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Pièce populaire de Bertold Brecht

 

Cette pièce dépeint le caractère ambigu et imprévisible d’un propriétaire foncier, Maître Puntila, dont l‘alcoolisme transforme singulièrement la personnalité. Sobre, il est méprisant, colérique, calculateur. Ivre, il devient prodigue, affable, proche des travailleurs. Le témoin privilégié de ses métamorphoses n’est autre que son valet Matti, dont l’intelligence et l’esprit de liberté donnent à son langage une grande saveur comique et ironique. 

Dilemme de l'homme qui est aussi un patron : l'homme voudrait tendre vers le patron bourgeois et paternaliste du 19ème siècle pour être aimé de ses employés mais le patron lui rappelle que le sentimentalisme ne figure pas au rang des préceptes économiques basés sur la force de production essentiellement du labeur humain. Et c'est l'abus d'alcool ou l'abstinence qui détermine son caractère versatile qui varie donc de la culpabilisation générant une générosité affable au mépris le plus condamnable.

Porteur de la parole brechtienne, Matti valet lucide à la conscience politique déjà aiguisée ne croît pas au "bon" maître et ne se leurre pas sur les propositions généreuses que lui fera le maitre aviné préférant partir, quoiqu'en coûte sa soif de liberté.

Car, bien sûr, chez Brecht, le théâtre n'a pas pur but de résoudre les contradictions ou les conflits mais d'inciter le spectateur à porter un regard critique sur le monde, il n'y a pas de happy end.

 

Mise en Scène : Guy Pierre Couleau. 

Dans un décor minimaliste de Raymond Sarti composé de panneaux blancs mobiles, vêtus de complets  ou de smoking et chaussés de pompes bicolores  les nantis, tous maîtres qu'ils soient dans leur fief ou leur notabilité, sont réduits à l'état de pantins qui s'agitent comme des automates, dont ils ont la gestuelle.

Dès lors, la partition est propice à de jolis numéros d'acteur. Ainsi, dans le rôle de l'attaché culturel futur gendre de Puntila que ce dernier qualifie de "sauterelle diplomatique", Sébastien Desjours compose un vibrion feu follet qui n'est pas sans évoquer les frétillantes victimes de la branchitude.

Le juge campé par Serge Tranvouez ressemble au lapin de la publicité Duracell et c'est un festival que délivre Rainer Sievert, notamment avec le rôle du pasteur pilate et pique-assiette accompagné de son épouse ahurie interprétée par Jessica Vedel. Seul le jeu de François Kergourlay reste moins extraverti.

Pauline Ribat et Fanny Sintès interprètent joliment les jeunes domestiques accommodantes qui portent la tenue blanche et noires des soubrettes de comédie de boulevard et ceux qui apprécient le côté cabaret de Brecht seront ravis d’entendre Nolwenn Korbell qui assure les intermèdes chantés en langue originale.

Clémentine Verdier est parfaite en aguicheuse fille de Puntila se pavanant en tenue légère façon starlette sur la croisette quijoue la rebelle tentée par la puissance virile et l'amour ancillaire jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'elle ne peut accepter les conditions de la vie plébéienne.

Enfin, pour le duo-titre, Guy Pierre Couleau a fait appel à des valeurs sûres.

Dans ce rôle au double jeu de Puntila, Pierre Alain Chapuis, verbe truculent et jeu puissant, trouve un rôle à la mesure de son talent, un rôle qu'il porte magistralement vers la démesure tragicomique qu'il tende vers le monstrueux, l'auto-apitoiement ou le credo humaniste.

Face à lui, Luc Antoine Diquero compose un personnage de valet philosophe qui affirme que l'homme libre ne saurait accepter l'aliénation et l'humiliation et doit aussi se donner les moyens de cette liberté déjà en refusant tant la soumission fataliste que le compromis opportuniste.

Critique de MM (Froggy's Delight)

 

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Maître-Puntilla-PY-Couleau-©-André-Muller

 

 

 

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Mon avis : Un très bon spectacle avec des acteurs excellents qui nous amusent pendant trois heures ! Une mise en scène sobre mais ingénieuse et efficace. Saluons les acteurs interprétant les personnages principaux, quasi toujours en scène, pour leur performance ainsi que nos acteurs-chanteurs et paticulièrement Nolwenn Korbell pour les chants et choeurs en allemand.

 

Jusqu'au 3 février. Théâtre des Quartiers d'Ivry.