28 septembre 2009
Il est doux, ce doudou !
Le doudou de Petitou est un mouton!
Deux moutons ! Gaston et Léon. Interchangeables pour cause de lavage.
J'avais fait de même avec mes enfants.
Brunette avait un oiseau. Deux oiseaux : Lalo vieux et Lalo bleu
Lefils adorait les peluches ! Il en eut beaucoup ... !
Une armée de singes...
Kiki
Popi
Gogorille
Petit Ours brun
Pluto fut aussi un grand ami qui fut cependant oublié dans un train !
... avant d'adopter et de conserver longtemps, trrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrès longtemps (Mais non, je n'ai pas dit que tu l'avais encore ! Ah bon ? je l'ai dit ?)... un 'Ro Minet
Mais le préféré fut un beau Nounours rayé...
... nommé "Djibann" et qui n'eut pas de jumeau ! ( Et même si c'était le préféré - ou peut-être PARCE QUE - c'est celui-ci que LeFils choisit pour l'offrir à une crèche en Roumanie )
Blondine eut aussi un mouton,tout petit et bleu le mouton (deux moutons aussi). Ils s'appelaient "Goumgoum".
Et moi, et moi, et moi... j'ai eu ma Mana !
Kesséksa?
C'était un grand mouchoir de mon papa. Propre le mouchoir,hein ! Du moins le premier soir ! J'en suçais un coin pour m'endormir. Je le retrouvais chaque soir et plus les jours passaient plus il était goûteux ! Incomparable le jus sucé et resucé, mmmmmmmmm........ Et lorsque ma mère me le retirait pour le changer car sa couleur aussi avait changé, je hurlais à l'infamie et la trahison!!!
Bon, jusqu'à quand, la Mana ?...
Oserai-je?... Oserai-je vous dire que j'ai traîné ma Mana bien après l'entrée à l'école, bien après savoir lire et avoir eu mon premier prix d'orthographe!!!
Bon, allez ! Puisque vous y tenez ! Six ans et demi !
Oui, je l'ai lâchée à six ans et demi, en une nuit .
Je vous raconte :
Ma grande soeur m'avait emmenée voir mes grands-tantes en villégiature à Echandelys. Nous dormions dans le même lit. La nouveauté, l'excitation d'être seule avec ma sœur sans les parents...
Vous connaissez la ritournelle : "les dents, pipi, la prière et au lit!"...
Voilà, je suis au lit et c'est très amusant de chuchoter avec ma grande sœur. Et soudain... quelque chose manque ! Ma Mana !...
Moi : "J'ai pas pris ma Mana !"
Ma sœur : "Tu la prendras demain !
Moi, les paupières mi-closes : "Tu crois ?..."
Ma sœur : "Mais oui. On est bien au chaud dans le lit. On ne va pas ressortir pour chercher dans la valise. Demain !
Moi, calant ma tête dans l'oreiller de plumes : "Bon."
Et je m'endors.
Je ne l'ai plus jamais réclamée ! Ni le lendemain, ni au retour des vacances. Complètement oubliée !
24 septembre 2009
Saluons l'automne !
Douce harmonie du Soir couchant,les verts, les bruns, les ors... Octobre au seuil de notre temps : promesse de couleurs chaudes sur les arbres, de brume légère dans le ciel. Le vin sera bon et on fera griller des châtaignes. Le premier feu dans la cheminée ne fumera pas ; cette année, le bois est sec ! Les roses de septembre embaument le jardin; Petitou va cueillir tout seul la feuille morte pour l'offrir à sa maman. Un si beau dimanche !
Automne en Auvergne
Désolée, ce n'est pas MON Petitou !
L'AUTOMNE
L'automne au coin du bois
Joue de l'harmonica.
Quelle joie chez les feuilles !
Elles valsent au bras
Du vent qui les emporte.
On dit qu'elles sont mortes,
Mais personne n'y croit.
L'automne au coin du bois
Joue de l'harmonica.
Maurice Carême
MATIN D'OCTOBRE
C'est l'heure exquise et matinale
Que rougit un soleil soudain.
A travers la brume automnale
Tombent les feuilles du jardin.
Leur chute est lente.
On peut les suivre
Du regard en reconnaissant
Le chêne à sa feuille de cuivre
L'érable à sa feuille de sang.
Les dernières, les plus rouillées,
Tombent des branches dépouillées ;
Mais ce n'est pas l'hiver encore.
Une blonde lumière arrose
La nature, et, dans l'air tout rose,
On croirait qu'il neige de l'or.
François Coppée (1842-1908) Promenades et Intérieurs
21 septembre 2009
Le pensionnat
Ma mère avait deux ans lorsque son père partit à la guerre, sept lorsqu'il en revint. Si vous faites le compte il y a une année en trop par rapport aux dates de la première Grande Guerre. C'est que mon grand-père, chanceux de rentrer vivant et entier, fut cependant réquisitionné pour occuper l'Allemagne une année de plus...
Malgré les bouquets de fleurs déposés devant le cadre sur le buffet et les baisers envoyés à la photo, elle ne reconnut pas son père à son retour et lui dit, en enfant polie : "Bonjour, Monsieur"...
Mes grands-parents habitaient en ville et ma mère allait à l'école Sainte Claire non loin de sa maison. Elle n'a jamais compris pourquoi dès le retour de son père on l'envoya... à la campagne, au pensionnat !
Le pensionnat Sainte Cécile à Saint Amant Tallende.
Elle n'y fut pas heureuse. Elle y eut peur, froid et même faim.
Passer de "cette bonne Anna" ( la jeune femme qui s'occupait de ma mère) à "Ne chipotez pas, mesdemoiselles" devant un bout de gras qui vous soulevait le cœur fut dur pour la fillette ; partager un dortoir glacé fut terrible aussi. L'hiver, les élèves avaient le droit d'aller aux cuisines chercher une brique chaude pour chauffer le lit et faire revivre les pieds engourdis. Les grandes avaient toujours, à coups de ruses voire d'intimidation, suffisamment de papier pour envelopper la brique ; les petites devaient les porter dans leur tablier.
Il y avait aussi cette cour immense et terrifiante pour un cœur tendre de huit ans, surtout lorsqu'il fallait la traverser le soir pour aller "aux cabinets" où vous attendait à coup sûr "l'homme noir" qui attrapait les petites filles ! Un soir de novembre, à l'heure de l'étude quand il fait déjà nuit, la petite Suzanne ressent une pressante envie... Mais pas question de sortir de la chaude torpeur qui règne dans la salle de classe. Malheureusement, c'était une de ces envies urgentes et malencontreuses qui s'échappa soudainement et inonda le plancher !...
- Mademoiselle, Suzanne a fait pipi !
- Ce n'est pas moi ! balbutia la fillette, honteuse et rougissante.
La surveillante s'approcha :
- Montez au dortoir, Suzanne ! Comment osez-vous mentir à ce point ?!
Le lendemain elle dut se promener une heure durant, dans la cour, sous les fenêtres des classes, avec un écriteau dans son dos : MENTEUSE
Encore un souvenir cuisant qui vous reste pour la vie!...
Une classe de 1920, le jour de la distribution des prix, avec Monseigneur.
19 septembre 2009
La Serva amorosa
Commedia dell' Arte de Carlo Goldoni
Thème : Ottavio, riche bourgeois de Vérone, au bord de la tombe, a épousé en secondes noces une intrigante dans la force de l'âge, veuve comme lui. Celle-ci vient de mettre à la porte Florindo, le fils légitime d'Ottavio, afin de le priver de son héritage et d'assurer son avenir propre et celui de son imbécile de fils chéri, Lélio.
L'intervention de Pantalon, un sage bourgeois du voisinage, ne suffit pas à ramener le vieil Ottavio à la raison tant celui-ci craint les foudres de sa nouvelle épouse. C'est Coraline, une simple domestique qui a suivi Florindo dans son épreuve, qui, usant de ressources inattendues et de subterfuges inspérés, va ramener l'ordre dans la famille et... l'amour dans les coeurs.
Contexte historique : Lorsque Goldoni écrit La Serva amorosa, en 1752 (quelques mois avant La Locandiera), il est le roi absolu de la comédie à Venise : l'année précédente, il avait écrit 16 pièces pour le Teatro Sant'Angelo dont 14 ont été des triomphes.
Auteur de plus de 200 oeuvres - comédies, canevas de commedia dell'arte, mélodrames, livrets d'opéra - carlo Goldoni est né à Venise en 1707. Il est mort à Paris en 1793. Entre-temps, ce diable de petit homme aura révolutionné l'art de la comédie.
Mise en scène : Christophe Lidon
Avec : Claire Nadeau, Benjamin Boyer, Guilhem Pellegrin, Manuel Durand, Thierry Monfray, Clémentine Célarié, Pierre Zaoui, Denis Berner, Robert Hirsch, Emile Chesnais.
Théâtre Hébertot
du 17 septembre au 29 novembre 2009
Mon avis : Une bonne rentrée !
Un spectacle à aller voir absolument, surtout si on a un petit coup de blues ! Remarquablement interprété dans un décor baroque impressionnant. Mise en scène classique. Clémentine Célarié très émouvante, sobre et retenue, Claire Nadeau excellente dans son rôle de garce et Robert Hirsch grimaçant comme toujours, attachant, tout en connivence avec le public, en un mot : épatant ! Aussi quelle ovation !
J'ai juste eu un peu de mal à supporter le phrasé brusque et les cris d'Emilie Chesnais en jeune première effarouchée...
17 septembre 2009
Balzac à Saché
Un séjour sur les rives de Loire chez des amis au coeur vaste comme le monde et nous revenons avec des souvenirs précieux.
- LeMaître aime à suivre la route des écrivains. Qu'à cela ne tienne : nos amis l'emmènent à Saché où Balzac a vécu.
Redoutable d'accompagner LeMaître rendre visite à ses Maîtres ! Il a la lenteur de l'érudit curieux de tout... Il déchiffre chaque manuscrit à la loupe, il aime à détailler les titres des ouvrages, lire et relire les pages offertes, sans compter les notes en bas de page et les explications dans les vitrines, sur les objets, sous les tableaux... Lorsque vous parvenez, vous, à la boutique-carterie-librairie inévitable dans chaque musée à la fin de la visite, il est toujours au premier étage !...
Heureusement, le parc était vaste et il y avait des chaises au soleil !

Edifiée au Moyen Age, remaniée à la Renaissance, cette demeure, qui appartenait à Jean de Margonne, ami de la famille et disons-le, amant de la mère de Balzac (et même père de son frère Henri ), fut le premier musée littéraire de France, créé par la famille Métadier, propriétaire, et inauguré en 1951. Paul Métadier, qui en fut le conservateur pendant quarante ans, jusqu'en 2002, en fit don au Département d'Indre et Loire en 1958.
Déjà fervent de la Touraine, Balzac découvrit Saché en 1823, invité par Margonne qui s'était pris d'affection pour lui. Dès lors et jusqu'en 1837, Balzac y fit des séjours prolongés. Mr de Margonne "lui devait bien ça !" !!! Et puis, à la différence de Paris, pas de loyers ou de traites à payer. Vingt-trois heures de diligence le mènent de la capitale jusqu'à Tours, puis une vingtaine de kilomètres - parfois parcourus à pied lorsque les finances sont basses - jusqu'à Saché.
Il y rédigea beaucoup de ses grandes oeuvres, dont Séraphita, La Recherche de l'Absolu, César Birotteau, Illusions perdues, Le Lys dans la Vallée, ...
On peut visiter sa chambre qu'il décrivait ainsi, en août 1837, à Mme Hanska :
"[...] ma chambre, que les curieux viennent déjà voir par curiosité, donne sur des bois deux ou trois fois centenaires, et j'embrasse la vue de l'Indre et le petit château que j'ai appelé Clochegourde. Le silence est merveilleux [...] . Je quitte toujours à regret ce vallon solitaire."

Le Grand Salon
La Salle à Manger
Manuscrits, caricatures et les fameuses figurines de la Comédie Humaine que Balzac déposait dans un tiroir lorsqu'il faisait mourir un de ses personnages pour ne pas se tromper. Il y eut quand même quelques oublis !...
- Et pour moi seule,dans ma valise, les ouvrages des "années folles"... J'aime !
MERCI, Cibou !
14 septembre 2009
Trésor de l'Art roman
Comment ? Lakévio délaisse ses souvenirs et passe à un autre registre ?
Pas du tout ! Je vais vous montrer...
Saint Hilaire la Croix
Département du Puy de Dôme (63), le village où mon père allait à l'école.
Saint Hilaire la Croix est situé à 37 kilomètres au nord de Clermont-Ferrand, sur la marge orientale du plateau des Combrailles. La commune s'étend sur 1621 hectares et regroupe environ 300 habitants répartis sur 14 villages, hameaux et lieux-dits : Le Bourg, Chamalet, Le Bournet, les Bajaris, La Rochette, Les Roches, L'Arbre de la Ronce, Le Moulin Bourret, Le Moulin Josse, Le Moulin Morel, Cébazat, Fenérol, Valmort et La Gravière. Saint Hilaire la Croix est parcourue de nombreux rus et ruisseaux qui se jettent dans la Morge (rivière), laquelle constitue la limite méridionale de la commune.
Visite en images :
Après le Monument aux Morts des deux Guerres, l'église Sainte Madeleine (XIIème siècle).
Ce fameux "trésor de l'Art roman", se dresse au bord du Lac Roy ( devenu par assimilation La Croix). On l'appelle aussi le "lac rouge" parce qu'il fut baigné jadis par le sang des martyrs, selon une tradition locale.
La "Croix de Jacques" devant le porche de l'église date de 1573.
Sainte Madeleine, une bien belle église pour un petit village. Humide et fragile, glacée à Pâques lorsque j'y accompagnais les filles du hameau que je retrouvais le temps des vacances. On y partageait alors "le pain" à la sortie de la messe. C'était en fait des morceaux de brioches offertes par une des familles des environs à tour de rôle. Une brioche comme on n'en fait plus ! Au bon beurre et bien dorée, en couronne avec des picots dessus. Un regal ! Lorsque nous allions de Clermont à la maison de mon père, celle-là même qu'il quittait de bon matin pour aller à l'école., nous ne manquions pas de nous arrêter à Combronde chez le boulanger pour acheter une ou deux brioches ainsi que l'énorme couronne de pain qui me faisait dévorer les tartines, moi la fille à l'appétit d'oiseau!
Nous ne prêtions guère attention à la statue de Marie-Madeleine (XVe siècle) qui n'était pas vraiment mise en valeur alors, lui préférant l'ange au sourire charmant qui nous remerciait en inclinant la tête lorsque nous lui glissions une pièce... Mais nous avions tout le loisir d'admirer les chapiteaux des piliers pendant le sermon !
Le Lac Roy
Le Vierge au milieu de l'étang
Cette église... appartenait au Prieuré de Sainte Madeleine du Lac Roy, en rivalité avec celui de Saint Hilaire situé à une lieue et demie plus au Sud.
C'est en fait l'annexion du prieuré St Hilaire par celui du Lac Roy ( 1324) qui donnera l'identité locale et religieuse de Saint Hilaire Lac Roy.
Histoire :
Le prieuré assure l'accueil et la sécurité des pélerins (sur la route arverne de St Jacques de Compostelle). Il prospère au cours des XIIe et XIIIe siècles.
En 1600, il n'y a plus de religieux sur place.
En 1678, il devient propriété des Pères Lazaristes qui nomment le curé de la paroisse depuis Paris.
En 1742, le prieuré est vendu comme biens nationaux et après la Révolution et la signature du Concordat, l'église devient paroissiale.
Les vestiges du prieuré Sainte Madeleine du Lac Rouge comportent un grand bâtiment à
étage, remarquable par sa vaste charpente en carène du XVIè siècle. On y trouve à présent un petit musée.
Surprenant, ce petit trésor, non ?.
11 septembre 2009
Ecoliers d'autrefois
Une classe en 1914
Ecoles
Ce sont les écoles de
campagne, les écoles perdues
Entre la lande et la
pierraille, entre les bois et les labours
Il y en a près des hameaux
où les chemins font carrefour ;
D’autres qu’entoure le
village et d’autres à l’entrée du bourg
Celles aussi qu’on a
bâties à l’écart sur un monticule.
Et si nos yeux pouvaient
franchir cette brume qui traîne au bout
Ils en verraient d’autres
monter d’un terrain noir contre une usine,
Pâles écoles de banlieue
où l’air sent le fer et le soufre ;
Et d’autres bien creusées
de cours naître du cœur des grandes villes.
Jules Romains
Un enfant veut répondre
Un enfant veut répondre
Il a levé le doigt
Dans une vieille école
Qui n’existe plus.
La neige a fondu sous les
bancs
Il fait chaud comme à
l’écurie
Et l’instituteur
A souligné tous les verbes
à la craie bleue
L’enfant qui veut répondre
Fait claquer ses doigts
Tachés d’encre violette
Dans la vieille école
Qui n’existe plus.
Paul Vincensini
Le point mort, Ed Guy Chambelland
07 septembre 2009
Mon père, cet écolier.
C'était au début du siècle... dernier...
Ma grand-mère, la Grenadière si vous vous rappelez, ainsi nommée parce qu'elle aurait eu un grand-père grenadier de l'Empire..., avait aussi la réputation de soigner l'éducation de ses enfants. C'est dire si l'école était importante pour elle.
Ainsi donc, mon père, godillots lacés, sarrau noir sur culotte courte, cape et béret, s'en fut, dès son plus jeune âge, la main dans celle de sa soeur aînée, "chauffer les bancs" à l'école du village.
Mais il en fallait du courage pour aller à l'école en ce temps-là !
Tout d'abord ne pas craindre de se lever tôt ! Apprécier l'eau froide sur le museau pour la toilette...et aimer la nature et les intempéries !
Et bien sûr laisser ses peurs sous le lit avant de se jeter dans la nuit et traverser bois sombres et prairies brumeuses au petit matin !
Se lever tôt parce que l'école était à quatre kilomètres par la route, alors, on prenait les raccourcis ! Bien sûr, on partait en bande avec les enfants du hameau. On retrouvait en route ceux des Bajaris et on terminait ensemble avec des rires, des bagarres aussi. Mais on connaît aussi le sadisme des grands sur les petits : faire croire, faire peur ! Et en Auvergne comme partout, les histoires de brigands, de l'homme-loup, l'homme noir, la dame blanche, les fantômes, les esprits, le Malin rôdent dans la campagne...
Avant de partir il y avait ce moment de réconfort entre le feu et la table. Celui du chocolat chaud. Encore une lubie de La Grenadière ! Un petit déjeuner de prince à la campagne !
Elle vérifie la veste et le cache-nez et le temps qu'il fait pour savoir s'il faut donner aussi la pèlerine qui protège du froid, de la neige ou de la pluie. Puis le sac. "As-tu tous tes livres ?"
"Où est le panier du casse-croûte" ? Parce qu' il fallait emporter ce qu'on mangerait à midi. Pas de cantine ! Pain et fromage ou pain au lard, omelette, et les fruits de saison : tomates, pommes, poires sauvages, châtaignes, noix... qu'on offrait souvent à la maîtresse et l'eau fraîche de la pompe. L'été on mangeait dans la cour et l'hiver dans la classe même, autour du poêle où l'on pouvait faire réchauffer sa soupe. Il y avait ceux qui avaient "oublié" leur gamelle. Souvent les mêmes. Quand ils ne "l'oubliaient" pas, ils n'avaient souvent que le pain : "le fromage était tombé en route" !... Alors les yeux de la maîtresse se portaient sur quelqu'un dont le sac était toujours bien garni et celui-ci déclarait qu'il n'avait plus très faim et proposait de partager : "ce serait bête de le laisser perdre ! On ne va pas le donner aux poules!" Et la maîtresse remerciait d'un regard chaleureux.
Il y avait donc ce long chemin avant l'accès au savoir. Les feuilles d'automne crissant sous les galoches, l'air plus vif au sommet des côtes, le brouillard dans le vallon, les copains qui secouent les branches mouillées et toute l'eau de la nuit qui pleut soudain sur vous.
Le départ dans la nuit à la lanterne, la bûche pour le poêle de la classe sous le bras, la peur au ventre à l'idée de traverser le bois. Les chemins gelés et les glissades et bousculades sur la rivière, l'effleurement d'une tige qui vous glace le cou, la ronce qui s'accroche ou encore la vieille branche qui craque et qui vous fait sursauter et tout le monde se moque de vous : "Eh, mauviette !"
Et un jour la neige ! Promesse de paysages immaculés et de féroces batailles avec ceux des Bajaris ou ceux de Saint Hilaire. S'enfoncer dans la masse jusqu'aux genoux. Avancer avec peine dans les vallons - c'est le moment de s'aider du bâton coupé dans le noisetier au printemps dernier et artistiquement décoré au couteau quand le bois est encore tendre - et grimper avec allégresse sur les côteaux pour admirer la plaine et les bois devenus blancs. Glisser sur l'étang gelé. Cueillir le houx pour la maîtresse comme on cueillera les premiers perce-neige, les premiers crocus, les premiers genêts, la violette et l'églantine...
Parce qu'elle aime les fleurs, la maîtresse... On lui cueillerait même les rayons de soleil si on pouvait lorsqu'ils reviennent enfin sur les vallons, frôlant l'herbe verte, se glissant même au fond des sous-bois à faire miroiter et chanter l'eau des rioux parmi les fougères.
Et elle aime son petit écolier appliqué... Elle n'est pas très forte en calcul, croit-il. Lorsqu'elle donne un problème un peu difficile, le petit écolier est toujours un des trois garçons qu'elle interroge avant les autres. S'ils ont tous les trois la même réponse, elle dit : "Bravo, vous avez trouvé !" Mais si Gilbert, Raymond et André n'obtiennent pas le même résultat , elle dit : "oh, oh ! il faut recompter !"...
Il y a, au fond d'un joli village, non loin d'un étang,
des lettres noires à moitié effacées sur une vieille bâtisse restaurée.
ECOLE
Quand je passe là, j'imagine un écolier en sarrau noir appliqué à calculer sur le bout d'ardoise qu'il tient sur ses genoux.
Mon père.
Les photos sont de Robert (Picasa). La dernière est de Gérard Charnonnel (Picasa). On y voit derrière l'église la vieille mairie- école et sa petite porte surmontée de la plaque qui apparaît blanche et où on devine pour quelques temps encore le mot "Ecole".
03 septembre 2009
C'est la rentrée !
Nos petits écoliers retrouvent le chemin de l'école...
Vous souvenez-vous de votre première rentrée ?...
Pour moi, j'ai des images et le récit que ma mère m'en a fait...
J'avais cinq ans et j'allais pour la première fois à l'école. Je rentrais en 11ème ( le CP de l'époque ) en école privée, sous la protection de Sainte Thérèse. En ce temps-là, la rentrée était en octobre avec déjà les feuilles d'automne en tas dans la cour. Je revois la minuscule cour des petites classes derrière la balustrade de pierre qui la séparait à la fois de la cour d'honneur et de la cour des grands en contrebas et les deux grandes portes des cabinets qui ne sentaient pas bon et que j'ai vite détestés pour leur siège humide et froid...
Je n'avais pas peur. Je crois qu'une exaltation me poussait ainsi qu'une grande curiosité. Il y avait déjà des enfants qui formaient une ronde et qui chantaient et j'avais très envie d'en faire partie ! Alors, à l'invitation de la maîtresse j'ai quitté la main de ma mère et j'ai tourné et chanté sans plus la regarder!
Ma maîtresse était Soeur Ursule. Courte sur pattes et toute ronde. En général, plutôt souriante. Quelquefois sévère, mais jamais trop. Parfois, pour rétablir le silence de la classe, elle faisait croiser les bras ou mettre un doigt sur sa bouche. Et si vraiment nous étions très énervés, il fallait croiser les bras sur la table et mettre la tête dessus... Elle avait eu ma soeur aînée dans sa classe et parfois m'appelait par son prénom ce qui à la fois me gênait et m'agaçait!
J'obtenais des bons points pour mes bâtons bien droits puis pour ma belle écriture ronde, bien liée et sans taches.
C'était difficile d'apprendre à tenir le porte-plume ! Ma voisine Paule avait un porte-plume ma-gni-fique ! Le haut était plat et en ivoire ajouré et surtout il possédait un oeil ! Enfin, plutôt une petite loupe où on pouvait mettre son oeil pour regarder...et voir... devinez !... une splendide Sainte Vierge!... Elle ne voulait pas me le prêter ! Aussi je me moquais d'elle parce qu'elle ne savait pas écrire à l'encre sans tâcher ses doigts et maculer son cahier ! Pffffff! C'était ma revanche !
Porte-plume à vue
En classe de 11ème. C'était la seule mixte de l'Institution. Paule est tout derrière, la petite fille avec un noeud dans les cheveux devant les manteaux. On aperçoit sur le bord à droite le bas de la robe noire et un pied de Soeur Ursule.
Pour dix bons points nous avions une image et avec dix images, on nous promettait une grande image... que je n'ai jamais eue !
De même que je n'ai jamais eu le beau livre qu'elle offrait aux enfants qui avaient appris à lire avec elle parce que moi je savais déjà avant d'arriver en classe ! J'étais très vexée !
Et puis, j'ai connu un petit drame dans la classe de Soeur Ursule... A l'heure des mamans, j'étais souvent dans les dernières à sortir. Ce soir-là, ma mère était pressée et elle est entrée dans la classe pour me dire de ne pas traîner. Dans ma hâte à mettre mes affaires dans mon cartable, j'ai coincé la glissière de mon beau plumier en plastique jaune (nouveau, le plastique à l'époque!). J'ai forcé et il s'est cassé ! Heureusement que la classe achevait de se vider; personne n'a vu mes larmes !
Et bien, on ne trouvait pas si facilement ce genre de plumier en plastique puisque mon père m'en a racheté un "à l'ancienne", en bois, avec le couvercle qu'on soulève. Pfff ! Là aussi, j'étais très vexée !!!
Mon second plumier sur mon cahier de poésie.
Mon premier carnet de notes.
Et vous ? Allez, on attend récit, anecdotes, photos, souvenirs...
















































































