Edward Hopper - New York Movie

 

Cora en était certaine : elle avait été repérée. Elle avait eu beau se teindre en blonde, changer de nom et de ville et s'enfouir au fond de ce cinéma. Rien n'y avait fait. Ils étaient forts, quand même ! Dans quel guêpier avait-elle été se fourrer.. C'était sa faute aussi ; trop joli coeur, Albert !... Séduisant, tendre, généreux... Avec l'argent des autres, c'était facile. Mais cela elle ne le savait pas. Elle le prenait pour un type qui avait besoin de se changer les idées, de fuir une épouse qu'il n'aimait plus.

Elle n'aurait pas dû. Un homme marié, ce n'était pas pour elle. Enfin, était-il marié, seulement ?... Et pourquoi, elle ? Il aurait pu choisir une de ces filles de bar. Aller au cabaret où c'était simple de cueillir la plus jolie. Parce qu'Albert avait l'aisance, la belle gueule, l'argent. Tout. Qu'est-ce qu'elle était naïve ! Avec son désir de croire à l'amour ! Bien sûr, trop bête et trop crédule. Elle n'avait vraiment rien vu, rien appréhendé. Il était juste ce qu'elle espérait ! La petite employée qui rencontre un beau gosse qui s'intéresse à elle. Quelle endouille ! Elle aurait presque préféré qu'il lui propose le trottoir ; elle aurait compris alors, même si c'était un peu tard. 

Pour l'amour de ses beaux yeux, elle avait commis l'irréparrable. Malgré elle ! Totalement malgré elle. Ça n'avait pas l'air de grand chose, ce qu'il lui avait demandé. D'abord, venir la chercher au bureau. On l'avait donc vue avec lui. Elle en était plutôt fière. Et puis, quand elle avait été bien accrochée, faire "ça" dans des endroits insolites : le hall de l'immeuble, l'ascenseur... Il avait dit : "et pourquoi pas sur ton bureau ? tu penseras forcément à moi demain"... Elle en frissonnait encore. Elle n'avait pas aimé ces situations. peur de se faire surprendre... Mais il était bon amant et malgré tout, elle avait pris son pied. Ils l'avaient fait trois fois au bureau et la troisième fois... 

Cora avait la gorge sèche et les jambes tremblantes. Elle osait à peine regarder l'escalier. Quelqu'un allait descendre l'escalier... pour elle.

La troisième fois, quelqu'un les avait surpris. Albert l'avait rassurée, c'etait juste un de ses amis. Mais cet ami portait un gros sac. Albert lui avait alors demandé de les conduire au bureau du directeur et sous ses yeux... Sous ses yeux et aussi sous la menace d'un revolver apparu dans la main d'Albert pour la faire tenir tranquille, le type avait ouvert le coffre au chalumeau... Cora s'était évanouie de honte et de terreur. Lorsqu'elle s'était réveillée, il était quatre heures du matin. Elle était en combinaison dans la chambre du meublé qu'elle louait. Elle avait très mal à la tête. A son chevet, deux verres et une bouteille de whisky à moitié vide. Une coupelle pleine de mégots. Les plumes de son oreiller partout comme si on l'avait éventré et surtout, surtout... le sol et le lit était jonchés de billets... C'est là qu'elle avait fait la pire bêtise de sa vie. Elle avait tout laissé, elle était partie...

Alors, elle ne savait pas qui allait descendre. Albert, la pègre ou le FBI. Mais elle en était certaine : on l'avait retrouvée. Elle avait bien vu qu'on la suivait, qu'on la guettait. Elles les avait remarqués en bas de la rue, ou bien garés dans une voiture. Et pourtant, elle n'avait rien fait ! Elle aurait dû aller raconter à la police qu'elle était victime d'un coup monté. Mais à présent, elle avait tellement peur d'Albert et de son revolver...

Malgré le tapis sur les marches, elle entendit quelqu'un descendre l'escalier. Elle vit les chaussures noires, le pantalon et le bas du pardessus. Ses mains se crispèrent sur la lampe de poche...

 

© Lakévio