nicolas ordinet

 

C'est un beau roman, c'est une belle histoire... Marine démarra en souriant. Lui trottaient dans la tête les paroles de la chanson que chantait sa mère lorsqu'elle était petite. Elle pourrait lui dire... Que lui dirait-elle ?... Cette rencontre au restaurant de l'autoroute ? Ces heures magiques dont elle aurait voulu qu'elles ne finissent jamais ? ... A présent qu'elle avait repris la route, elle se demandait si c'était réel, si elle ne s'était pas illusionnée sur la personne, peut-être à cause de la chanson d'ailleurs. Bon, ils n'avaient pas passé la nuit ensemble mais deux heures joyeuses, brillantes et elle avait senti... C'était... Il était... Elle était folle !... Pourtant... Enfin voyons, qu'est-ce que c'est que deux heures à papoter devant une salade au bar d'un Restoroute !... Oui mais, le magnétisme du regard, l'attirance qui l'avait fait s'installer près d'elle, non pas comme un séducteur ; il était même gêné de s'imposer alors qu'il y avait de la place. Il s'était montré courtois, réservé, pas du tout carnassier...

Marine rit à ce mot qui lui était venu. C'est qu'elle se rappelait comme souvent les hommes semblent se jeter sur la proie qu'ils ont repéré... Non, lui, c'est avec délicatesse qu'il avait demandé s'il pouvait prendre la place et comme il soupirait en s'installant elle avait demandé s'il était fatigué, s'il roulait depuis longtemps... Avec simplicité, il lui avait dit qu'il était parti de Bordeaux à huit heures et qu'il avait encore beaucoup de route pour se rendre à Genève...Il était affamé. Il lui a demandé si sa salade était bonne. Que des banalités en somme !... Mais il n'y avait pas que cela. Il y avait son écoute lorsqu'elle a expliqué qu'après être allée retrouver des amis à Lyon elle continuait justement sur Bordeaux pour voir ses parents. Elle connaissait bien Bordeaux ; elle y avait grandi ! A présent, elle travaillait à Paris... Il écoutait, silencieux parce que dévorant sa salade, mais il hochait la tête, souriait. Il avait un sourire à tomber ! Et il lui avait offert un verre de vin... Oui, elle était folle !

Ils s'étaient présentés. Marine Janvier - Quentin Peyroux. Il était lumineux, le sourire jusque dans les yeux. Très séduisant mais du genre sans le savoir vraiment. Après la salade, il lui avait proposé de prendre un dessert comme si c'était lui qui l'avait invitée. Il avait tenu à payer la tartelette d'ailleurs ! Ils avaient dégusté leurs pâtisseries avec gourmandise. Il avait demandé si c'était bon, comme s'il était le chef-pâtissier. C'était drôle ! Mais ils étaient joyeux et se sentaient bien l'un avec l'autre. Elle en était sûre. D'ailleurs, après le café, ils étaient restés là, au bar, dans cet endroit pas très confortable pour gens pressés, juste au-dessus de l'autoroute d'où ils pouvaient voir les camions qui lourdement défilaient. Mais eux, ils étaient légers, heureux, hors du bruit, hors du monde. Enfin, elle ! Peut-être lui aussi. Sans doute... Oui, sans doute puisqu'il parlait sans arrrêt. C'est rare un homme qui parle. Il parlait de Bordeaux qui lui plaisait même si, parce qu'il travaillait beaucoup, il n'avait pas eu le temps de nouer beaucoup de connaissances. Il avait quelques collègues avec qui il s'entendait bien et il était heureux du changement parce qu'avant il était à Saint-Etienne...  Il habitait Rue Judaïque, un appartement d'un vieil immeuble dans la partie commerçante de la rue. Il aimait bien, il avait tout sous la main. Il n'allait pas souvent à Paris. "Ce sera l'occasion" avait-elle dit, cette sotte, se rendant compte aussitôt que c'était incongru. Elle avait rougi mais il avait répondu "J'aimerais bien..." 

Alors, elle avait parlé d'elle, des Archives où elle travaillait, du magnifique quartier du Marais et du Boulevard Saint-Martin où elle demeurait. De fil en aiguille comme on dit, ils avaient évoqué leurs loisirs, leurs hobbies, des endroits de Bordeaux qu'il aimait et qu'elle connaissait. Elle lui indiquait des bars où écouter de la bonne musique et des promenades à faire près de la mer. Tous deux aimaient marcher dans le vent dans les endroits sauvages, faire du bateau et surfer sur les vagues... Ils n'avaient pas vu le temps passer. C'est elle qui s'était aperçu que la salle s'était bien vidée et en regardant son téléphone, avec regret avait décidé d'interrompre le tête à tête. Il lui avait alors tendu sa carte professionnelle après avoir rajouté son numéro de téléphone personnel. "Vous n'êtes pas obligée d'appeler " lui avait-il dit timidement. Alors elle avait pris son portable et l'avait appelé immédiatement. "Comme ça vous aurez mon numéro !...

Il l'avait raccompagnée à sa voiture et ils s'étaient serré la main, un peu trop longtemps, peut-être. Il l'avait regardé s'asseoir au volant et il était reourné rapidement à la sienne... Oui, elle était vraiment folle ! Mais c'était un beau moment... Comme dans la chanson, se dit-elle, quelques petites choses en moins mais avec un grand plus !... Parfois, elle regardait la carte professionnelle qu'elle avait placée sur le tableau de bord. Elle se dit qu'elle serait encore à Bordeaux lorsqu'il reviendrait...

Elle était en train de se garer dans le parking de la résidence de ses parents lorsque le téléphone sonna :

- Allo ?... C'est Quentin.

 

© Lakévio