Fernando Saenz Pedrosa Tutt'Art@ (37)

 

La jeune fille, sur le quai, c'est moi. J'ai l'air seule, mais je ne le suis vraiment pas. De l'autre côté, outre le photographe il y avait toute l'équipe du tournage. Du clappeur jusqu'au scénariste en passant par la caméra, la maquilleuse, le perchiste, etc...

Vous m'avez demandé de choisir une photo du début de ma carrière ; c'est celle-là. Non, ce n'est pas mon premier film. J'ai tourné dès l'âge de quinze ans. (Les dominos, 1967, NDR) Là, j'en ai dix-sept. Ce n'est pas le film qui a lancé définitivement ma carrière, celui-là est venu trois ans plus tard (Sur les barricades, 1970, NDR). Un film sur Mai 68 qui a eu beaucoup de succès comme vous savez. Ceci est une scène de Céleste et Azur. (1969. NDR)

Je l'ai choisie parce que j'ai un souvenir précis de ce matin-là. C'était l'été. Pour avoir la bonne lumière voulue par le metteur en scène, il avait fallu se lever particulièrement tôt. Nous attendions vraiment le train, je veux dire le vrai train, le premier de la journée qui allait s'arrêter dans la petite gare à cette heure matinale. Je n'avais pas eu de peine à me mettre dans la peau de cette jeune fille qui quittait sa famille pour retrouver son petit copain. J'étais très jeune et j'avais déjà quitté ma famille. Je comprenais la décision qu'elle avait prise, son courage mais aussi sa peur et son désespoir de tromper des parents aimants parce que je l'avais fait... pas pour un garçon mais pour le cinéma !

Mais là, dans ce matin lumineux et frais, guettant le train, mon vrai moi a surgi avec force. Oui, je désirais monter dans le train, vivre ma vie, celle que j'avais choisie. J'étais la fille qui jouait l'oiselle mais je ne serai jamais l'oiselle qui tombe ou se fait plumer. Tout s'est joué à l'instant de l'arrivée en gare de ce train. L'enveloppe fragile de la fugueuse recélait une âme déterminée à s'en tirer. Je ne visais pas le succès ou la gloire, mais la liberté de mes choix, le goût de jouer, de représenter des émotions, de toucher le public. Etre sincère avec moi-même comme avec tous ceux qui me verraient parce qu'au travers des images, j'avais quelque chose à dire. Voilà, c'est ce matin-là que je me suis décidée à rester aussi longtemps que je pourrais dans le métier et ce pourquoi vous venez aujourd'hui m'interroger et me féliciter de ce Molière qu'on vient de m'octroyer. après le César obtenu il y a deux années.

Si j'ai des projets ? Des vacances en famille pour commencer mais à la rentrée, nous reprendrons les répétitions avec Alain Françon pour La Cerisaie.

Passer du cinéma au théâtre était évident. C'est souvent l'inverse. Au cinéma, on ne peut qu'anticiper le final, que les scènes, souvent tournées en désordre, révéleront. Au théâtre, on joue en fluidité et, pour ma part, j'aime le contact avec le public et l'échange immédiat des émotions.

Je vous remercie.

 

© Lakévio