Le_Canard_sauvage_-_La_Colline

Ibsen au Théâtre de la Colline

 

Mise en scène de Stéphane Braunschweig

"Si vous retirez le mensonge de la vie de personnes ordinaires, vous leur retirez en même temps le bonheur." 

Henrik Ibsen 

 

Dans le face-à-face entre Gregers l’idéaliste, qui veut rétablir la vérité dans le monde, dût-il le mettre à feu et à sang, et Hjalmar, qui a choisi le confort de la compromission et du “mensonge vital”, on retrouve les contradictions chères à Ibsen. Mais elles s’enflamment ici avec une violence meurtrière, scandaleuse : c’est une adolescente qui les prend de plein fouet. Plus ambigu que jamais, Ibsen renvoie dos à dos les adversaires, et fait trembler le réalisme de sa pièce en lui inventant un arrière-plan étrange: une forêt reconstituée dans un grenier, avec une basse-cour en guise de faune... C’est là que la jeune Hedwig et son grand-père trouvent refuge. S’agit-il d’une dérisoire tentative de compensation ? Ou cette extravagance hors normes a-t-elle à voir avec ce que le rêve, l’imagination – le théâtre – peuvent sauver de la réalité? Pour Stéphane Braunschweig, la pièce dévoile la précarité des bases sur lesquelles se construisent les existences normales. Cette vulnérabilité, c’est peut-être ce qui nous rend proches les personnages d’Ibsen : l’effort qu’ils font pour défendre leurs fragiles édifices – de vie, de rêve ou de pensée – ne peut les protéger des soubresauts du réel.

 

Cette pièce, mise au goût du jour au moins par la scénographie de Braunschweig, est une de celles d'Ibsen qui a le moins vieilli. Comment ne pas se reconnaître un peu dans chacun de ces personnages ? Désir d'absolu, de transparence, mais aussi compromission avec la réalité dans une tentative de survie, oubli volontaire, rêve ou lâcheté... Finalement, ce texte d'Ibsen est assez proche de la philosophie de Nietzche : mensonge ou vérité ou encore l'illusion vitale.

 

Comme a son habitude, le metteur en scène nous offre un spectacle au plus juste des émotions. Le jeu des acteurs est un peu saccadé, marionnettes de la vie, dans un décor assez vide, l'espace du réel, avec une ouverture sur le rêve, sur l'illusion, l'espace imaginaire. Le plateau de la scène se relève peu à peu et les personnages s'accrochent de plus en plus à leur fragile existense, au déni salvateur ou ... mortifère.

Les acteurs sont tous excellents même si chaque rôle est un peu appuyé. Mention spéciale à Suzanne Aubert qui joue la jeune Hedvig. L'écran géant sur lequel apparaît Werle père est à mon avis tout à fait inutile puisque son fils revient afin de lui dire qu'il s'est débarrassé de sa peur et son emprise.

Ah, et puis, j'ai beaucoup de mal à supporter les rires des spectateurs à la moindre phrase un peu datée. Un peu d'imagination, que diable ! Il s'agit d'un drame.

 

 

Colline canard sauvage braunschweig 1

 

 

 

Colline canard sauvage Ibsen Braunschweig 2014

 

 

 

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Colline canard sauvage 2014 Braunschweig01

 

 

 

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"Elle se venge, la forêt"

 

 

Théâtre de la Colline - Paris XXème, jusqu'au 15 février.