belinda del pesco

 

Cher papa, chère maman.

J'ai poussé doucement la porte du salon et je vous ai vus dans la quiétude de cette douce après-midi d'hiver. Heureux, détendus, confiants, aimants. Je vous aime tant, moi aussi.

Tu vois, Erica, je t'appelle pour la première fois "maman". J'ai mis du temps ! Papa m'avait dit que je n'étais pas obligée de te nommer ainsi parce que j'avais une maman au ciel, morte le jour de ma naissance. Il avait failli ne pas s'en remettre. Lorsque je t'ai connue, j'avais quatre ans et pas du tout l'envie d'avoir une maman qui prenait l'attention de mon papa. Mais ce ne fut pas la guerre. Impossible, tu es si... pleine de sagesse, si généreuse. je t'ai donc nommée "Erica", comme papa...

Mais aujourd'hui, parce que je sais combien vous vous aimez et que je vais, je dois, vous faire une grande peine, c'est à papamaman que je m'adresse. Je voudrais en discuter, en plaisanter avec vous, recevoir votre accord, ce serait plus facile... mais je vais vous inquiéter, vous contrarier, vous terrifier... Pourtant, demain, enfin, presque, j'ai dix-huit ans. J'ai bien réfléchi et fait mes choix. Ils sont bien loin des vôtres, tellement loin que je n'ai osé vous déranger pour vous l'annoncer en face. Mais je suis sûre de moi. J'ai rencontré quelqu'un. Vous ne le connaissez pas et je le regrette parce que lui vous aime déjà et que je n'ai aucun doute sur ce que je désire au plus profond de mon être. Il m'a fait découvrir qui je suis et ce que je peux faire de grand dans ma vie. Je voudrais tant que vous ne craigniez pas pour moi car ce désir ardent m'obsède et que je veux vivre cette vie-là et nulle autre de ce monde. Vous pourriez comprendre mon choix, vous en avez fait aussi, vous avez milité, protesté, manifesté, vous vous êtes engagés... Mais je devine que celui-ci va vous heurter de plein fouet.

Il est finalement peut-être plus simple de vous dire que je pars.

Je quitte la maison, mon foyer trop doux, ce cocon qui me retient insouciante, dans la méconnaissance du monde, dans l'inaction.

Je pars.

Que dire de plus pour vous apaiser ?

Peut-être vous laisser le choix des causes et raisons de mon départ ?

1) Je suis enceinte

2) Je pars faire le Jihad

3) Je rentre au Carmel

 

Je vous aime, mes chers parents. Je vous embrasse tendrement.

Marion

 

© Lakévio