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4 décembre 2017

Conte du lundi 87

 

1880 Lluisa Dulce i Tressera marquise de Castellflorite by Antonni Caba

La marquise sortit à cinq heures.

 

La marquise de Grandmaison n'aurait pas dû écouter sa bonne...  Annette venait de lui dire qu'elle avait croisé Monsieur de Ribaudan devant l'Hostellerie. Sans doute était-il revenu  de son périple en Angleterre...  Rentré de voyage ? Et il ne serait pas venu la saluer ? Impossible ! Annette n'était qu'une sotte ; elle avait confondu. Adrien ne lui avait pas annoncé son retour. Certes, il y avait quelques semaines qu'elle était sans nouvelles mais elle savait qu'il était affreusement accaparé... Esther ne saurait pas dans l'immédiat par quoi le beau chevalier de Ribaudan avait été accaparé. Peut-être par une charmante parce que la marquise de Grandmaison n'était pas si affriolante que ça, vu son portrait à la page 3 du livre titre ! Esther avait jeté l'ouvrage sur la commode pour répondre au téléphone. Elle espérait que ce soit son chevalier à elle, qui ne portait ni bottes, ni chapeau à plumes mais qui était quand même très sexy avec ses superbes fesses bien moulées dans son jean, ses lunettes à montures noires épaisses et sa mèche rebelle sur le nez. Elle avait juste refusé la barbe à la panoplie de hipster branché de son jules qui ne s'appelait pas Jules mais Xavier...

Ce n'était pas Xavier mais un antiquaire intéressé par le portrait qu'elle avait mis en vente sur un site internet. Il s'agissait d'un médaillon ancien. Elle savait qu'il avait de la valeur : peint sur bois, signature au dos. Elle avait un peu honte de se débarrasser ainsi des objets de famille : le médaillon représentait son arrière-grand-mère en robe d'apparat. Bien plus jolie que la marquise de Grandmaison mais titrée aussi bien qu'elle. En fait, voilà ! Esther aussi était "marquise", mais surtout, fauchée. .. Elle avait un grand nom, un vieux titre qui ne voulait plus rien dire et qu'elle se gardait bien d'utiliser allant même jusqu'à supprimer sa particule par facilité. Elle n'allait pas dans le grand-monde et se moquait bien des princes et des barons, faux ducs ou nobliaux de la dernière heure. Dans tous ces aristocrates, beaucoup se seraient vendus au premier sac d'or venu. Une sale engeance, un monde totalement perdu avec lequel elle évitait toute relation. Mais voilà que cet homme au bout du fil lui faisait aligner son arbre généalogique ! L'idée que ce pourrait être son oncle Armance (de) Montalembert qui aurait repéré la vente et chercherait à l'embarrasser lui traversa l'esprit. Tout en répondant aux questions, elle regardait le livre fermé tombé sur la commode. Si elle avait été d'humeur facétieuse, elle aurait parlé de la marquise de Grandmaison, mêlant le roman et l'Histoire mais cela l'ennuyait profondément. Elle avait seulement besoin d'argent et, ... oui, elle était bien l'héritière du médaillon... 

Elle avait déjà vendu des objets et des meubles. Déménager d'un six pièces Avenue Mozart pour un deux pièces à Denfert, cela vous aide à discerner l'essentiel du superflu ! Un petit deux pièces en plus ! De toutes façons, le Louis XV, elle n'aimait pas trop. Mais c'est vrai qu'elle avait vécu en rentière et qu'à vingt-trois ans, ce n'est pas banal. De génération en génération, elle ne savait pas trop comment, le patrimoine s'était réduit à peau de chagrin. La faute aux mâles de la famille, sans doute, dégénérés par consanguinité, inaptes à gérer quoi que ce soit, et qui avaient peut-être fait comme elle, vendu morceau par morceau... Plus rien des demeures ancestrales, même pas les tableaux qui les représentaient et qu'on pouvait voir chez des amateurs d'art et d'Histoire...  Qu'est-ce qu'elle en avait à faire, elle, du chevalier Truc, du Commandeur Machin et de Monsieur le duc, son oncle... Elle sursauta lorsque l'antiquaire annonça le prix qu'il était prêt à payer. Diable !... Aussitôt, elle annonça qu'elle devait réflêchir car elle avait deux autres acheteurs sur l'objet.  Elle avait appris à faire monter les enchères ! L'homme insista, tenta de négocier. Esther accepta un rendez-vous pour la fin de la semaine. Elle nota le numéro de téléphone sur une page du livre Madame de Grandmaison. La communication terminée, Esther se laissa tomber dans son fauteuil. Diantre, comme aurait dit son ancêtre, voici de quoi voir venir ! Encore quelques mois de tranquillité. Un jour sans doute, un jour sûrement, il lui faudrait bien passer quelques examens véritables et chercher à bosser... En attendant, elle pouvait encore traîner son fessier à l'Université en espérant "trouver sa voie". Les études de gestion, ça ne la branchait pas. Elle rit de bon coeur. N'est-ce pas, Armance ! Mais, antiquaire, finalement, pourquoi pas ? Ou bien... faussaire ? Parce que le médaillon... elle aurait pu en vendre cinq ! Mais là, c'était trop de risques et surtout beaucoup de travail... Elle n'avait pas le goût du luxe mais elle savait combien elle était paresseuse !

Sur ce, la pendule sonna. Cinq heures ! Juste à ce moment-là, Xavier entra. Esther saisit sa veste, le repoussa à l'extérieur et l'entraîna vers l'escalier. Elle avait envie de prendre l'air. Sur le palier, elle fit une révérence avant de lui prendre le bras. Elle souriait et chantonnait : la marquise sortit à cinq heures...

 

© Lakévio

 

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Commentaires
L
salle d'attente ou alcôve pour Jean-Jacques :<br /> <br /> <br /> <br /> http://www.jeanjacques666.eu/archives/2017/12/04/35922064.html
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F
Coucou, Juliette a fait son devoir :)<br /> <br /> <br /> <br /> http://cearriveenfrance.over-blog.com/2017/12/le-devoir-de-lakevio.la-marquise.a-vichy-comme-de-bien-entendu.html
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J
Des aristocrates qui inscrivent des numéros de téléphone sur des livres, il faudrait leur pendre une lanterne au-dessus du front pour qu'ils apprennent un peu la bibliophilie ! ;-)<br /> <br /> <br /> <br /> S'il s'agit réellement d'une chanson, alors j'ai le pendant : j'ai enfoncé encore une fois une porte bien ouverte ici : <br /> <br /> <br /> <br /> http://krapoveries.canalblog.com/archives/2017/12/04/35927808.html
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J
En voyage, armé de mon vieux téléphone portable, j'ai réussi à mettre en ligne mon devoir. Je n'ai pas pu faire de mise en page. Vous pouvez lire les péripéties d'une marquise ici: www.jeanjacques666.eu<br /> <br /> Je vous souhaite une bonne semaine.<br /> <br /> Jean-Jacques'60<br /> <br /> Paris le 4 décembre 2017
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V
Ça alors ! Tu as été bien inspirée. On va de rebondissement en rebondissement sans rien voir venir. Ma version, plus convenue :http://veroreve.canalblog.com/archives/2017/12/04/35916416.html
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