rainbow-trout-stream by-jon-q-wright

 

Une partie de pêche mouvementée.

Un jeudi, de bon matin, j'étais parti sans faire de bruit pour ne pas réveiller mon frère qui ne sait pas garder le silence durant la pêcheAu milieu de la rivière, je me tenais debout sur une roche et après l'avoir jetée d'un coup sec, je laissai flotter ma ligne dans le tourbillon des belles eaux claires, tout en la surveillant activement. Ah, quel bonheur véritable, quand, enfin, au bout de quinze à vingt longues minutes où je me tétanisais presque sur la canne, en allongeant et retirant lentement l'amorce sur l'eau agitée parce que ce geste seul m'évitait de m'endormir ou de m'étourdir, tout à coup le fil se tendit et une secousse répétée m'avertit que le poisson avait mordu et qu'ensuite le bouchon descendit comme une flèche habilement lancée. Je supposais au poids que c'était un gros ! Je le laissai filer,  pour le ramener, recommençant mon manège pour le fatiguer et puis, relevant soudainement la gaule à la force du poignet, une magnifique truite colorée fila dans les airsfendant le bleu du ciel et se jeta sur le talus au bord de la rive. Elle se mit à sauter au milieu des ronces coupées et des herbes pleines de rosée. Contre toute attente, alors que j'étais certain de mon coup et que je pensais que la truite s'épuiserait, d'un bond phénoménal, elle réussit à se projeter dans la rivière. Une épine avait rompu la ligne. Elle fila dans les remous sur les galets et je ne la vis bientôt plus. Si l'hameçon, le bouchon n'avaient pas disparu, j'aurais pu croire avoir rêvé...

(d'après Erckmann-Chatrian)

 

© Lakévio

PS : Je déteste la pêche... J'ai vengé la truite mais je déteste qu'elle soit blessée.