Ibsen_solness_le_constructeur

 

Ibsen

de Henrik Ibsen

 

Théâtre Hébertot

jusqu'au 8 janvier 2011


Mise en Scène :  Hans Peter Cloos.

 Avec  : Jacques Weber, Mélanie Doutey, Edith Scob, Jacques Marchand, Nathalie Niel, Thibault Lacroix, Sava Lolov.


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Mon avis : 

Je n'avais pas gardé un bon souvenir de cette pièce vue il y a très longtemps,et retenue comme poussiéreuse, incompréhensible, ennuyeuse...

Et voici que je la retrouve lumineuse, sensible, profonde, émouvante, juste. Question d'âge, sans doute ! La première fois, j'avais l'âge de "l'Ange" venu du ciel pour illuminer et changer la vie du vieil homme désabusé qui ne croit plus en lui-même, qui craint d'être dépassé, broyé par le temps et les concurrents. A présent j'ai l'âge de Solness !...

On découvre Solness dans son cabinet d'architecte. Bureaux, lampes, plans et maquettes : tout est blanc. Il a dépassé le sommet de sa gloire. Tout ce qui se construit passe par lui et il contrôle et signe de son nom les propositions de ses employés... Depuis longtemps, il sait qu'il se répète, il n'a plus le feu sacré... Le feu, justement. Un épisode si tragique de sa vie, peut-être le commencement de la fin : l'incendie qui a détruit sa demeure, la maison d'enfance de sa femme et provoqué dans leur fuite la mort de leurs enfants... C'était... il y a longtemps mais son épouse n'a pu s'en remettre. Elle est là, elle vieillit, elle survit, elle parle mais elle revit éternellement cette nuit et son enfance perdue, brûlée comme ses poupées. Solness a démarré à ce moment-là en se jetant dans le travail : il a réussi la reconstruction de la maison avec une tour immense, son chef d'oeuvre qui lui a valu le succès et la richesse mais il a échoué à sauver sa femme et il éprouve regrets et culpabilité. Sentiments  enfouis mais torturants... Il est las. Il hésite, il doute... A quoi bon continuer. Il lui faudrait un signe pour connaître sa destinée.

Et voici que ce signe arrive en la personne d'une jeune fille. Enfant, elle a connu Solness le Magnifique. Elle a été subjuguée par sa force, son élan, sa hardiesse. Elle a vu comme il a pu monter lui-même à la tour déposer la couronne de l'inauguration. L'homme qui pouvait promettre et bâtir un royaume. C'est cet homme qu'elle est venue retrouver... Cet ange sera-t-il celui du renouveau ou celui de la Mort ?...

Dans ce décor blanc, la jeunesse est entrée et tourbillonne en couleur. Mélanie Doutey n'a peut-être pas la dimension poétique qu'on aurait pu attendre mais elle a les forces juvéniles enthousiastes et persuasives et le sourire éclatant. Jacques Weber est un Solness au ton sincère et juste et ses émotions sonnent vraies. Il a l'assurance et le doute, la fierté et le remords, la puissance et la volonté, la peur et la culpabilité... J'ai beaucoup aimé Edith Scob, accrochée à sa perte, désorientée et si seule.

J'ai apprécié cette mise en scène moderne qui révèle tout autant qu'à l'époque d'Ibsen les contradictions des sentiments, la peur du vide de l'âge mûr, les regrets de sa jeunesse, le désir de s'illusionner, les pertes irréparables...