Bravo à tous ceux et celles qui ont rédigé leur version du tableau proposé. Je n'ai sans doute pas lu tout le monde mais je me suis bien amusée. Vous pouvez mettre un lien vers vos blogs dans les coms si vous avez travaillé durement ce week-end !

Pour ma part, voici donc la vérité vraie ...

 

Pruett Carter 2

 

12 Juin 1951 - Pensionnat de Mademoiselle de L'Hermonière, Clermont-Ferrand.

 

- Claire Chabrier, chez la directrice !...

Claire a levé la tête de son livre en cette fin de matinée dans la salle d'études. Simone Amiot vient de lancer cette apostrophe en entrant dans la classe et en se glissant prestement à sa place, suivie par Mademoiselle Launay, la surveillante, qui la cherche du regard.

- Claire, Mademoiselle de l'Hermonière vous attend dans son bureau.

En descendant l'escalier et longeant le corridor, Claire se demande ce qui lui vaut cette invitation qui est rarement un bon signe. Ses sourcils se froncent et son coeur bat plus vite.

Elle a frappé à la porte du bureau et Mademoiselle de L'Hermonière a quitté sa place pour l'inviter à entrer.

- Asseyez-vous, Claire. Ici.

Elle lui a montré le fauteuil près de la cheminée plutôt que les chaises devant le bureau où s'assoient les parents ou les élèves à réprimander. Claire songe à une mauvaise nouvelle. Une catastrophe dans sa famille ou bien la croix à faire sur ses vacances, une fois de plus,  parce que...

Avant de s'asseoir en face d'elle, la directrice a saisi quelque chose sur son sous-main ; c'est une lettre. Les craintes de Claire se confirment. Mais Mademoiselle de L'Hermonière ne la regarde pas vraiment avec bienveillance ou compassion...

 

- Vous savez que nous avons l'autorisation d'ouvrir le courrier de nos pensionnaires... Vos parents, comme nous-mêmes, avons le souci de votre éducation et devons surveiller vos fréquentations. Reconnaissez-vous cette écriture ?...

Claire a saisi l'enveloppe. Oui, on dirait l'écriture de... Elle sort la lettre et l'ouvre pour voir la signature. Oui, c'est cela ! Elle a bien reconnu... Mais pourquoi écrire au pensionnat ? Elle regarde à la hâte les premières lignes

 

Ma tendre chérie,

Ces quelques lignes pour te dire et te redire encore mon amour.

Depuis cet après-midi de pure extase dans tes bras sous les frondaisons...

Tu sais qu'il faut neuf mois pour faire un bébé...

 

Claire ne comprend pas. C'est une blague ! C'est une horrible blague ! Elle regarde, attérée la demoiselle.

- C'est mon cousin, dit-elle.

- De mieux en mieux, Claire, répond la directrice.

Claire regarde encore Mademoiselle de L'hermonière, incrédule.

- Dites-moi, vous n'êtes pas ?...

 - Non, s'écrie Claire, s'empourprant, horriblement mortifiée. Puis partagée entre la honte et la colère, elle se détourne.

La directrice en profite pour placer son discours "éducatif".

- J'espère, chère enfant, que vous n'êtes pas allée trop loin avec ce jeune homme. Vous êtes une femme en devenir et vous n'avez pas à briser vos chances de réussir une vie pleine et droite. Pour l'instant vous préparez vos examens, vous avez autre chose à faire qu'à chercher l'amourette. Laissez une chance au grand amour, à celui de toute une vie. Désirez que celui qui vous choisira trouve en vous la parfaite jeune fille qu'il espère et dont il veut faire la mère de ses enfants...

Bien entendu, je préviendrai vos parents de cet échange puisque, à ce que je sache, ils n'ont pas mentionné vos... "fiançailles"... En attendant, reprenez-vous. Je compte sur vous.

Claire est muette. Elle ne peut rien dire à Mademoiselle de L'Hermonière. Elle ne comprendrait pas et elle-même ne ferait que s'enfoncer davantage. Elle sort du bureau, rouge de honte, mais la rage l'empêche d'être totalement effondrée. Charles ne perd rien pour attendre ! Son ignoble, sale monstre de petit cousin qui lui fait cette chose atroce ! Il se moque toujours du pensionnat et de son règlement désuet. Il avait décidé de vérifier si c'était vrai qu'on ouvrait le courrier du "clan des vierges gardées, le club des oies blanches"... Stupide garçon ! Etait-ce encore réparable ? La directrice croirait-elle sa mère ?... Elle allait l'appeler, tant pis si elle ratait le déjeuner !

© Lakevio