Souvenirs de vacances.

Lia-Kloppel Amber - array

 

Il faisait si chaud sous la tente ! Impossible de dormir. Le jour commençait à poindre ; j'ai décidé d'aller prendre une douche. J'ai passé le peignoir de bain et je suis allée aux sanitaires ; j'avais pas retrouvé mes tongs. J'ai pris ma douche. Je n'avais croisé personne sur le chemin mais on n'est pas très loin des sanitaires... Je suis restée une vingtaine de minutes sous l'eau. J'étais bien. J'étais seule. Je suis sortie de la douche et j'ai recommencé à avoir chaud, alors je suis allée me rafraîchir encore une fois le visage et les mains au lavabo et c'est à ce moment que je l'ai vue. Elle m'a fait peur parce que je croyais être seule. Elle n'avait pas fait de bruit en arrivant. Elle était appuyée au chambranle de la porte. Elle me regardait. Elle pleurait. J'ai vu qu'elle était très pâle comme si elle venait d'arriver de la ville à la mer.

- S'il vous plaît, aidez-moi...

Elle a tendu sa main vers moi. Elle ne disait plus rien. Le visage caché sous ses cheveux blonds, elle sanglotait.

- Il faut que vous m'aidiez. S'il vous plaît !...

Elle a redressé la tête. Elle avait un beau visage et des yeux très bleus. Tout en me regardant elle a relevé sa robe. Elle était vert pâle, sa robe. Elle a relevé sa robe sur ses cuisses et là, j'ai vu qu'elle saignait. Pas qu'un peu. Le sang coulait lentement sur ses jambes.

- Je... Je fais une fausse-couche.

- Il faut aller à l'hôpital ! Vous êtes seule ? Vous avez une voiture ? Vous voulez que je vous emmène ?

- Je... Je suis avec des amis. Je ne veux pas les déranger.

- C'est dingue, ça ! Il faut les prévenir. Ils doivent savoir que vous étiez enceinte. Ils vont vous conduire à...

- Non, s'il vous plaît. Je veux juste que vous m'aidiez à passer sous la douche. Je me sens faible...

J'ai pensé : "Punaise, qu'est-ce qui m'arrive ! dans quoi je vais m'embarquer, là ?!!! Aider une inconnue en train de faire une fausse-couche  à prendre une douche dans les sanitaires d'un camping !..." Mais je n'avais pas le choix.Elle s'était accrochée à moi et je la soutenais.

- Euh, il faut enlever votre robe...

Elle tremblait sous l'eau chaude. Elle s'appuyait d'une main sur une paroi et se lavait tant bien que mal de l'autre. L'eau se teintait de rouge. C'est à ce moment-là que j'ai eu ma première nausée. J'ai pensé que c'était la situation, la vue du sang...

Et puis, elle a parlé. "Mon ami et moi, on essaie depuis cinq ans d'avoir un enfant. Chaque mois, une énorme déception... Alors, on a essayé les traitements. C'est lourd, vous savez. Et là, enceinte, enfin ! C'était le quatrième mois. Tout est perdu !..."

- C'est grave, vous savez, une fausse-couche. Il faut retourner à l'hôpital. Je vous accompagne si vous préférez.

- Non, ca va s'arrêter ! C'est pas la première que je fais une fausse-couche non plus... Tout est parti aux toilettes.

J'ai eu un autre haut le coeur. Une situation de fou ! Qu'est-ce que je pouvais faire ?...

- Vous vous sentez mieux ? Je vous raccompagne vers vos amis ?

- Vous êtes gentille. Je vais me rhabiller maintenant.

Elle a passé sa robe sur son corps mouillé. Elle essuyait maladroitement le sang qui suintait encore de temps en temps et machinalement passait sa main sous l'eau du lavabo. Elle était encore plus pâle qu'avant mais la lumière des sanitaires ne met pas en valeur, c'est sûr ! Finalement, elle m'a dit qu'elle allait attendre de reprendre encore des forces sur le banc à côté. Je lui ai demandé où était sa tente ou son bungalow. Elle a juste fait un signe.

- Par là. Ne les dérangez pas. Ce n'est pas la peine...

J'ai trouvé cela étrange et j'ai décidé d'aller prévenir mon copain que j'étais avec cette fille. Il a voulu m'accompagner pour qu'on l'emmène à l'hôpital mais quand nous sommes revenus vers les douches, elle n'était plus sur le banc. On a cherché aux alentours ; on ne l'a pas trouvée. Ça semblait irréel. Le jour se levait, il commençait à y avoir du va-et-vient dans le camping. Une fille a crié dans les toilettes.

- C'est quoi, ca ? C'est dégueulasse ! Il y a eu un meurtre ici ou quoi ? !!!

J'ai pensé à mon étrange compagne. Quelqu'un a dit aux vacanciers qui s'attroupaient qu'il y avait du sang partout et des choses pas claires. L'homme d'entretien est arrivé. Il est ressorti blanc comme un linge et a fermé la porte à clef. Je lui ai demandé s'il y avait quelqu'un, il a dit qu'il ne pouvait pas le dire. Alors je l'ai suivi pour raconter à la direction ce qui s'était passé dans les douches cette nuit ; je croyais que c'était la fille, qu'elle était peut-être morte. J'avais peur de l'avoir laissée. Mais on m'a assuré que non. C'est par le journal que j'ai su qu'elle avait en fait accouché toute seule et trop tôt d'un bébé mort-né...

 

L'interrogatoire de la Police était terminé. Je ne me sentais pas bien du tout. Je suis sortie et j'ai pleuré. Beaucoup. Un chagrin infini. Enfin j'ai regardé une nouvelle fois le test dans mon sac que j'allais montrer à Sylvain. Il me tardait d'être à midi.

- POSITIF !

 

 © Lakévio