. Selon lui, ce spectacle offre aux comédiens tout ce qu'ils désirent : jouer, chanter, manipuler!"
Ann Schonenberg
Mon avis :
Le texte est très drôle et délicieusement caustique. Très belle scénographie dans de superbes décors. Outre les marionnettes de différentes grandeurs, le spectacle s'accompagne de musique, chants et danses.
Le rire et l'émotion sont aux rendez-vous. Un spectacle pour tout public; la salle était remplie d'enfants qui ont apprécié le spectacle.
14 mai 2009
Liliom
Au Nouveau Théâtre de Montreuil, jusqu'au 18 mai
Ferenc Molnár 1878 - 1952
Dramaturge et romancier hongrois, Ferenc Molnár (Ferenc Neumann) naît dans une famille cultivée de la bourgeoisie israélite hongroise. Après des études de droit à Budapest et à Genève, il fréquente les milieux artistiques, journalistiques et littéraires. Il publie des poèmes, des nouvelles, des romans.
En 1907, son premier roman Les Garçons de la rue Pal est un succès public, mais très vite il écrit pour le théâtre : entre 1907, date de la création de sa première pièce, Le Diable, et 1933, il publie une trentaine de pièces qui le font connaître dans le monde entier. Liliom, la plus représentée, est créée pour la première fois en Allemagne par Max Reinhart. La pièce connaîtra trois adaptations cinématographiques, notamment en 1934, par Fritz Lang, avec Charles Boyer. En 1944, Rogers et Hammerstein en feront une comédie musicale Carousel. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Ferenc Molnár se réfugie en Italie puis à New York où il meurt le 1er avril 1952.
NTA

Après 12 représentations à Angers, Liliom est en tournée nationale jusqu'au 18 mai : le spectacle a été à l'affiche au TNA de Nantes, au Théâtre des Treize Vents, au CDN de Montpellier, il est à présent au Nouveau Théâtre de Montreuil.
CDN
""Une histoire d'amour qui fait mal, un mort qui revient sur terre... Cette "légende de banlieue" du grand auteur hongrois Ferenc Molnar, inspire à Frédéric Bélier-Garcia une fable foraine à donner le tournis ! Ce drôle de manège mêle l'ombre et la lumière, le tragique et le mélo, l'humour et le merveilleux. Un grand spectacle en grand format (...). Une saga qui mène les personnages d'une fête foraine à un hold-up en passant par le paradis dont ils reviennent...""
Critique de Patrick Sourd. Les Inrockuptibles 17/03/09
Mon avis :
Belle mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia qui a bien su recréer l'atmosphère réaliste et superficielle de la fête propice au rêve, à l'évasion. Agathe Molière est étonnante, alliant force, fragilité et candeur mais Rasha Bukvik ne convainc pas dans la peau du jeune voyou charmeur qui aurait gardé une part d'innocence...
07 mai 2009
La Cerisaie
Anton Tchekhov 1860 - 1904
Extrait d'un article-critique du site fluctuat.net :
"Avec en fond sonore les coups de hache violents, lancinants, qui déciment les arbres de la cerisaie, un vieil homme parcourt la maison vide. Démarche hésitante, pas lourd, silhouette ronde voûtée sur sa canne, voix cassée. On l'a oublié.Il s'allonge avec grand mal sur le seul meuble restant dans le salon, un canapé, et lâche : "La vie a filé, on a comme pas vécu... Je vais m'étendre un moment... C'est que tu n'as plus de forces, il n'en reste plus, plus du tout !"
Ainsi s'achève, sur le plateau de la Colline, l'ultime pièce de Tchekhov, avec ces mots prononcés par Jean-Paul Roussillon. Firs, c'est lui. Il est le fidèle serviteur, celui qui a vu le temps passer, qui a soigné, protégé, surveillé les autres. Et qui se retrouve aujourd'hui seul, le corps fragile, souffrant, l'âme mélancolique. Tout Tchekhov est là. Fin de règne, fin d'époque, inexorable fuite du temps.
En reprenant La Cerisaie - qu'il avait déjà montée en 1997 - Alain Françon signe sa dernière mise en scène au Théâtre de la Colline, après douze ans de bons et de loyaux services.
Désespoir élégant
Une fois n'est pas coutume, la pièce, chant du cygne de l'auteur, ne porte pas ici le nom d'un personnage mais celui d'un lieu. Et pour cause : le héros c'est la Cerisaie, propriété qui s'apprête à être vendue. Le fils de moujik, le parvenu Lopakine, l'arrache à Gaev et Lioubov Adreevna, le frère, la soeur, et ses filles. La Cerisaie, c'est leur enfance, leur vie, leurs souvenirs, joyeux ou terribles. La pièce commence par un retour, celui de Lioubov après cinq ans passés à Paris et s'achève par un départ, celui de la famille au grand complet. Mais avant de déserter les lieux, tous auront dansé, chanté, joué et ri. Désespoir élégant, sautillements puérils : la légèreté, le mouvement et l'humour pour braver le déchirement.
Françon a recréé le décor original de Constantin Stanislavski, qui montait la pièce en 1904, l'année de la mort de Tchekhov. D'abord un intérieur avec des arbres en fond de scène, puis un champ. Un écrin classique, sublimé par les lumières de Joël Hourbeight : celles-ci figurent tour à tour, et en beauté, un salon brillant de mille feux, mais aussi le jour déclinant en pleine nature ou encore l'aube claire à l'heure des retours tourbillonnants. Le parti pris de l'oeuvre se situe entre une douce mélancolie et la comédie. D'ailleurs l'auteur lui-même avait estampillé la pièce "comédie en quatre actes" et clamait : "Le dernier acte sera drôle. D'ailleurs toute la pièce est gaie et légère (...) Ma pièce n'est pas un drame, mais une comédie, et par moments même une farce"
Ainsi donc, tout au long des quatre actes, on s'émeut, on rit aussi. "
fluctuat.net. Cliquer sur le lien pour la suite de l'article.
Photos de Pascal Victor
Mon avis : Attention, risque d'émotion forte ! Si nous avons peut-être du mal à comprendre cette famille d'aristocrates un peu perdue à l'aube du siècle nouveau, nous ne pouvons qu'être touchés par le sentiment de l'irrémédiable, l'irréversible, le renoncement. Plus que la propriété perdue ce sont les souvenirs qui y sont attachés qui s'éloignent, et avec eux, l'enfance, la jeunesse... Ce qui a été et ne sera plus, de même que ce qui aurait été possible et restera à tout jamais un vain désir...
Théâtre de la Colline, jusqu'au 10 mai.
A voir ou à ... relire !
30 mars 2009
Casimir et Caroline
Ödön Von Horváth - (1901 - 1938)
Casimir et Caroline - (1932)
"C'est une ballade, celle du chauffeur sans travail Casimir, et de sa fiancée Caroline aux grandes ambitions, ballade d'une tristesse sereine, atténuée par l'humour, c'est-à-dire la banale certitude : "Il faut bien mourir !" (...) Tous les critiques ou presque ont écrit qu'il s'agissait d'une satire de Munich et de sa fête de la bière - je n'ai pas besoin de souligner qu'on s'est totalement trompé sur mes intentions, sur le lieu et le contenu ; il ne s'agit absolument pas d'une satire... (...) Je ne suis pas un auteur satirique, Messieurs ! On me reproche d'être grossier, trop répugnant, trop inquiétant et étrange, trop cynique et que sais-je encore parmi ce genre de solides qualités... et on oublie que ma seule ambition est de peindre le monde tel que hélas ! il est."
Odön von Horváth
Extrait de Ödön von Horváth repères, par Heinz Schwarzinger, Actes Sud-Papiers, 1992"
"Il était une fois un garçon et une fille. Ils s'aimaient assez pour aller s'amuser enemble à la foire. Pas assez pour en reparti ensemble. Lui vient d'être mis au chômage. Elle, rageusement, veut connaître tous les plaisirs, s'en va avec un homme plus âgé, riche, un patron. Cela se passe en un temps de crise économique mondiale, à Munich, juste vant la prise de pouvoir par Hitler. Mais Horvath ne vise pas le drame historique, ni social. Dans le tourbillon des musiques, des manèges, des faux-semblants de la fête, il montre "le peuple" dans toute sa diversité, raonte le jeu des désirs et des incertitudes au coeur d'un monde en déséquilibre. Un jeu intense, furieux, généreux, inexorable. La vie telle qu'elle est."
Colette Godard
C'était jusqu'au 27 mars au Théâtre de la Ville, Paris,
mise en scène d'Emmanuel Demarcy-Mota.
Avec Sylvie Testud, Thomas Durand, Hugues Quester.
mais aussi en Tournée :
1er, 2 avr. La Coursive de La Rochelle
7 - 11 avr. La Comédie de Reims
22 - 24 avr Le Quartz de Brest
11 - 20 mai Le Grand T de Nantes
27 mai - 6 juin TNB de Rennes
Mon avis :
Une mise en scène exceptionnellement époustouflante, tout à fait fascinante ! Peut-être un peu trop ! Elle finit par étouffer les personnages et surtout l'expression de leurs sentiments. On entend moins bien leurs interrogations, leur désarroi, leur lutte. Sylvie Testud est excellente, Thomas Durand assez inégal et on a la confirmation que Hugues Quester joue tous ses personnages ... de la même façon !
A voir parce que rare!
26 mars 2009
Oncle Vania
Anton Tchekhov Portrait de Osip Braz - 1898
Gorki raconte : " j'ai vu Oncle Vania et j'ai pleuré comme une bonne femme, même si je ne suis pas un homme nerveux, écrit Maxime Gorki à Anton Tchekhov, dont il vient de voir la pièce, créée au Théâtre d'Art de Moscou, le 14 janvier 1900. C'était comme si on me sciait en deux avec une vieille scie. Les dents vous coupent directement le coeur et le coeur se serre sous leurs allées et venues, il crie, il se débat. Pour moi, c'est une chose terrifiante"
Il y a deux "Oncle Vania", en ce moments dans les théâtres parisiens, tous deux d'excellente facture !
Celui que j'ai vu, aux Bouffes du Nord, est le plus classique, mis en scène par Claudia Stavisky).
On y voit Didier Bénureau, Marie Bunel et surtout Philippe Torreton, l'acteur fétiche de notre famille depuis que nous l'avons vu débuter à la Comédie française dans le rôle de Thomas Diafoirus (Le Malade Imaginaire). Un grand moment où l'on comprenait que le jeune acteur avait de la ressource. Depuis il a largement fait ses preuves!
Présentation : Le vieux et vaniteux professeur Serebriakov est venu se retirer à la campagne dans la maison de sa première épouse. Il est accompagné de sa toute jeune femme, la belle Elena. Cette arrivée perturbe la vie paisible de Sonia, la fille que le professeur a eu de son premier mariage, et d'Oncle Vania qui, à eux deux, exploitent tant bien que mal le domaine.
Bouffes du Nord - Paris - jusqu'au 3 avril.
Mon avis :
La mise en scène est en effet classique et juste, pas de fausses notes. Le décor est sobre mais les objets et mobiliers sont très bien utilisés dans le jeu et dans l'espace. Bénureau (Oncle Vania) et Torreton (son ami le médecin) sont en tous points excellents. Un seul point négatif : depuis le balcon nous avions du mal à saisir toutes les paroles des jeunes femmes... (mais non je ne suis pas sourde!)
































































