En scène !

Hatfield David women-and-degas

David Hattfield - Women and Degas

 

- Degas passait son temps au foyer et dans les coulisses ! Heureux temps où l'on avait un protecteur...

- Qu'est-ce que tu racontes, Lucile ? Tu ne sais pas que ces filles, extrêmement pauvres, modèles par nécessité, étaient souvent prostituées et même souvent par leur propre mère ? Elles acceptaient cela pour manger à leur faim, obtenaient quelques friandises, une robe, des babioles. Parfois, les "amateurs" d'Opéra ou de chair fraîche trouvaient un logement à la famille pour un temps... De vraies maquerelles, ces bonnes femmes ! Elles cherchaient à caser leurs filles à l'Opéra ou dans les bras d'un riche monsieur !

- C'est bien le rêve de toute mère de caser sa fille, non ?

- Mais, enfin, Lucile, à quelle époque vis-tu ? Nos mères ont envie qu'on trouve un job, qu'on fasse carrière AVANT qu'on trouve le fidèle compagnon... 

- Tu me fais rire ! Va faire carrière sur des pointes ! Beaucoup d'appelées, peu d'élues, tu le sais bien.

- Tu exagères, Tu es Premier Prix de Conservatoire, quand même ! D"ailleurs, cela t'amène beaucoup d'admirateurs... Tiens, en parlant d'admirateurs... Ne te retourne pas, tu ne devineras jamais qui est là ?... 

- Qui ça, Degas lui-même, Nijinsky, Noureev, Béjart ? Un vieux... potable ?...

- Chhhhhh ! Tu es bien amère ce matin ! Tu n'as pas eu le temps de manger ta biscotte ?... Allez, fais pas la tête, chasse tes sombres pensées. Joue à la devinette.

- Ecoute, Carole. Je me fiche de qui a pu rentrer dans cette salle. Nous avons déjà la chance de voir l'expo, en coup de vent, par la grâce de l'Opéra, aussi, allons-y et admirons le Maître !

- Mais, c'est... Oh ! Euh... Non, c'est personne ! Tu as raison, allons voir la salle suivante. Je crois même que nous devrions rentrer au Foyer !

- C'est toi qui es bizarre, maintenant... Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Qui est là ?...

Lucile se retourne. Peu de gens dans la salle à cette heure matinale. Un couple, planté à l'entrée, très occupé par eux-mêmes, attire son attention. 

Quelques secondes encore et une gifle retentit au Musée...

 

© Lakévio