Chris-Aggs-Echo & Narcissus

 

Le printemps arrivant fait toujours cet effet. Il suscite une légère euphorie... et souvent une vague d'achats. On se sent déjà d'humeur tendre et on imagine aisément se promener légère et court vêtue.

Ce matin là, Céline avait souri au jardin ensoleillé. Une nappe de narcisses avait éclos sous le pommier et le massif de jonquille s'épanouissait dans le parterre près de l'entrée. Elle n'avait pu s'empêcher d'aller en cueillir pour fleurir la cuisine où elle avait petit-déjeuné derrière la vitre toute chaude de ce premier vrai soleil. A présent, elle hésitait : jardinage ou shopping ? Un coup d'oeil pour voir ce que faisait Klaus, le voisin écolo, en sandales et chemise de lin été comme hiver et qui soignait sa propriété comme si c'était son bébé, la déciderait à aller tailler sa haie... Elle l'aimait bien le voisin. Il était drôle malgré lui. Il ne maîtrisait pas assez bien le français pour s'apercevoir des énormités qu'il disait. Ce jour, par exemple où il lui avait dit qu'on voyait ses "mamelles" sous son chemisier. Elle avait ri. Il était encore jeune et beau et... seul depuis que sa copine était retournée en Allemagne. Céline n'avait pas vraiment de vue sur lui. Elle avait bien dix ans de plus mais il l'amusait et elle ne s'était pas offusquée lorsque, désarmant de candeur et de confiance en lui, il lui avait dit, comme on flatte une vache qu'elle avait un beau cul. Surtout, il était de bon conseil pour le jardin et Céline aimait le sien autant que Klaus avait adoré et choisi ce morceau de campagne lorsqu'il était arrivé de Berlin.

L'après-midi, Céline n'avait pas résisté à l'appel du shopping de saison. Elle avait gagné Dijon sous un soleil magnifique qui lui avait donné des ailes pour sauter de boutique et boutique. Non qu'elle fut dépensière. Elle fréquentait de gentilles petites marques et s'achetait essentiellement des accessoires. Un joli foulard, une ample chemise pratique pour le jardinage, un tee-shirt pour mettre dessous et puis... que je vous dise, la passion de Céline était pour les dessous... Même si elle avait peu souvent l'occasion de les montrer, elle aimait savoir qu'elle portait de ravissantes choses, fines, seyantes, légères et dentelées, divines, voire coquines. Dans sa boutique préférée, elle avait choisi un adorable ensemble violine, soutif et tanga. Elle n'avait cependant pas résisté à la vue d'un autre ensemble dans un grand magasin en satin beige souligné de dentelle blanche... Sublime.

C'était celui-ci qu'elle avait envie de passer immédiatement. Elle se saisit du sac de papier brun et en sortit le paquet enveloppé de papier de soie. Elle prenait son temps pour déplier le papier car elle aimait bien les conserver pour les colis qu'elle envoyait à ses nièces. Mais soudain, stupeur et consternation... Ce n'était pas l'exquise chose de satin beige qu'elle tenait dans ses mains mais un boxer d'une célèbre marque américaine. Tout d'abord agacée, elle rit à la tête que devait faire l'acheteur de lingerie masculine en découvrant satin et dentelle. Elle hocha la tête avec compréhension en imaginant la femme du dit acheteur se demandant pour qui était ce présent. Elle espéra qu'il soit à sa taille, le monsieur s'en tirerait à bon compte s'il était intelligent. mais peut-être était-ce un compagnon... Et là, ce serait plus difficile à expliquer. "La caissière s'est trompée" ne marcherait pas forcément ! La barbe avec ce truc ! Céline n'avait pas envie de retourner à Dijon... Elle fit un tour en pensée de ses amis-amants essayant de se remémoriser leurs dessous ; conclusion : pas le genre ! Alors, elle eut une idée qui l'amusa beaucoup. Encore fallait-il que l'objet soit pur coton écologique ; il l'était. Donc... elle allait l'offrir à Klaus.

Est-ce qu'il s'en offusquerait ?...

 

© Lakévio