Hollyhock Garden by Julie Gilbert Pollard

 Julie Gilbert-Pollard - Hollycock Garden.

 

- Et la porte n'est toujours pas réparée !...

On avait ri de la réflexion de mon père qui revenait à chaque visite. On avait même fini par l'attendre et la dire en choeur ! La petite porte basse aurait pu de toutes façons être aisément sautée et la vue des planches de guingois nous émouvait toujours. Et puis, les fleurs ! L'arrangement nonchalant parmi la rocaille, les couleurs assorties qui vous sautaient au visage et vous emplissaient de joie. Nous arrivions chez Mirabelle.

Elle s'appelait Isabelle. C'était la plus jeune soeur de mon père. Elle n'avait pas d'enfants. Enfin, si. Il y en avait toujours une flopée chez elle, les Michot, les petits voisins dont nous étions jaloux parce qu'ils vivaient près de Mirabelle. Nous l'appelions ainsi parce qu'elle faisait de délicieuses tartes aux pommes. Logique d'enfant, jeu de mots avec son prénom...

L'enfance ne dure pas. Les années s'égrenèrent et les visites s'espacèrent parce que nous étions pensionnaires puis étudiants. Les Michot perdirent leur fils de vingt ans et notre coeur se serra au souvenir de les avoir enviés. Les petites Michot se marièrent et s'en allèrent elles aussi. Mirabelle, elle-même finit pas abondonner son jardin pour s'installer chez un autre frère et un jour il fallut définitivement fermer les volets de la maison vendue et sourire malgré tout en revoyant la barrière délabrée dont la porte était éternellement absente.

Dix ans, vingt ans passèrent sans qu'aucun de nous ne passe par le village de Mirabelle. Puis ma fille acheta une villégiature dans la région. Aux premières vacances chez Linette, un matin d'été, alors que je m'étais levée tôt et m'apprêtais à préparer le petit déjeuner familial, l'idée s'imposa qu'il me fallait sur le champ revoir ce lieu d'enfance. Peut-être la confiture que j'avais posée sur la table... et puis, l'assurance que ma voiture avalerait rapidemant la soixantaine de kilomètres.

Tout de suite, au tournant de la route, j'aperçus les fleurs dans la rocaille. Un sentiment d'étrangeté me saisit. Ce n'était pas possible ! Mirabelle ne pouvait être revenue et pourtant, c'était... c'était comme... C'était exactement l'éclat coloré, l'harmonie brouillonne et le nivelé nonchalant de Mirabelle. Et la clôture ! La peinture écaillée, les mêmes planches de guingois et le portillon... absent ! Je me hâtai en haut des marches. Les arbres de l'allée, imposants et sombres, bruissaient doucement. Avais-je traversé le temps ? Mon coeur battait à tout rompre.

Dans le jardinet à droite, j'aperçus une femme à cheveux blancs courbée sur ses haricots. C'était à la fois angoissant et merveilleux. Je n'osais l'interrompre de peur de voir son visage et de rompre le charme.

- Excusez-moi, lançai-je enfin. Je...

La femme s'est redressée. Evidemment, ce n'était pas Mirabelle. J'étais finalement très embarrassée ; je m'étais introduite, poursuivant un rêve, chez quelqu'un, sans vergogne. La dame venait à ma rencontre.

- Oui ?... dit-elle, d'un air interrogatif.

- Excusez-moi, répétai-je, prête à repartir. Mais elle s'était arrêtée à quelques pas de moi sans me lâcher du regard, me scrutant intensément.

- Elisabeth ! s'écria-t-elle. Tu ne me reconnais pas ?...

- ...

- Mireille Michot, la dernière des quatre !

- Oh, Mireille ! Que fais-tu là ?... Je regrettai aussitôt ma bête question mais c'est en riant que Mireille répondit :

- C'est chez moi, maintenant. Il y a six ans, je suis revenue au village, j'ai acheté la maison de ta tante et... j'ai arrêté le temps !

Nous avons éclaté de rire ensemble. Oui, c'était évident, il n'y avait qu'une Michot pour s'installer ici et stopper le cours du temps.

- Viens voir, tu reconnaîtras la cuisine où j'ai passé de si bons moments. J'ai un si vif souvenir de ces années-là. Je rêvais que l'un de vous passe par là pour lui faire la surprise. Et puis tu sais, ajouta-t-elle en s'arrêtant sur le seuil et en tapotant une petite plaque émaillée sur le mur, la maison s'appelle... Mirabelle !

 

© Lakévio

 

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