fergus ryan irish artist

 

Bon, j'entends plus rien. J'espère qu'ils ne vont pas recommencer ! Sont durs à cuire ces zèbres ! Moi qui voulais avoir ma soirée tranquille, c'est raté. C'est toujours comme ça. Mais ceux-là, ils sont particulièrement coriaces. Deux affreux gamins qui ont réponse à tout. Si c'était mes frères, je leur en collerai bien une à chacun pour qu'ils aillent pleurer dans leur lit et s'endormir au milieu des larmes. Rien à faire. J'aime pas les gosses. Enfin, ceux-là. C'est pas les miens. Moi, je crois que j'en aurai jamais. J'ai eu des frères et puis maintenant je garde ceux des autres... Baby-sitter, à mon âge !... Ben oui, je pourrai, chais pas moi, travailler dans une parfumerie ou un grand magasin ou une librairie, là où je serai peinarde pour lire mes romans d'amour ! Mais plus d'embauche ou pas de compétences. Tu parles, des compétences pour vendre du fard à paupières et du vernis à ongles !... Et l'autre qui dit qu'il n'y a qu'à traverser la rue pour trouver du boulot. Y'a qu'à ! Y'a qu'à ! j'en ai traversé des rues, monsieur, et pas qu'une ! C'est pas faute de chercher ! Et me voilà, parce que ça je sais faire, à garder des gosses de riches pendant que les parents vont au restaurant à cent euros...

Allons bon, ça ricane encore sous la couette. Doucement mais je sais qu'ils ricanent, ils inventent des histoires. Ils doivent avoir pris la lampe de poche et jouer sous les draps. J'y vais pas. j'irai s'ils se chamaillent ou s'ils pleurent. Oui, vraiment, ils sont plein d'énergie ce soir ! Mais je sais qu'ils vont tomber d'un seul coup. J'ai l'habitude. Je sais exactement la dose qu'il faut leur donner ; J'ai ma recette de petit cocktail pour dodo que je prépare toujours à l'avance. Après, libérée, délivrée. Un tour de clé et  je file retrouver Edouard. On se fait un film ou une série ensemble et dans une heure je suis de retour !

M'énervent ! Le temps passe et ça bouge toujours. J'ouvre pas, ils seraient capables de se relever. J'espère qu'ils ne vont pas faire comme les Poitevin ! Ils ont un culot , ces mômes ! Mais c'est parce qu'il y a une fille aussi. Toujours malignes et perspicaces les filles. Elle me dit, la gamine : "On ne dira pas à maman que tu nous drogues si tu nous laisses jouer à la tablette jusqu'au retour des parents. Tu sais, c'est facile de nous faire faire des analyses..." La peur de ma vie que j'ai eue. Bien sûr, j'ai dit qu'elle raconte n'importe quoi, mais si elle l'avait fait... C'est pour ça que ce soir j'ai pas forcé sur le cocktail mais du coup ça prend du temps...

Je crois qu'ils dorment enfin mais j'ai plus le temps d'aller chez Edouard. Je vais l'appeler pour lui dire de me rejoindre en moto ici... Je vais sortir le whisky de Monsieur Sénard... On aura quand même notre petite soirée !

 

© Lakévio